Dimanche 21 octobre 2018

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La chasse aux tableaux n’a plus de saison

L'ŒIL

Le 1 juillet 2000 - 605 mots

Après un printemps dynamique, Paris va vous sembler bien mort. Hormis la vente de Me Cornette de Saint-Cyr montée le 4 juillet et consacrée aux chouchous d’Alan, le marchand de design 50, et celle menée par l’étude Rieunier, Bailly-Pommery avec Art Vall d’Andorre le 6 juillet, calme plat sur la capitale. Drouot est fermé pour travaux (L’Œil n°517). Les vacations parisiennes se déplacent donc à Monaco où l’étude Calmels, Chambre, Cohen présente le 1er août une huile de Joseph Vernet provenant du château de Ferney-Voltaire parmi des bronzes de Degas, Bugatti, Gargallo, et Me Tajan une vente de bijoux du 3 au 5 août. Auparavant, c’est Londres qui tient le haut du pavé. Phillips, Sotheby’s et Christie’s y rivalisent en redécouvertes de tableaux anciens. La première annonce trois toiles d’importance : Le Retour du bal, commandé à Jean-François de Troy par le ministre des Affaires étrangères de Louis XV, Germain Louis de Chauvelin, juste avant sa disgrâce, et une paire de tableaux de François Boucher. Peints en 1744, Vénus désarmant Cupidon et Cupidon caressant Vénus affichent un bon pedigree puisqu’il s’agit d’une commande royale de Louis XV pour la salle de bains du château de Choisy, passée en 1884 à Halton House, propriété d’Alfred de Rothschild. De son côté, Sotheby’s prévoit un tiercé gagnant avec un Cimabue retrouvé dans le fonds de Benacre Hall qui avait été vendu en mai, un Gentileschi repéré dans une collection privée et un dessin de Léonard de Vinci. Pour valoriser le tableau du XIIIe siècle, dans le catalogue, la maison de vente n’hésite pas à convier à son chevet tous ses contemporains : « Edward Ier était alors roi d’Angleterre, Marco Polo était en Chine à la cour Kublai Khan et les Templiers au faîte de leur puissance pendant les Croisades. » Bien plus essentiel pour justifier l’estimation de 2 M£, il faut rappeler que cette Vierge à l’Enfant de Cimabue est la première œuvre du peintre florentin à passer sur le marché depuis la vente en 1976 d’une Crucifixion qui avait atteint alors le prix d’1 M£. C’est grâce à Dillian Gordon, conservateur de la National Gallery de Londres, que ce panneau à fond d’or a été rapproché d’une œuvre similaire conservée à la Frick Collection de New York. Tous deux appartenaient à un tabernacle orné de scènes de la vie du Christ. Et Richard Charlton Jones, directeur du département des peintures anciennes de Sotheby’s, de préciser : « Ce tableau est l’un des sept ou huit panneaux indépendants de Cimabue qui existent encore et le seul restant en mains privées. » Pour la Sainte Famille d’Orazio Gentileschi, Sotheby’s annonce la coquette estimation d’1,5/2 M£. Est-ce lié à la récente exposition de la National Gallery de Londres qui rappelait l’activité du peintre romain en Angleterre à la cour de Charles Ier ? Sans oublier la petite esquisse au tracé rapide attribuée à Léonard de Vinci, qui appartenait à un collectionneur français mais qui a franchi la Manche pour parader dans la vente de dessins anciens du 5 juillet. Le même jour, Christie’s disperse la collection de Sir Julius Wernher (1850-1912), un homme d’affaires qui fit fortune en Afrique du Sud avec la De Beers et dont les héritiers vendirent en 1999 Luton Hoo, la célèbre maison de campagne réaménagée par Hoentschel (L’Œil n°514). À côté des reliquaires gothiques, pièces d’argenterie de la Renaissance et autres ivoires du Moyen Âge, figurent un Portrait de Giacomo Doria du Titien (est. 800 000/1,2 M£), Le Repos pendant la fuite en Égypte de Filippino Lippi et Diane et ses nymphes chassant de Rubens (est. 1 M£). Un beau tableau de chasse !

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°518 du 1 juillet 2000, avec le titre suivant : La chasse aux tableaux n’a plus de saison

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