Samedi 15 décembre 2018

Entretien

Hervé Poulain, Armelle Baron et Patrick Bongers, Président et vice-présidents du CNMA

« Promouvoir l’art en France par le marché »

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 20 janvier 2006 - 1791 mots

Le Conseil national du marché de l’art (CNMA) se veut un nouvel organisme indépendant de promotion du marché de l’art français dans le respect des diversités de chacun. Entretien croisé avec Hervé Poulain, son président, et ses deux vice-présidents, Armelle Baron et Patrick Bongers.

 Pourquoi et comment a été créé le CNMA ?
Hervé Poulain : Pour reprendre l’historique, tout est parti du Comité de liaison du marché de l’art, instance informelle créée il y a quelques année par Gérard Champin, alors président de la Chambre nationale des commissaires-priseurs, afin que les représentants des différentes branches du marché se rencontrent et échangent des idées. Or, quand celui-ci est devenu président du Conseil des ventes volontaires, beaucoup d’entre nous ont considéré qu’il y avait une confusion des genres ; celle-ci retirait au Comité de liaison du marché de l’art sa crédibilité. Le président du Conseil défendait à la Chancellerie des positions en contradiction avec celles définies par le Comité, notamment sur le statut des experts auprès des sociétés de ventes. C’est pourquoi nous nous sommes désolidarisés du Comité de liaison du marché de l’art tel qu’il existait pour nous regrouper en 2003 au sein d’un organisme cohérent, puissant et crédible : le Conseil national du marché de l’art.
Lors de sa création, le CNMA regroupait les présidents : de la Chambre nationale des experts spécialisés (CNES), Vincent de La Celle ; de la Compagnie nationale des experts (CNE), Jean-Gabriel Peyre ; de la Confédération européenne des experts d’art (Cedea), Armelle Baron ; de la Société d’encouragement aux métiers d’art (SEMA), Pierre Chevalier ; du Syndicat français des experts professionnels en œuvres d’art (SFEP), Michel Maket ; du Syndicat national des antiquaires (SNA), Christian Deydier ; et du Syndicat national des maisons de ventes volontaires (Symev), Jean-Pierre Osenat.

Hervé Poulain vient d’être élu à la présidence du CNMA. Que va changer cette arrivée pour le Conseil ?
Patrick Bongers : Hervé Poulain est un homme dynamique, et sa personnalité, son parcours personnel et sa connaissance des dossiers sont très importants pour le fonctionnement de l’organisme que nous avons mis en place. Son sens du relationnel, sa volonté, la fermeté et la hargne qu’il développe (quand on le voit au volant de ses voitures, on en est convaincu !) font qu’il était le président ad hoc.
H. P. : Je voudrais préciser que je dois ma nomination en particulier au fait que je ne suis président de rien. Je ne dirige aucun des syndicats professionnels constitutifs du CNMA. J’ai l’autorité que me donne cette liberté de représenter absolument tout le monde. Mon mandat dure un an, renouvelable. Et je suis bien assisté dans mes fonctions par mes deux vice-présidents, Armelle Baron et Patrick Bongers.

Les acteurs du marché de l’art sont réputés difficilement s’entendre. Votre conseil va-t-il pouvoir définir des positions communes ?
H. P. : Au cours des deux dernières années, nous nous sommes aperçus que nous avions très peu de conflits d’intérêts entre nous. Quand deux syndicats n’ont pas la même vision sur un problème déterminé, il convient que chacun, gardant son identité propre, défende lui-même sa thèse. Nous avons également constaté qu’il manquait cruellement à notre pays d’un organisme puissant comme le British Art Market Federation (dirigé par Anthony Browne), organisme qui soit un interlocuteur désigné à la fois auprès des pouvoirs publics en France mais aussi auprès de Bruxelles pour tout ce qui concerne la réglementation européenne.
Enfin, le Comité professionnel des galeries d’art ne nous avait pas suivis, par décision de son conseil de direction.  Aujourd’hui présidé par Patrick Bongers, il nous a rejoints depuis peu. Et dès lors, nous avons voulu, au nom du marché, donner une structure juridique et un nouvel élan à cet organisme qui représente à présent quasiment toutes les composantes du marché de l’art – nous souhaitons la présence prochaine des libraires.
P. B. : Le CNMA est une association dont les statuts ont été récemment refondus pour se trouver en conformité avec nos souhaits. Toutes les décisions seront désormais prises à l’unanimité des
adhérents. Nous organiserons donc notre politique de manière dynamique, autour de positions communes et dans la transparence.

Sur quels sujets par exemple n’êtes-vous pas tous d’accord ?
H. P. : Les seuls points de vue divergents sur lesquels nous travaillons, en espérant qu’un jour nous trouvions des solutions entraînant l’agrément des uns et des autres, sont la TVA à l’importation, l’application du droit de suite et la question de la sécurité sociale versée par les galeries à la Maison des artistes.

Les organisateurs de salons d’art et de foires d’antiquités qui rythment la saison ne forment-ils pas une composante qui manque à votre conseil ?
H. P. : Votre question a été l’objet de notre dernière réunion. Et nous nous la sommes posée d’autant plus qu’ils nous ont contactés pour entrer au CNMA.
Armelle Baron : Mais les organisateurs ne sont pas des acteurs à part entière du marché de l’art. Ce sont des entreprises commerciales qui vendent des mètres carrés. Un jour ils exposent des galeries d’art, le lendemain, ce sont des réfrigérateurs.
P. B. : Les statuts du CNMA ne permettent pas de les accueillir en tant que membres, mais on peut les associer à notre action d’une autre manière ou faire pression sur eux. Car après tout, ils ont tendance à nous dicter leur loi et l’on aimerait bien qu’ils écoutent un peu plus les professionnels que nous sommes.

Quelles sont aujourd’hui vos priorités d’action ?
H. P. : Avant de vous parler de nos chantiers en cours, il est extrêmement important que vous compreniez notre état d’esprit. Le slogan qui va déterminer toute notre action tient dans la formule suivante : « Promouvoir l’art en France par le marché. » Concernant le marché de l’art en France, on a toujours parlé de défense, terme banni chez nous. J’insiste sur la notion de promotion. Et cette volonté-là montre notre détermination à décomplexer les acteurs du marché de l’art, à les débarrasser des vieilles lunes selon lesquelles l’argent polluerait l’art, que dès qu’un artiste n’est plus maudit et gagne sa vie, il est suspect. Ou encore que les collectionneurs œuvrent dans l’égoïsme et le superflu. Ailleurs, ces derniers ont un statut et sont reconnus. Chez nous, ils font profil bas, ce qui n’est pas normal. Nous voulons redonner à tous les acteurs du marché la fierté de leur rôle et leur importance dans la vie du pays. Et pour cela, notre action se place dans le champ de l’économie.
Notre premier chantier sera donc l’appréciation de ce que représente le marché de l’art comme acteur significatif de l’économie française : en chiffre d’affaires ; en emplois directs et indirects ; en devises à l’export… Plusieurs études sur le marché sont en cours.
P. B. : Au sein du CNMA, nous voulons développer l’image d’un marché puissant dont les acteurs s’entendent au lieu de se tirer dans les pattes. L’énergie que les gens pensent que nous dépensons pour nous faire concurrence va être employée à faire avancer globalement le marché. Nous serons aussi un organisme de réflexion, d’innovation. J’ai également émis un souhait : celui d’avoir un rôle de médiateur pour les nombreux problèmes qui opposent entre eux les experts, les marchands, les commissaires-priseurs, les galeries et les artistes.

De quelle reconnaissance ou écoute espérez-vous bénéficier auprès des pouvoirs publics ?
H. P. : D’un côté, nos attentes ne pourront évidemment pas se concrétiser sans rencontres ni encouragements. D’un autre côté, les pouvoirs publics en France sont les premiers à regretter de n’avoir pas eu jusqu’à présent un interlocuteur puissant, clairement désigné, qui vienne parler au nom du marché. Nous rencontrerons le 8 mars le ministre de la Culture et de la Communication, Renaud Donnedieu de Vabres. Il est clair que les actions de lobbying n’ont pas toujours eu l’efficacité qu’elles auront grâce à nos efforts conjoints. Désormais, lorsque nous prendrons la parole, ce sera au nom de tous. Derrière une organisation unique, les Britanniques ont obtenu beaucoup de choses, car ils sont bien organisés et ne sont pas gênés par ce problème moral du marché. Ils dénoncent aujourd’hui toutes les charges imposées par l’Europe et qui profitent au marché américain. Nous discutons souvent de ce sujet avec Anthony Browne.
J’ajoute que les pouvoirs publics peuvent avoir besoin de nous pour défendre leurs propres idées. Pour la première fois, un Premier ministre a fait une déclaration pendant la FIAC [Foire internationale d’art contemporain, le 10 octobre 2005] et a ouvert des pistes auxquelles nous sommes très favorables. Et nous allons aussi encourager les pouvoirs publics à s’engager davantage dans certaines voies, et un peu moins dans d’autres.
Enfin, nous voulons convaincre que le marché de l’art est un marché attractif en France par sa fiscalité, malgré certaines dispositions que nous allons contribuer à faire évoluer.

Quels sont les dossiers que vous êtes actuellement prêts à défendre ?
A. B. : Les experts sont concernés par le problème de l’uniformisation des différentes durées de prescription de leur responsabilité. Depuis la réforme des sociétés de ventes volontaires, la responsabilité des experts est passée à dix ans en vente aux enchères publiques. Pour le même objet et le même expert, cette responsabilité reste de trente ans hors salle de ventes. À l’heure actuelle, trente ans, c’est excessif. Les techniques évoluent. On ne peut pas être responsable aussi longtemps d’une expertise. Je pense au secteur des tableaux anciens par exemple.

Quid des distorsions de concurrence avec le courtage en ligne entraînées par certains acteurs du marché ?
H. P. : Notre vocation est d’entamer la réflexion sur cette question, qui sera prochainement débattue dans un colloque sur la Nouvelle Économie, ses implications et ses conséquences sur le marché de l’art. Ce colloque se tiendra en mars ou avril.
P. B. : C’est une question intéressante. Pour nous, dans le commerce des galeries dont j’ai la chance de présider le comité, Internet en tant qu’espace de vente ne constitue pas une gêne directe pour notre secteur en termes de concurrence, mais, en revanche, c’est un facteur de pollution important du marché en raison des œuvres douteuses qui y sont véhiculées. Nous pouvons dénoncer les problèmes que pose cette Nouvelle Économie à des acteurs comme les libraires. Ces derniers seront les acteurs les plus importants de ce colloque puisque ce sont eux qui souffrent le plus de cette concurrence.

Pour mener à bien votre action, commander des rapports et organiser des colloques, de quels moyens financiers dispose le CNMA ?
H. P. : Nous fonctionnons avec des cotisations symboliques versées par nos membres. Mais nous cherchons actuellement un soutien du côté du mécénat d’entreprise. Nous avons d’ores et déjà pris des rendez-vous avec de grands groupes.

CNMA, 15, rue Freycinet, 75116 Paris, tél. 01 45 72 67 39.
Courriel : cnma@wanadoo.fr

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°229 du 20 janvier 2006, avec le titre suivant : Hervé Poulain, Armelle Baron et Patrick Bongers, Président et vice-présidents du CNMA

Tous les articles dans Marché

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque