La dynastie Clavreuil

Le Journal des Arts

Le 23 janvier 2008

L’histoire de la librairie Thomas-Scheler est aussi celle d’une famille, une dynastie de libraires parisiens qui depuis plus de un siècle, et à travers quatre générations, partagent l’amour des livres anciens. Tout commence avec Charles Clavreuil qui ouvre en 1901 sa première librairie, rue de Rennes. Puis, en 1910, l’établissement déménage au 19 rue de Tournon, avant d’être vendu à Lucien Scheler en 1917, tandis que Charles Clavreuil s’installe rue de Seine. Quelques années plus tard, son fils, Raymond Clavreuil, travaille chez le libraire Margraff, dont il prend la succession rue Saint-André-des-Arts en 1937, établissant ainsi la librairie Clavreuil, aujourd’hui encore dirigée par la famille. Le second fils de Raymond, Bernard, collabore dès 1962 avec Lucien Scheler à qui il succède en 1977. La boutique du 19 rue de Tournon retourne ainsi aux mains de la famille Clavreuil, tout en conservant son nom, la librairie Thomas-Scheler. Depuis 1989, son fils Stéphane est venu le rejoindre, et dirige à ses côtés la prestigieuse librairie.

À l’origine consacrée aux ouvrages de documentation et d’érudition historique, la librairie Thomas-Scheler propose aujourd’hui des exemplaires remarquables de grands livres de voyages, de sciences et d’histoire de la pensée. Parmi les pièces les plus prestigieuses de ses derniers catalogues, citons l’édition originale de la Lettre de Christophe Colomb, la première édition des Dialogues de Galilée ou encore la première édition du récit de la découverte de Tahiti par Bougainville... Difficile d’imaginer des livres plus prestigieux, et pourtant, “il y a quelques années, nous avions une première édition de Copernic agrémentée d’un envoi de Rheticus, nous explique Stéphane Clavreuil. Le livre avait été offert par cet autre grand savant de l’époque à l’un de ses élèves. Il est déjà formidable d’avoir une première édition de Copernic, mais un exemplaire comme celui-ci sort vraiment du commun”.

La clientèle de la librairie Thomas-Scheler est pour 60 % étrangère. Elle est composée de professeurs d’université, de grands industriels internationaux, mais également de bibliothèques et de musées. “La plupart des collectionneurs de livres de science sont eux-mêmes des scientifiques, passionnés par la trame de l’évolution de la pensée humaine. Ils cherchent des ouvrages dont le contenu est un chaînon validé de cette évolution. Par contre, les livres de voyage ou de littérature intéressent un public plus vaste.” Lorsque nous lui demandons quels facteurs sont à l’origine de la collection de livres, le libraire nous répond, amusé, que la plupart de ses clients collectionnaient les timbres lorsqu’ils étaient enfants, et que c’est par l’intermédiaire du support papier qu’ils sont naturellement devenus bibliophiles. Stéphane Clavreuil confère au livre ancien le statut d’une véritable œuvre, considérant que “l’objet d’art est toujours le fruit d’une réflexion”. Il constate toutefois que la bibliophilie est le parent pauvre du marché de l’art : “même si le marché du livre a beaucoup augmenté depuis mes débuts, il reste bien inférieur à d’autres domaines. Chez la plupart des grands antiquaires, on trouve de belles commodes pour la somme de 500 000 euros, c’est à peu près le prix d’une première édition de Copernic, soit l’un des livres les plus rares”.

- Librarie Thomas Scheler, 19 rue de Tournon, 75006 Paris, tél. 01 43 26 97 69.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°149 du 17 mai 2002, avec le titre suivant : La dynastie Clavreuil

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