Lundi 10 décembre 2018

Polémique

La fragile cote des humanistes

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 17 décembre 2004 - 669 mots

Les bons résultats de photographie pour Ronis et Weiss en vente publique chez Artcurial posent bien des questions à l’heure où les ventes pour ces artistes stagnent en galerie.

PARIS - Les prix des tirages issus des archives des agences de presse du groupe Hachette Filipacchi Photo le 13 novembre chez Artcurial étaient-ils « bidonnés » ? Les records atteints pour deux photographes français, Willy Ronis et Sabine Weiss, ont surpris quelques observateurs et acteurs du marché de la photographie dans la capitale. La rumeur veut que les enchères aient été poussées par des membres du groupe de presse vendeur des clichés. « C’est absurde et ça devient franchement agaçant que les résultats soient contestés par la même bande d’agitateurs dès qu’une vente de photos fonctionne à Paris, fulmine Grégory Leroy, l’expert du département photo d’Artcurial, qui veut en finir une bonne fois pour toutes avec la polémique. Il y avait 40 acheteurs différents pour cette vente ; ils figurent tous au procès-verbal. Et Pierre Leroy, un des directeurs généraux du groupe Hachette (mais pas de la branche photo du groupe) et aussi collectionneur, était avec d’autres anonymes sous-enchérisseurs pour les plus gros lots. » Le marchand parisien Serge Aboukrat, qui agissait comme conseil pour le compte du collectionneur d’art contemporain Jean Albou, a emporté quasiment tous les plus importants tirages de Willy Ronis au double de leur estimation : La Goutte (1967) pour 7 256 euros, Le Marché aux puces, porte de Vanves, un tirage de 1948 exposé au MoMA (Museum of Modern Art) en 1951, vendu 10 884 euros ; Drame du rail, intérieur d’hôpital après accident (1948) également présenté au MoMA et parti à 9 674 euros ; Nu allongé (1949), emporté pour 5 079 euros, et surtout, Autos tamponneuses, Paris (1953), estimée 5 000-7 000 euros, qui a réalisé le prix record de 16 930 euros. Il s’est abstenu d’enchérir sur le Nu provençal, été 1949, l’icône de l’artiste ; jugée en trop mauvais état, l’œuvre n’a d’ailleurs fait que 3 630 euros. Le galeriste  est resté sous-enchérisseur pour une image célèbre de Sabine Weiss, une Sortie du métro de 1955, envolée à 11 500 euros, également un nouveau record pour la photographe. « Je suis content de défendre la photographie française. Ces photos magnifiques sont l’œuvre de grands artistes qui méritent d’être reconnus », a déclaré Serge Aboukrat. Les précédents meilleurs prix pour ces artistes étaient de 4 270 euros, prix marteau pour le Pont Alexandre III, Paris 1957 de Willy Ronis, vendu le 2 mai 2000 chez Millon & associés, et de 3 200 euros, également au marteau, pour L’Homme allumant sa cigarette, Paris 1950 de Sabine Weiss le 15 novembre 2002 par la SVV De Maigret (un prix équivalent à l’exemplaire vendu le 13 novembre à l’hôtel Dassault). Ceci mis à part ses deux portraits d’André Breton cédés à 5 500 et 4 500 euros à la vente Breton d’avril 2003 chez Calmels-Cohen (1).

Weiss et Ronis, les dinosaures
En comparant les résultats d’Artcurial aux prix pratiqués en galerie, l’on observe qu’un tirage
d’exposition d’époque ou un beau tirage de presse grand format (24 x 30 cm) en vintage de Sabine Weiss se vend environ 6 000 euros chez Léon Herschtritt. L’exposition qu’il consacre à l’artiste en avril 2005 témoignera du véritable l’intérêt que l’on porte « au dernier dinosaure encore vivant de la photographie française de cette époque avec Ronis », plaisante le marchand. À la galerie parisienne Camera Obscura, représentant Willy Ronis, « il faut compter 7 000 euros en moyenne le tirage d’exposition », indique Didier Brousse. Notons que pendant qu’Artcurial se gargarisait de ses bons résultats, un tirage d’exposition impeccable de Ronis représentant son icône photographique Nu provençal de 1949-1950 était exposé parallèlement au salon Paris Photo chez Camera Obscura pour 15 000 euros sans jamais trouver preneur. Cherchez l’erreur. Pour que l’hirondelle d’Artcurial fasse vraiment le printemps de cette école de photographie humaniste, il faudra que, dans un avenir proche, ces prix se confirment.

(1) source Artprice.com 

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°205 du 17 décembre 2004, avec le titre suivant : La fragile cote des humanistes

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