Vendredi 14 décembre 2018

Mobilier XVIIIe

Haro sur le meuble ancien

Les scandales éclaboussent un marché affaibli par la crise.

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 8 juillet 2005 - 615 mots

PARIS - Le marché du mobilier ancien est malmené. Le scandale de l’affaire de la collectionneuse de la BNP Paribas à la Biennale des antiquaires (lire le JdA n° 214, 29 avril 2005), les procès entre professionnels (lire p. 39) et la prolifération de pièces douteuses mine le secteur, surtout dans un contexte d’effondrement des prix où le client se fait rare et les professionnels plutôt vendeurs qu’acheteurs.

Le dernier coup d’éclat remonte au 24 juin à Drouot. Camille Burgi, antiquaire du quartier et expert en mobilier XVIIe et XVIIIe, déboule dans la salle d’exposition de la SVV Bergé & associés. Il clame haut et fort que le bureau Boulle annoncé d’époque Louis XV est faux et demande son retrait de la vente. Si certains professionnels ont récemment ouvert le débat à propos d’une « action de ménage en vente publique », cette intervention directe est une première dans cette spécialité où d’ordinaire seule la rumeur suffit à détourner les habitués de Drouot d’une marchandise frelatée.

Dans le cas présent, Camille Burgi s’est fait éconduire par le spécialiste interloqué Jean-Nérée Ronfort. Mais l’antiquaire est revenu l’après-midi de la vente, accompagné cette fois de Jean-Gabriel Peyre, président de la Compagnie nationale des experts, venu soutenir l’un des membres de son syndicat. Entre-temps, le Conseil des ventes, saisi par l’antiquaire, a réagi en notifiant par télécopie à la SVV un problème sur le lot 257. Le bureau est alors précipitamment retiré de la vente, au moment où deux particuliers s’apprêtaient à enchérir, pensant faire une bonne affaire. « L’estimation de 250 000 euros était alléchante mais c’est un faux prix. Le vrai prix pour un bureau comme celui-là, s’il était bon, serait d’un million d’euros aujourd’hui », explique Camille Burgi. « C'est un prix de réserve faible compte tenu de la tendance du marché qui va mal », rétorque Jean-Nérée Ronfort. D’après l’antiquaire, le meuble présenté serait une pure invention fabriquée à partir d’éléments disparates anciens. Si l’ensemble des professionnels reconnaît que le bureau Boulle pose problème, l’intervention de leur confrère a provoqué un tollé. « Je ne prétends pas vouloir faire tout le ménage à Drouot. Mais je ne vois pas pourquoi on me reprocherait de faire retirer des vrais faux du marché présentés par des personnes qui, derrière mon dos et devant des clients communs, mettent le doute sur des pièces authentiques que je vends », réplique celui par qui le scandale a éclaté.

Le 28 juin, le Conseil des ventes a confié à l’expert Alexandre Pradère la mission de tirer l’affaire au clair. Parallèlement, le marché du mobilier est mis à mal par le tassement des prix. Les invendus de la saison doivent leur échec à des estimations considérées comme « délirantes » par les initiés, à l’exemple d’une rare et authentique paire d’encoignures en laque attribuée à BVRB d’époque Louis XV, vedette des Temps Forts de Drouot, présentée chez Piasa à 800 000 euros le 22 juin. Le même jour, Christie’s a tiré son épingle du jeu avec la vente d’une collection particulière cédée sans prix de réserve. Dans cette vacation, nombre de lots ont été vendus bien en dessous de leur estimation, établissant de nouvelles cotes à la baisse, au grand dam des marchands qui ont déjà du mal à écouler leur stock à des prix autrement supérieurs. Une garniture d’époque Louis XV de provenance princière russe en porcelaine de Chine bleue du XVIIIe et ornementation de bronzes, estimée 600 000 euros à 1 million d’euros a au moins fait un heureux : l’antiquaire Jean Lupu qui l’a achetée pour seulement 224 800 euros.

Christie’s

- Expert : Adrien Meyer
- Lots vendus : 99 %
- Pourcentage en valeur : 100 %

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°219 du 8 juillet 2005, avec le titre suivant : Haro sur le meuble ancien

Tous les articles dans Marché

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque