Vendredi 20 juillet 2018

Analyse

La Chine, mais sous condition

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 13 mai 2005 - 608 mots

De nombreux acteurs du marché de l’art prennent leurs marques à Pékin et Shanghaï.

Alors la Chine ? La question posée par l’exposition chaotique du Centre Pompidou en 2003 est sur toutes les lèvres. Et pour cause. Cette dictature communiste affiche une économie qui bat tous les records de croissance, avec une hausse de 9,5 % enregistrée au premier trimestre 2005. De quoi attiser la gourmandise des investisseurs, y compris du monde artistique.
Les uns et les autres avancent leurs pions, de peur de rater le coche. Bien que le marché chinois en soit encore au stade prépubère, deux enseignes italiennes d’art contemporain viennent d’emboîter le pas à Courtyard et Goedhuis Contemporary, installées de longue date en Chine. La Marella Gallery a inauguré son antenne pékinoise le 28 mars, suivie par Continua le 8 mai. Plus raisonnablement, une dizaine de galeries occidentales ont rejoint la foire organisée du 2 au 5 mai par la China International Gallery Exhibition (CIGE), à Pékin. Le panel des exposants allait du rouleau compresseur américain Larry Gagosian, venu avec un accrochage de Warhol, à Christian Nagel (Cologne), en passant par Krinzinger (Vienne) et Art:concept (Paris). D’après Olivier Antoine, le directeur de cette dernière galerie, la foire a surtout permis jusqu’ici aux collectionneurs occidentaux d’acheter de l’art chinois. Il remarque d’ailleurs que les galeries occidentales nouvellement installées ne montrent que des artistes chinois destinés aux Occidentaux ou à la frange aisée de la population locale. Car pour le moment, les Chinois ne semblent acheter que des artistes du cru, ce qui, somme toute, ne les différencie que très faiblement des Américains !
Outre quelques galeries aventurières, les directeurs de foire tâtent aussi le terrain. On y a souvent vu traîner le maître d’œuvre d’Art Basel, Samuel Keller. Le transporteur suisse Yves Bouvier et les marchands parisiens Patrick Perrin et Stéphane Custot y ont récemment pris le pouls ensemble. Ce trio n’exclut pas de lancer à Shanghaï une foire axée sur l’art contemporain et l’art chinois, peut-être à l’horizon 2007.
Le potentiel du marché chinois reste toutefois difficilement quantifiable. Il serait hasardeux de se fonder sur les chiffres de la maison de ventes pékinoise China Guardian, qui affichait en novembre 2004 un total de 57 millions de dollars (44,5 millions d’euros) pour 13 sessions de ventes ! D’après Henry Howard-Sneyd, directeur du bureau de Sotheby’s à Hongkong, leurs données doivent être manipulées avec précaution. On serait du coup tenté de jauger les potentialités en fonction des résultats de Hongkong. Les vacations d’art asiatique, que Christie’s y a organisées du 31 octobre au 1er novembre 2004, ont totalisé le montant record de 63,7 millions de dollars. Soit une progression de 100 % par rapport aux ventes d’octobre 2003 ! Sans être encore de gros acheteurs, les Chinois poussent les enchérisseurs habituels à se battre davantage dans les ventes. Mais Henry Howard-Sneyd précise que leur impact reste mesuré. Lors des ventes de peintures chinoises organisées l’an dernier par Sotheby’s dans l’ancienne colonie britannique, seuls 20 % des lots ont rejoint la Chine populaire, les pièces majeures se répartissant entre Hongkong, Taïwan et New York. En revanche, en février, une toile de Zao Wou-ki baptisée Bateaux au clair de lune (1952), adjugée 450 000 livres sterling (636 366 euros) chez Sotheby’s Londres, a rejoint l’empire du Milieu.
Les auctioneers ne sont pas encore disposés à quitter l’ex-colonie britannique pour la Chine continentale. Au vu des interdictions d’exportation de la législation chinoise sur les biens culturels, les maisons à vocation internationale n’ont aucun intérêt à y élire domicile. Une ouverture réelle exigera aussi un allégement des taxes d’importation, de l’ordre de 29 %. La Chine, oui, mais sous condition.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°215 du 13 mai 2005, avec le titre suivant : La Chine, mais sous condition

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