Vendredi 6 décembre 2019

Photographie

La fabrique des cotes

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 30 novembre 2011 - 736 mots

Les tirages de Cartier-Bresson provenant de la fondation ont atteint des prix remarquables chez Christie’s.

PARIS - Organisées à Paris, au moment du salon Paris Photo, de grandes ventes composées de photographies ont attiré les amateurs. Le 11 novembre chez Sotheby’s, « 140 enchérisseurs internationaux » ont été sélectifs, écartant 32 % des 147 tirages proposés. La plus haute enchère récompensait l’exceptionnel portfolio Olympia de Leni Riefenstahl. Ce recueil de photographies réalisées pour le célèbre documentaire sur les Jeux olympiques de Berlin de 1936 est parti au prix record pour l’artiste de 180 750 euros. Le lendemain chez Christie’s, 71 % des 79 lots ont trouvé preneurs. La Chambre de Picasso à Vauvenargues (2007), tirage monumental de François-Marie Banier, a été emportée par un collectionneur américain pour un prix record (attendu) de 67 000 euros.

Mais l’événement a été la dispersion, le 11 novembre chez Christie’s, de cent tirages provenant de la Fondation Henri Cartier-Bresson. Derrière la gare St-Lazare, Paris, un tirage argentique vintage de 1946 (le plus ancien connu par rapport à la prise de vue de 1932), estimé au mieux 180 000 euros, s’est envolé à 433 000 euros, soit un record mondial pour un tirage original de Cartier-Bresson aux enchères. Le précédent record remonte au 11 avril 2008 pour un tirage d’époque, Hyères, France (1932), vendu 265 000 dollars (168 000 euros) à New York chez Christie’s. Ce nouveau prix pour Cartier-Bresson a été salué par les professionnels du secteur. « C’est un prix logique pour un beau tirage ancien, iconique, jamais vu en vente publique. Il était temps que Cartier-Bresson soit au niveau des grands photographes américains de sa génération, tel Paul Stand », commente l’expert indépendant Grégory Leroy.

Prix surprenants
Plus surprenants sont les prix importants obtenus pour les tirages modernes d’images loin d’être rares. « Ils n’ont pas pu être achetés par des collectionneurs de photos », lance un marchand. Un tirage de 1999 d’Alberto Giacometti à la galerie Maeght, Paris (1961), estimé 15 000 à 20 000 euros, s’est envolé à 75 400 euros. Surpayé ? Un amateur averti sait que cette image est disponible dans des galeries américaines autour de 20 000 dollars (15 000 euros). Plusieurs autres images ont ainsi vu doubler ou tripler leur estimation, alors que la veille, chez Sotheby’s, les quelques tirages de Cartier-Bresson présentés ont atteint des prix « normaux ». Selon Philippe Garner, directeur international du département chez Christie’s, il ne faut pas négliger « le phénomène d’une vente monographique promue à l’échelle internationale. Notre métier est de mettre en valeur les œuvres que l’on nous confie. Ne nous en voulez pas si l’on réussit. Grâce à la plus-value de la provenance, nous avons établi de nouvelles cotes pour Cartier-Bresson ».

Il reconnaît que « certaines images, disponibles sur demande du vivant du photographe, existent peut-être à des centaines d’exemplaires. Mais la réalité du marché fait que beaucoup d’acheteurs veulent les mêmes images ». Un peu plus de 2 millions d’euros ont été récoltés, au-delà de l’estimation initiale de 1,4 million d’euros. Seuls neuf lots ont été ravalés. Le résultat a été aussi impressionnant pour la vente consacrée à Irving Penn le 12 novembre, toujours chez Christie’s, avec 100 % des 51 lots vendus pour 2,1 millions d’euros. En tête, Femme dans un palais marocain (Lisa Fonssagrives-Penn) (1951), estimée 200 000 à 300 000 euros, est partie à 361 000 euros, soit la deuxième meilleure enchère pour un cliché de Penn déjà vu sur le marché ces dernières années.

100 PHOTOGRAPHIES PROVENANT DE LA FONDATION HENRI CARTIER-BRESSON
Christie’s, le 11 novembre
Estimation : 1,4 million d’euros
Résultats : 2 millions d’euros
Nombre de lots vendus/invendus : 91/9
Pourcentage de lots vendus : 91 %
Pourcentage en valeur : 96 %

PHOTOGRAPHIES D’IRVING PENN PROVENANT D’UNE COLLECTION PRIVÉE FRANÇAISE
Christie’s, le 12 novembre
Estimation : 1,6 million d’euros
Résultats : 2,1 millions d’euros
Nombre de lots vendus/invendus : 51/0
Pourcentage de lots vendus : 100 %
Pourcentage en valeur : 100 %

PHOTOGRAPHIES
Sotheby’s, le 11 novembre
Estimation : 1,8 à 2,5 millions d’euros
Résultats : 1,8 million d’euros
Nombre de lots vendus/invendus : 100/47
Pourcentage de lots vendus : 68 %
Pourcentage en valeur : 79,8 %

PHOTOGRAPHIES
Christie’s, le 12 novembre
Estimation : 1,2 à 1,7 million d’euros
Résultats : 1,7 million d’euros
Nombre de lots vendus/invendus : 56/23
Pourcentage de lots vendus : 71 %
Pourcentage en valeur : 87 %

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°358 du 2 décembre 2011, avec le titre suivant : La fabrique des cotes

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