Vendredi 23 février 2018

La dynamique Sotheby’s-Christie’s

Deux nouvelles galeries s’installent place Beauvau

Par Éric Tariant · Le Journal des Arts

Le 11 août 2008

L’installation de Sotheby’s Faubourg Saint-Honoré, l’an dernier, et de Christie’s avenue Matignon, cette année, s’accompagne d’un renforcement du marché de l’art parisien sur la Rive droite. En témoigne l’arrivée place Beauvau de deux antiquaires, Jean-Marie Rossi et Ariane Dandois, à proximité de Jacques Perrin qui profite de l’occasion pour restructurer entièrement sa galerie. Une ouverture simultanée est prévue en septembre.

PARIS - La place Beauvau connaît depuis l’été dernier une animation inhabituelle. Un gracieux ballet d’engins de chantier et de camions chargés de gravats s’intercale de temps à autre dans les files de limousines plus coutumières des lieux. La cause de toute cette agitation ? Deux antiquaires – Ariane Dandois, installée rue des Saints-Pères depuis 1973, et Jean-Marie Rossi, depuis 1956 à l’angle de la rue du Cirque et du Faubourg Saint-Honoré – s’installent respectivement aux 92 et 94 place Beauvau. Jacques Perrin, qui ne voulait pas demeurer en reste, a choisi de réorganiser complètement sa galerie, dont la surface doublera. Un an de travaux aura été nécessaire avant l’ouverture commune prévue pour septembre.

Ce soudain intérêt pour la place Beauvau, qui faisait jusque-là un peu figure de no man’s land, s’explique bien évidemment par sa situation privilégiée, à mi-chemin entre les deux grandes maisons de vente anglo-saxonnes (Sotheby’s, installée 76 Faubourg Saint-Honoré, et Christie’s bientôt au 8 avenue Matignon) qui attireront de nombreux collectionneurs et amateurs d’art en visite à Paris ainsi que les grands marchands et décorateurs du monde entier. “Le marché de l’art parisien est en train de se déplacer Rive droite”, indique Ariane Dandois.

Des galeries décorées par François-Joseph Graf
Jean-Marie Rossi a été le plus gourmand des trois. Sa nouvelle galerie, jouxtant l’entrée du ministère de l’Intérieur, comprendra près de 800 m2 d’exposition sur deux niveaux – contre 200 rue du Cirque – qui seront décorés par François-Joseph Graf. L’immeuble date de 1771. Il a été acheté à une grande famille de décorateurs, les Doucet, et financé essentiellement grâce à la vente d’un tableau de Roy Lichstentein, The Ring, acquis pour l’équivalent de 6 000 francs dans les années cinquante et revendu 2,2 millions de dollars (13 millions de francs) chez Sotheby’s à New York, en novembre 1997. L’entrée franchie, le visiteur pénétrera dans un petit salon, puis dans deux autres, plus grands et éclairés par un puits de lumière, avant de poursuivre sa visite à l’étage où les pièces sont agencées autour d’une mezzanine. “Cette nouvelle galerie me permettra de mieux présenter les meubles et objets d’art des XVIIe et XVIIIe (consoles, encoignures, cabinets, commodes, secrétaires), et les meubles des expositions universelles du XIXe siècle, comme cette armoire de Diehl que j’ai vendue au Metropolitan Museum of Art”, souligne Jean-Marie Rossi.

Il aura pour voisine Ariane Dandois, qui s’installe à l’angle de la place Beauvau et de la rue des Saussaies, sur l’ancien emplacement de la galerie Katia Granoff. La façade en pierre beige faisant face à l’avenue Marigny sera agrémentée d’éclairages semblables à ceux de la cour Carrée du Louvre. Entièrement décorée par l’antiquaire, la galerie de 600 m2 s’ouvrira au rez-de-chaussée sur un sol de marbre blanc et un espace décoré d’acier gris. À l’étage, accessible par un escalier en marbre, le sol sera recouvert de bois de Bété, un bois clair africain très dur. Les peintures seront unies et les corniches blanches. “Je présenterai des tableaux et dessins fin XVIIIe-début XIXe, une peinture décorative pleine de charme, mais aussi du mobilier européen (anglais, suédois, russe, espagnol) et du mobilier français Empire et Louis XVI. Je voudrais créer une sorte de non décor très sobre pour que les meubles aient l’air d’objets d’art”, explique Ariane Dandois, qui réalise 80 % de son chiffre d’affaires avec des clients américains, pour la plupart des décorateurs chargés d’aménager de grandes demeures.

Créer une dynamique
Jacques Perrin a lui aussi confié la décoration de sa galerie à François-Joseph Graf. “Pour vendre des objets d’art, il faut une mise en scène, à l’exemple de celle que nous avons créée lors de la dernière Biennale, s’exclame-t-il. Chaque pièce doit être conçue et décorée comme le serait un appartement bourgeois. Nous allons entièrement recomposer les pièces et réarchitecturer l’espace, refaire les corniches et les plafonds et installer des boiseries”. Désormais, l’espace d’exposition du rez-de-chaussée scindé en quatre pièces se prolongera au sous-sol, où deux grandes salles d’une hauteur sous plafond de 3,50 m seront aménagées. Le regroupement en un seul lieu de trois antiquaires réputés devrait leur permettre d’attirer collectionneurs, décorateurs et marchands. “Nous allons créer une dynamique à trois, confirme Jacques Perrin. La présence côte à côte de plusieurs spécialistes va avoir un effet multiplicateur. Je m’attends à une véritable explosion de mon activité, pour peu que nous proposions des meubles et objets d’art correspondant au goût du marché, plaisants à l’œil”.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°76 du 5 février 1999, avec le titre suivant : La dynamique Sotheby’s-Christie’s

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