Vendredi 17 septembre 2021

XVIIIe

La galerie Coatalem célèbre l’esprit Cailleux

Par Marie Potard · Le Journal des Arts

Le 21 avril 2015 - 725 mots

Installé depuis un an dans l’ancienne galerie Cailleux, lieu chargé d’histoire, Éric Coatalem consacre sa première exposition dans son nouvel espace au « goût Cailleux ».

PARIS - « C’est en redécouvrant le Lion de Fragonard, une toile majeure, que j’ai eu l’idée de rendre hommage à la galerie Cailleux. Dans les années 1960-1970, ils avaient des tableaux incroyables ! », explique Éric Coatalem, spécialisé en peinture française des XVIIe-XVIIIe siècles. Famille de marchands fervents amateurs de peinture française du XVIIIe siècle, les Cailleux ont pris possession des lieux en 1923, au 136 rue du Faubourg-Saint-Honoré, sous l’impulsion de Paul Cailleux (1884-1964). Deux autres générations vont se succéder : Jean, le fils, de 1964 à 1982 puis Marianne Roland Michel, la petite-fille. Vendant aux plus grands musées et collectionneurs du monde, cette dynastie de galeristes a su organiser des expositions mémorables, comme « Le dessin français, de Watteau à Prud’hon » (1951). Véritable légende pour tous les amoureux de la peinture française du XVIIIe, les œuvres de François Boucher, Jean-Baptiste Oudry, Joseph Vernet, Hubert Robert et bien d’autres se côtoyaient sur les murs de ce lieu mythique. En 2000, faute de repreneur, le stock est liquidé et les espaces investis par Patrice Bellanger, grand spécialiste de la sculpture du XVIIIe siècle, disparu en 2014. Fin 2013, les deux marchands décident d’échanger leurs galeries.

Trois types d’œuvres (peinture, dessin et sculpture) ont guidé l’accrochage de l’exposition : celles achetées chez Cailleux dans les années 1980-1990, celles ayant fait partie du stock d’Éric Coatalem et vendues auparavant chez Cailleux, et celles dans l’esprit des œuvres que proposait la célèbre galerie.

Plus de 70 œuvres, dont une douzaine prêtée, sont exposées sur deux étages, catalogue à l’appui, avec des prix s’échelonnant de 15 000 à plus d’1 million d’euros. Tous les plus grands noms du XVIIIe siècle français y sont représentés : Boucher, Coypel, Greuze, Fragonard, Nattier, Robert…

La part du lion pour Tefaf
À ne manquer sous aucun prétexte, le Lion, de Jean Honoré Fragonard (1732-1806), bien sûr, vendu dès les premières heures à Tefaf de Maastricht. Perdue depuis presque 200 ans, cette œuvre est mentionnée pour la dernière fois dans la vente après-décès en 1826 du célèbre Vivant-Denon, grand collectionneur et instigateur du Louvre dont il fût le premier conservateur. D’une touche libre et enlevée, à l’image de la célèbre série des « Figures de fantaisie », peu de peintures d’animaux figurent dans le corpus de l’artiste (excepté le Taureau blanc du Louvre). Le tableau aurait été peint, selon l’enquête menée par Sarah Catala, pour Joseph-François Varanchan de Saint-Geniès aux alentours de 1769.
L’exposition montre également un ensemble de six esquisses (huiles sur toile) – la septième est au Metropolitan de New York – de l’Histoire d’Esther par Jean-François De Troy (1736), pour des tapisseries commandées par Louis XV et dont les cartons sont au Louvre. Elles ont été achetées à la galerie Cailleux dans les années 1930 par la famille de Wendel. Toujours sur les cimaises de ce lieu mythique, le Portrait de la comtesse de Selve jouant de la musique (1787), par Adélaïde Labille-Guiard, une des rares femmes artistes du XVIIIe (ancienne collection Roberto Polo) ; Bouquet de fleurs dans un vase en cristal (1791), par Anne Vallayer-Coster (déjà vendu), ici dans un sujet qui a fait son succès ; un portrait d’elle par Alexandre Roslin figure aussi dans l’exposition, acheté autrefois à la famille Cailleux ; Fête Champêtre, par Jean-Baptiste Pater, héritier immédiat d’Antoine Watteau, dont une œuvre est également présente, Les saisons Jullienne : le Printemps, vendue récemment par le marchand et provenant d’un cycle des quatre saisons ayant probablement été commandité par Jean de Julienne. L’intérêt se porte aussi sur Personnages remontant leurs filets au soleil couchant, signé et daté Claude-Joseph Vernet, 1788 (autour de 400 000 euros) et une paire de toiles monumentales d’Hubert Robert, l’Aube et le Crépuscule, ancienne collection Laveissierre.

Il faut également prendre le temps d’admirer plusieurs dessins, comme Portrait d’un jeune garçon, à la sanguine, de Bouchardon (prêt), Étude de femme drapée appuyée sur un piédestal, de Boucher, d’une grande vigueur d’exécution ou encore Le Sacre de Louis XVI, par Jean-Michel Moreau dit le Jeune, dessiné d’après nature, « d’une impressionnante virtuosité et spectaculaire par le nombre de personnages représentés ».

Hommage à la galerie Cailleux

Nombre d’œuvres : 70
Prix : 15 000 à 1 million d’€

Hommage à la galerie Cailleux

Jusqu’au 30 mai, Galerie Éric Coatalem, 136, rue du Faubourg-Saint-Honoré, www.coatalem.com

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°434 du 24 avril 2015, avec le titre suivant : La galerie Coatalem célèbre l’esprit Cailleux

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