Dimanche 21 octobre 2018

Juan Pablo Molyneux - Portrait d’un éclectique

Juan Pablo Molyneux entre Santiago et New York

Le Journal des Arts

Le 1 décembre 2000 - 679 mots

Diplômé en architecture classique de l’École des beaux-arts de Paris, Juan Pablo Molyneux a également étudié l’égyptologie à l’École du Louvre et l’architecture dans sa ville natale de Santiago, au Chili. Aujourd’hui Molyneux Studio Ltd, compte 18 professionnels, auxquels s’ajoutent les quatre personnes de son bureau de Paris. Il nous parle de ses clients et de ses relations avec les marchands.

Juan Pablo Molyneux a reçu des commandes de l’ambassade du Pérou, de la Bank of America à Santiago. Il a restauré le Palais des beaux-arts à Buenos Aires, aménagé des résidences privées aux États-Unis et à l’étranger ainsi que l’intérieur du premier paquebot résidentiel norvégien, le Resindesea , à 12 ponts. Le vestibule de son bureau de Upper East Side, bordant Central Park, suffit à montrer à quel point ses goûts personnels sont variés. Dans cet intérieur peint en trompe l’œil se trouvent des bronzes grandeur nature d’Antinoüs, provenant du palais Pavlosk à Saint-Pétersbourg, tandis qu’un moulage de L’Enlèvement des Sabines de Giambologna voisine avec deux motos faites sur commande, dont l’une est entièrement en chrome.

Avec la concurrence acharnée qui sévit sur le marché des arts décoratifs, comment faites-vous pour trouver des objets si originaux ?
Les plus grands marchands me tiennent informé de l’évolution de leur stock grâce au courrier électronique, à l’envoi de photographies par Federal Express. Parlant italien et français, je viens deux fois par mois en Europe et rends visite à des marchands comme Segoura et Dandois à Paris, Partridge et Mallett à Londres et reçois tous les catalogues des maisons de vente, ceux de Christie’s et de Sotheby’s aussi bien que ceux des maisons de ventes de Paris, de Monaco, de Suède et d’Allemagne. Pour voir une grande diversité de meubles et d’objets d’art, je me rends aux grandes foires : en Europe à la Biennale de Paris, à Grosvenor House et à Maastricht, aux États-Unis à la foire internationale des Haughton et à Palm Beach. Malheureusement, les trois pièces que je voulais acheter à la Biennale cette année étaient déjà vendues. En matière d’œuvres d’art, j’achète très peu et lorsque je le fais, j’ai recours à des consultants.

Quels sont, selon vous, les facteurs qui contribuent à susciter l’intérêt pour les arts décoratifs chez le grand public ?
Aujourd’hui, il est évident que les Américains sont davantage conscients des styles des meubles. Cela est dû en partie à l’énorme publicité autour des “noms” vendus dans les grandes maisons de vente. Des gens qui ne s’étaient jamais intéressés à l’art vont désormais voir les expositions des maisons de vente. La télévision et le cinéma ont renforcé ce processus : des clients m’ont apporté des cassettes comme Les Liaisons dangereuses et Brideshead Revisited pour m’expliquer leurs préférences en matière de styles. Les foires jouent un rôle important dans cette nouvelle réalité. Elles étayent l’idée que les objets d’arts décoratifs ont une valeur et permettent d’emporter la pièce qu’un musée pourrait posséder. Le fait que des grands marchands vendent à des musées comme le Getty accroît encore l’attrait des antiquités aux yeux du public.

Parmi vos clients combien sont de véritables collectionneurs ?
Approximativement 15 % d’entre eux achètent dans l’éventail des plus hauts prix. Certains possèdent d’importantes collections de peintures du XXe siècle. D’autres se concentrent sur les meubles français du XVIIIe siècle.

Quelle est votre époque favorite lorsque vous créez ?
Bien qu’ayant reçu une formation d’architecte classicisante, je n’ai jamais réalisé un intérieur qui soit entièrement de la même époque. Il me semble que le XVIIe siècle français est une valeur plus sûre à collectionner alors que les meubles anglais de la même époque peuvent être inégaux. Les objets français sont plus rares, mais on dispose sur eux d’une plus grande documentation. La complexité d’une belle table qui inclut marqueterie, chrysocale, et parfois de la porcelaine confère un cachet immédiat aux yeux du propriétaire. J’aime beaucoup les meubles anglais, russes et les meubles dorés, mais lorsqu’ils sont de piètre qualité ils deviennent vulgaires et ostentatoires. C’est souvent le cas à New York ; certains meubles donnent l’impression d’avoir été dorés à la bombe la veille.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°116 du 1 décembre 2000, avec le titre suivant : Juan Pablo Molyneux - Portrait d’un éclectique

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