Mardi 11 décembre 2018

Dessin contemporain

Jérôme Zonder, le dessin incarné

Par Henri-François Debailleux · Le Journal des Arts

Le 12 avril 2017 - 497 mots

L’”‰artiste achève avec virtuosité le portrait de Garance, une jeune fille qui affronte la violence de son siècle.

PARIS - Garance a grandi. Elle a aujourd’hui 17 ans. C’est en 2000 que Jérôme Zonder (né en 1974) l’a créée, ainsi que Baptiste et Pierre-François, pour qu’ils grandissent avec le siècle, comme « une allégorie du siècle » indique l’artiste. Il a intitulé son actuelle exposition (la septième chez Eva Hober depuis son ouverture) « Garance, dernier volet ». Le dernier, mais qui n’est que le second. Le premier s’est ouvert en 2016 à la galerie Nathalie Obadia à Bruxelles.

Il faut remonter à 2015 et à l’exposition de l’artiste à la Maison rouge à Paris pour retricoter l’histoire. Sur les murs de la fondation d’Antoine de Galbert, Jérôme Zonder faisait vivre ses trois personnages imaginaires, à la fois enfants du siècle, comme aurait dit Musset et « Enfants du paradis » (de Marcel Carné) auxquels ils doivent leurs prénoms. Le parcours se terminait sur Garance, qu’il n’a pas quittée depuis, pour s’y consacrer entièrement. On l’avait laissée enfant. On la retrouve adolescente, bien loin d’un éventuel paradis, plutôt en proie à toutes les violences du monde, ainsi qu’on peut le lire sur la poitrine et le ventre de la jeune fille au travers de ces mots « occupe-toi de ton cul » ou plus loin « putain », alors qu’elle se fait embarquer par des policiers.

Mais s’il y existe indéniablement une trame narrative, celle-ci est avant tout un prétexte, de même que ses personnages sont d’abord des territoires d’expérience du dessin. Zonder le rappelle et le martèle : « L’espace narratif me sert de cadre à l’intérieur duquel je peux expérimenter le dessin et questionner les limites. Pour moi dessiner, c’est poser des limites, limites du sens, de formes, du dessin lui-même, de mes capacités, de la narration, c’est tout cela que j’interroge. »

Un trait prolifique
On s’était rendu compte de ces aspects et de l’extraordinaire qualité de ses dessins à la Maison rouge. On en a ici une nouvelle fois la preuve avec un Zonder envahissant avec une cinquantaine d’œuvres (de 3 000 à 25 000 euros) tout l’espace de la galerie, qui lui sert effectivement de cadre, de bornes et de terrain de jeu, puisque le dessin est aussi pour lui une affaire d’espace et d’état : tous les états, tous les formats, toutes les techniques, mais principalement fusain et mine de plomb. Le mur du fond en témoigne qui, tel une chambre d’ado, est entièrement recouvert de dessins sur papier, sur tissus, encadrés ou non, cloutés au mur, juxtaposés ou quelquefois en partie superposés l’un sur l’autre ; des dessins noir et blanc, au doigt, au trait, à la tache, à la touche, tout y passe, tantôt presque hyperréalistes, tantôt expressionnistes voire impressionnistes, avec des images qui s’entrechoquent, se télescopent, mettent en abyme le principe même de la représentation. Le portrait de Garance est ici éclaté, diffracté, en morceaux, mais chacun d’entre eux, qui prend d’ailleurs pour titre « Portrait de Garance n°… », est une magnifique synecdoque, à la fois une partie et un tout.

Jérôme Zonder, Garance, dernier volet

Jusqu’au 22 avril, galerie Eva Hober, 35-37 rue Chapon, 75003 Paris.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°477 du 14 avril 2017, avec le titre suivant : Jérôme Zonder, le dessin incarné

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