Dimanche 21 octobre 2018

Foire

Ici Dubai

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 26 mars 2008 - 699 mots

Pour sa seconde édition organisée du 18 au 22 mars, Art Dubai s’est ouvert à l’art du Moyen-Orient, mais son intérêt tient davantage à ses forums.

DUBAÏ - Ce chameau empaillé, contorsionné dans une valise trop exiguë, pourrait être une bonne métaphore d’Art Dubai et a fortiori de l’émirat. Baptisé Arabian Delight, cette œuvre de la Pakistanaise Huma Mulji, achetée voilà un mois par Charles Saatchi, témoigne de la difficulté et parfois de l’artificialité des échanges culturels. Huma Mulji le dit elle-même : « Pendant longtemps notre identité était liée à l’Asie du Sud Est et maintenant on nous associe davantage au Moyen-Orient avec cette culture musulmane que nous avons en commun. Le chameau est une arabisation forcée. » Et de rajouter : « Cette pièce, spécifiquement faite pour Art Dubai, montre une certaine absurdité. On construit de plus en plus haut, les choses sont de plus en plus rapides, il y a du gazon là où il ne devrait pas y en avoir. C’est effrayant, mais en même temps magique, attirant. » Ce contexte de démesure et de promesses, décrypté dans des forums bigrement instructifs, se révèle plus intéressant que le contenu d’une foire pourtant plus ouverte que l’an dernier aux artistes du cru. Faute de cerner les goûts des Émiratis, certains exposants ont joué avec humour sur l’appétence locale pour les pierreries, avec notamment Don’t steal my happiness de Shilpa Gupta, petite sculpture tout en diamants et or chez Volker Diehl (Berlin). Les animaux avaient aussi la cote, dans une version prévisible avec les photos de faucons de Wouter Deruytter chez Torch Gallery (Amsterdam), ou plus subtile avec les Têtes d’animaux d’André Masson chez Baudoin Lebon (Paris). Le Moyen-Orient, dans ce qu’il a de plus conceptuel, n’apparaissait que par interstice, au détour du stand d’Andrée Sfeir-Semler (Beyrouth-Hambourg) ou de The Third Line (Dubai).
Pour ce qui est du commerce, il fut moins trépidant que ne le laissait présager la rapidité avec laquelle la ville érige ses gratte-ciel. La majorité des transactions avait été ficelée bien en amont et non sur le salon. Comme l’an dernier, les galeries indiennes furent les plus vernies. Chemould Prescott Road (Mumbai, Inde) a ainsi cédé au collectionneur britannique Franck Cohen une toile brodée et deux chèvres gainées de tapisseries de Jagannath Panda, ainsi qu’un grand triptyque de Jitish Kallat à Charles Saatchi. Fabio Rossi (Londres) avait lui quasiment prévendu son stand, notamment un grand collage du Tibétain Gonkar Gyatso à la Fondation australienne White Rabbit. « C’est une très bonne surprise alors que je pensais tomber dans un mix entre Las Vegas, Disneyland et un ghetto de luxe, observait Volker Diehl. Les gens sont informés et posent les bonnes questions. » Celui-ci avait notamment cédé une peinture du Chinois Ling Jian à un collectionneur de Jakarta. Une chance qui n’a pas forcément souri aux galeries présentant exclusivement des artistes occidentaux.

L’Iran bombe le torse

L’art contemporain risque de faire une entrée fracassante dans une République islamique qui a consacré à nouveau la frange la plus radicale aux élections législatives de mars. Outre le Musée Honart (Téhéran) dont l’ouverture est prévue à l’automne prochain, un autre intervenant sort du bois, Farhad Farjam. Riche d’une collection de plus de 7 000 objets d’art islamique, et 4 000 d’art contemporain, principalement du Moyen-Orient, cet homme d’affaires basé à Dubai envisage de créer deux musées dans cet émirat, un autre d’art classique à Shiraz et enfin un d’art actuel à Téhéran. Mais pour l’heure, l’Iran fait surtout parler d’elle du côté des enchères. L’artiste Farhad Moshiri est devenu en mars l’Iranien le plus cher avec l’enchère d’1 million de dollars chez Bonhams. Un sommet sur lequel ne s’est pas étalonnée la galerie The Third Line lors de sa prestation à Art Dubaï. Ainsi, présentait-elle The Lovers, une toile, couverte d’un rideau de pampilles de cristaux pour 150 000 dollars. « Il y a un an, les pièces de Moshiri valaient entre 25 000 et 35 000 dollars. Les prix ont changé, mais les matériaux aussi, explique Claudia Cellini, codirectrice de la galerie. Les tarifs qu’on demande aujourd’hui n’ont rien d’exagérés : l’artiste a la quarantaine, il est reconnu internationalement. Nous avons quarante personnes sur liste d’attente. »

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°278 du 28 mars 2008, avec le titre suivant : Ici Dubai

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