Dimanche 25 février 2018

Jardins de cristal, les presse-papiers

Le Journal des Arts

Le 3 décembre 2009

Des sphères de cristal d’un diamètre n’excédant pas quelques centimètres, \"emprisonnant\" des décors vivement colorés, enchantent nombre d’amateurs. Ceux-ci animent un marché ponctué par des ventes peu nombreuses mais régulières, à Paris, Londres et New York.

C’est lors d’une exposition à Venise en 1845 qu’apparaissent les premières boules presse-papiers, créées par P. Bigaglia, un verrier de Murano. Très remarqués, ces petits objets seront fabriqués en France quelques mois plus tard, d’abord par les cristalleries de Saint-Louis, puis par celles de Clichy et de Baccarat. D’emblée ou presque, ils atteindront un niveau de perfection inégalé : les plus belles boules presse-papiers sont françaises, même si bien d’autres centres – de la Bohème aux États-Unis – en fabriqueront aussi.

Leur âge d’or s’étend sur une quinzaine d’années, de 1845 à 1860 environ : on estime qu’environ 50 000 presse-papiers (on disait alors "serre-papiers") ont été créés pendant ce laps de temps. Ces objets sont donc contemporains du timbre-poste et du développement du courrier qui s’en est suivi. La fabrication s’est ensuite arrêtée, victime à la fois d’un changement de mode et... de la contrefaçon : nombre de verreries se sont lancées dans des fabrications d’une qualité très inférieure à celle des produits issus des grandes cristalleries, ce qui a précipité le déclin des boules presse-papiers.

Elles ont alors connu un long purgatoire, mais quelques amateurs – au premiers rang desquels Colette ou Jeanne Lanvin – les ont remis à la mode ; ces objets utilitaires ont ainsi acquis le statut d’objets d’art. Après la Seconde Guerre mondiale, leur vogue s’est étendue aux États-Unis, et pour répondre à la demande, la fabrication a repris. Ce fut presque un sauvetage in extremis car il fallut retrouver tous les secrets d’un savoir transmis oralement, tant pour la composition que pour la fabrication proprement dite, et former des ouvriers. Grâce à ces efforts, les boules ont retrouvé le niveau de qualité qui avait été le leur. En 1953, Saint-Louis en fabriqua pour commémorer le couronnement de la reine Élizabeth d’Angleterre. À partir de là, la cristallerie a décidé de signer et de dater ses productions, qui font l’objet de tirages limités. Ces mesures ont provoqué un considérable essor du marché : boules presse-papiers anciennes et modernes coexistent désormais dans les ventes et attirent un public nombreux.

De très nombreux faux
Bien évidemment, leurs cours diffèrent. Mais l’ancienneté ne suffit pas à déterminer les prix. Les amateurs établissent les cours en fonction de critères variés. On peut en qualifier certains d’objectifs – limpidité du cristal, finesse et originalité du décor qui doit être en outre bien centré et offrir des couleurs raffinées –, mais beaucoup plus subjectif est le "mystère" émanant de l’objet : peu de collectionneurs le définissent mais tous s’y montrent sensibles. En fait, tout ce qui relève du tour de force technique sera hautement prisé. De même recherche-t-on tout spécialement certains décors (de reptiles ou d’insectes), et surtout la parfaite harmonie se dégageant de certains presse-papiers pleinement réussis. L’état de l’objet, comme toujours en matière de verre ou de cristal, joue un rôle important dans l’établissement du prix : si l’on tolère des rayures (qu’un polissage pourra faire disparaître), un éclat constitue un vice rédhibitoire.

L’amateur devra aussi, impérativement, approfondir ses connaissances par des lectures, des visites dans les musées, et saisir toute occasion d’examiner de près des boules presse-papiers authentiques : c’est là le seul moyen d’éviter le piège des faux, très fréquents dans ce domaine. Mais ceci mis à part, tout porte à croire que les boules presse-papiers continueront à séduire nombre d’amateurs. Point n’est besoin de lire dans le cristal pour s’en persuader !...

Pour en savoir plus :
Visiter : l’exposition \"150 ANS DE CRÉATION DE PRESSE-PAPIERS DES CRISTALLERIES DE SAINT-LOUIS\", au Musée de la Poste à Paris (jusqu’au 13 juillet).
Lire : Gérard Ingold et Paul Jokelson, Les presse-papiers, XIXe et XXe siècles, éd. Hermé, Paris, 1988 / Gérard Ingold, Presse-papiers et sulfures des cristalleries de Saint-Louis, éd. Hermé, Paris, 1996.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°27 du 1 juillet 1996, avec le titre suivant : Jardins de cristal, les presse-papiers

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