La galerie Gradiva, celle qui avance

Par Vincent Delaury · L'ŒIL

Le 25 août 2014 - 567 mots

À Paris, quai Voltaire, la nouvelle Galerie Gradiva installée dans l’ancien espace Camoin-Demachy se veut un lieu d’excellence et d’émotions.

Après plus de douze ans passés chez Sotheby’s, le spécialiste Thomas Bompard quitte en 2013 le département d’art impressionniste et moderne pour créer sa propre galerie, en reprenant le superbe espace de la Galerie Camoin-Demachy, quai Voltaire, à Paris. Pourquoi avoir donné, à ce nouveau lieu marchand, ce nom Gradiva, qui est à l’origine une nouvelle de Jensen revisitée par Freud pour ses premières études psychanalytiques sur la littérature ? « En général, tout le monde met son nom, mais je trouve cela réducteur. En grand amateur des surréalistes, je sais qu’André Breton a ouvert en 1938 une galerie qui portait ce nom, mais elle n’a pas duré. J’aime l’idée de la Gradiva, en latin “celle qui avance”, qui s’est endormie en 1939 rue de Seine pour se réveiller en 2014 au 9, quai Voltaire. »

Des œuvres marquantes
Le 28 mai dernier, Thomas Bompard a donc ouvert sa nouvelle galerie, magnifiée par le décorateur François-Joseph Graf, par une exposition exceptionnelle, sinon manifeste. Le visiteur, après avoir gravi les marches d’un escalier à double révolution ouvrant sur les cinq salons en enfilade du premier étage, découvrait ainsi un ensemble de pièces superbes qui allaient de Rodin à Rothko, en passant par l’art tribal, les livres anciens et la photographie. La Gradiva, spécialisée, on l’aura compris, en art impressionniste et moderne, s’autorisera donc des incursions, libertaires et rimbaldiennes – l’incipit du Bateau ivre est gravé sur son mur d’entrée –, dans toute l’histoire de l’art. Les plus grands noms de la modernité étaient là : Schiele, Schwitters, Moholy-Nagy, Picabia, Matisse, Léger, Dalí…, mais aussi une figure importante de l’art contemporain américain : Ed Ruscha. Ici, les raretés sont bel et bien au rendez-vous : un magistral Homme à l’épée (1969) de Picasso, qui n’avait pas été montré depuis l’expo légendaire du maître au palais des Papes d’Avignon en 1970, peut côtoyer Le Rêve II (1956/1957), chef-d’œuvre de Balthus dont le premier propriétaire fut Maurice Rheims, ainsi que la petite toile Moscou II (1916) de Kandinsky, inédite en France jusqu’à présent.

Le goût des correspondances
Même si les œuvres marquantes qu’il propose s’adressent majoritairement à des clients internationaux fortunés – il s’agit bel et bien d’une galerie « marchande » –, Thomas Bompard ouvre aussi un lieu à vocation patrimoniale, visant à créer l’événement culturel dans Paris. Toutes les œuvres ne sont d’ailleurs pas à vendre, certaines étant simplement là pour faciliter les dialogues. Animé par une véritable volonté « curatoriale » et marqué par la « culture du rapprochement », ce galeriste ambitieux souhaite organiser deux ou trois expositions majeures par an, sur des thèmes ou des époques (en septembre, l’exposition est consacrée à Breton), n’hésitant pas à compléter son accrochage avec des pièces prêtées par des musées ou des institutions. En attendant, ce grand cinéphile, qui rêve que Godard vienne un jour dans sa galerie pour commenter son « exposition-montage », n’a pas hésité à demander à Leos Carax, le cinéaste maudit des Amants du Pont-Neuf, de faire un court métrage pour signaler l’ouverture de sa galerie : cette bande-annonce autour du Penseur de Rodin, diffusée sur le site Internet de Gradiva, est une première dans le monde des galeries. Marqué par un certain classicisme tout en faisant preuve d’innovation, Thomas Bompard est assurément un galeriste à suivre.       

Galerie Gradiva

9, quai Voltaire, Paris-7e. Du lundi au vendredi de 10 h à 19 h. galeriegradiva.com

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°671 du 1 septembre 2014, avec le titre suivant : La galerie Gradiva, celle qui avance

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