Paris

La FIAC fait un carton !

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 17 novembre 2006

Organisée du 26 au 30 octobre au Grand Palais et à la Cour carrée du Louvre, la foire a renoué avec le succès grâce à l’activité intense des collectionneurs français.

PARIS - I can’t believe I’m in Paris. I just can’t believe I’m in Paris. Cette exclamation écrite sur une œuvre de Ken Lum sur le stand de Grita Insam (Vienne) s’est révélée circonstancielle sur la FIAC. Car pendant toute la semaine de la foire, on a peiné à reconnaître Paris, soudain si énergique, et les collectionneurs français, si dispendieux ! « Notre travail a été de ressortir les atouts de la France et beaucoup de gens les ont vus », confient Jennifer Flay et Martin Bethenod, respectivement directrice artistique et commissaire général du salon. Le duo a réussi à offrir une foire requinquée et efficace jusque dans le pari finalement réussi de l’écartèlement entre le Grand Palais et la Cour carrée du Louvre.
La FIAC peut même se targuer de moments forts comme l’exposition autour du visage chez Jeanne-Bucher (Paris), le somptueux face-à-face entre Alighiero e Boetti et Lucio Fontana chez Tornabuoni (Florence, Milan, Venise) ou l’ensemble de Giulio Paolini chez Marco Noire (Turin). De son côté, la Cour carrée a affiché une quinzaine de bons stands, notamment celui de Catherine Bastide (Bruxelles), et une pelletée d’œuvres indigentes. Un vrai nettoyage s’imposera l’an prochain. « Nous sommes allés cette année à la limite des modifications supportables par les exposants, précise Martin Bethenod. À un moment, trop de changements auraient induit un rejet et une fracture. » La fracture a pourtant eu lieu avec l’éjection d’une poignée de bonnes galeries parties créer leur propre salon, « Show off Paris » (lire ci-dessous). Bien que très inégale, cette foire off a fait mouche auprès des collectionneurs. Les Parisiennes Magda Danysz et Les Filles du calvaire y ont même vendu davantage que lors de leurs participations à la FIAC !
Les foires parisiennes ont surtout prouvé qu’on pouvait faire des affaires sans l’hystérie répulsive de la Londonienne Frieze Art Fair. Et pour le prouver, les amateurs français ont mis la main au porte-monnaie. Certains, comme François Pinault et Claude Berri, ont même gratifié le Grand Palais de visites quasi quotidiennes. Le premier a notamment acquis chez Kamel Mennour (Paris) la BMW calcinée en céramique d’Adel Abdessemed, exposée pour le prix Marcel-Duchamp. Sa retraite des affaires a visiblement aiguisé la boulimie artistique de François Pinault. Le collectionneur aurait ainsi acheté pour plus de 20 millions d’euros d’œuvres ces cinq derniers mois. Il a toutefois raté de peu une sculpture de Chen Zhen, Lumière innocente, cédée par Continua (San Gimignano, Pékin) à un collectionneur belge. Claude Berri a quant à lui fait feu de tout bois, emportant en particulier le cochon tatoué de Wim Delvoye chez Emmanuel Perrotin (Paris). Flanqué de sa cohorte de conseillers, Bernard Arnault avait mis une option sur le grand Yves Klein de 1957 que Gmurzynska (Zurich) proposait pour 4,5 millions de dollars (3,5 millions d’euros). Au terme du salon, la transaction n’était toutefois toujours pas conclue. Le jeune collectionneur Guillaume Houzé (qui organise l’exposition « Antidote », jusqu’au 9 décembre aux Galeries Lafayette) a jeté son dévolu sur un caisson lumineux de Joe Scanlan chez Valentin (Paris), une installation de Davide Balula chez Frank Elbaz (Paris) et des peintures de la toute jeune Marlene Mocquet chez Alain Gutharc (Paris). Antoine de Galbert a, lui, opté pour Autum’s Dale, une touchante installation de Miri Segal, chez Dvir (Tel Aviv). C’est enfin un privé étranger qui a emporté Tank One Ball (1985), de Jeff Koons, chez Jérôme de Noirmont (Paris).
Même certaines sculptures installées au jardin des Tuileries ont trouvé preneur. Les collectionneurs Daniel et Florence Guerlain ont opté pour celle de Franck Scurti, tandis qu’un autre Français a signé pour le grand Laocoon de l’Atelier Van Lieshout, espérant l’offrir à une municipalité. À l’exception notable d’Ulrich Fiedler (Cologne), les exposants de design n’ont pas eu à regretter leur ancrage à la Cour carrée. Philippe Jousse (Jousse Entreprise, Paris) s’est même mieux débrouillé qu’à Miami. Il a ainsi vendu le bureau de Pierre Jeanneret et la lampe de Serge Mouille qu’il avait présentés à la Biennale des antiquaires un mois plus tôt.
Tous les marchands n’ont toutefois pas fait florès. Les moins réjouis, comme Michael Werner (Cologne) ou Annely Juda (Londres), ne proposaient pas, il est vrai, d’accrochage à la mesure de leur réputation. Leslie Waddington (Londres), qui avait réalisé un chiffre d’affaires d’environ 5 millions de dollars sur Frieze, a qualifié de « moyens-faibles » ses résultats à la FIAC. Malgré ces bilans mitigés, les trois marchands comptent fermement revenir au Grand Palais. Pour avoir affiché des prix déraisonnables, Jablonka (Cologne, Berlin) est quant à lui reparti bredouille. Comment pouvait-il escompter 800 000 dollars pour un portrait mondain d’Andy Warhol alors même que Daniel Templon (Paris) vendait un spécimen équivalent pour 475 000 dollars ? Bien qu’elle ait cédé sans coup férir les sculptures de Sarah Lucas et plusieurs œuvres de Richard Prince, Sadie Coles (Londres) est restée floue sur un éventuel retour. « Le vernissage s’est très bien passé, mais les jours suivants ont été mous. Nous n’avons même pas eu de demandes de dossiers », regrette Pauline Daly, directrice de la galerie.

Le contemporain à l’étroit
Si le bilan se révèle positif côté jardin, la FIAC doit revoir sa copie côté cour. « Les organisateurs ont voulu l’excellence, mais il faut de l’excellence dans tout. Il faut qu’ils apprennent à recevoir les gens ! », martèlent Daniel et Florence Guerlain en faisant allusion à l’exiguïté de l’espace VIP. Il semble également étrange d’avoir relégué en périphérie des galeries parisiennes aussi actives que les Noirmont, Nathalie Obadia ou Anne de Villepoix, alors même qu’on s’échine à exporter l’image d’un marché intérieur dynamique. Les enseignes d’art contemporain revendiquent surtout, et à juste titre, des stands aussi spacieux que ceux concédés aux modernes.
Après avoir essuyé les plâtres cette année, la direction du salon compte rectifier le tir. Elle n’en a pas fini avec le peaufinage du « prototype ». Forte de la mobilité éprouvée des collectionneurs, la direction maintiendra les deux sites tout en annexant éventuellement d’autres lieux. « Nous nous interrogeons sur la meilleure localisation pour certains secteurs comme le design, indique Martin Bethenod. Nous voulons aussi retrouver certaines fonctions qui avaient disparu cette année comme les conférences ou les projections de films d’artistes. » Le système de stands autoportés que l’architecte Emmanuel Combarel a conçu pour le secteur design de la Cour carrée pourrait s’appliquer dans d’autres bâtiments où il est interdit de construire des stands. Au Petit Palais par exemple ?

FIAC

- Nombre de visiteurs : 87 957 - Prochaine édition : 18 au 22 octobre 2007

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°247 du 17 novembre 2006, avec le titre suivant : La FIAC fait un carton !

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