ART CONTEMPORAIN

Hervé Télémaque en télescopages grand format

Par Henri-François Debailleux · Le Journal des Arts

Le 24 avril 2019 - 541 mots

PARIS

L’artiste français d’origine haïtienne revient à la galerie Rabouan Moussion avec notamment une toile imposante, représentative de sa méthode de travail séquentielle, où se juxtaposent les éléments.

Paris. 9, 75 mètres sur 1,95 mètres ! : telle est la taille du morceau de bravoure peint par Hervé Télémaque pour cette exposition qui marque son retour à la galerie Rabouan Moussion. Il avait en effet déjà travaillé avec elle de 1982 à 1992 (avant de rejoindre la galerie Louis Carré et Patrick Bongers). Peinte à l’acrylique, cette immense toile est intitulée Al l’en Guinée [voir illustration] : « une expression haïtienne qui signifie ”il est mort”. Mais elle évoque en même temps la gaieté, car en Haïti la mort a un caractère joyeux, ludique », indique l’artiste (né en Haïti en 1937 et arrivé à Paris en 1961). À elle seule, l’œuvre résume la méthode de travail et les thèmes, liés à sa double culture, qui caractérisent la démarche d’Hervé Télémaque depuis ses débuts. Al l’en Guinéeétait en effet agrafée sur le mur de son atelier en Normandie. « J’y travaillais un peu de temps en temps, d’où son côté découpé, par tranches. Cela correspond à une façon d’aborder la toile que j’ai souvent employée », précise l’artiste. Cela explique l’aspect séquentiel de l’ensemble qui juxtapose des objets, des saynètes, des motifs ; ici, celui de jambes de femmes, là, celui d’un âne énigmatique, etc. Autant d’« images » qui sont à la fois autonomes, puisque chaque fois suspendues, entourées d’un espace blanc et en même temps toujours connectées les unes aux autres par un détail, un élément, un rapprochement formel, une courbe, un aplat et qu’il nous faut relier, comme on le fait avec les morceaux d’un puzzle, pour construire le sens.

En plus du titre de la toile, d’autres mots sont écrits comme « igname » : « un féculent donné aux esclaves et qui renvoie à l’histoire de mon pays », indique l’artiste, fidèle à l’engagement politique, dont il a toujours fait preuve. Accrochée au milieu de vingt-cinq œuvres datées de 1960 à 2019, aussi bien des toiles, donc, que des sculptures, reliefs, collages sur papier, carton et marc de café sur bois, assemblages, Al l’en Guinée rappelle aussi la cohérence de l’œuvre de Télémaque (ce que soulignait très bien la rétrospective que lui a consacrée le Centre Pompidou de février à mai 2015) qui, depuis ses débuts, repose sur le principe du rébus, du télescopage d’éléments, dans une polysémie surréaliste que l’artiste a toujours revendiquée.

Une production limitée

Compris entre 70 000 et 120 000 euros pour les collages et entre 48 000 et 650 000 euros pour les toiles, les prix de Télémaque sont parmi les plus élevés de tous les artistes de la Figuration narrative dont il a toujours été l’un des membres clefs. « Ses grands tableaux font toujours entre 100 000 et 400 000 euros depuis plusieurs années », précise Jacqueline Rabouan. Ce qui peut s’expliquer par le fait que Télémaque produit peu, qu’il est présent dans de nombreuses collections internationales, à l’exemple du MoMA, à New York, qui lui a récemment acheté une œuvre et envisage d’autres acquisitions. Il participera d’ailleurs à l’exposition que le musée de New York (où Télémaque a vécu de 1957 à 1961) consacrera en octobre 2021 aux artistes noirs américains.

Télémaque,
jusqu’au 11 mai, Galerie Rabouan Moussion, 11, rue Pastourelle, 75003 Paris.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°522 du 26 avril 2019, avec le titre suivant : Hervé Télémaque en télescopages grand format

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