Trois questions à

Guillaume Dillée, expert en meubles et objets d’art français des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 4 novembre 2005

Comment peut-on lutter contre l’émergence d’objets douteux dans les salles de ventes aux enchères publiques dans plusieurs domaines, dont le vôtre ?
On ne peut pas nier l’existence de pratiques douteuses qui sont souvent le reflet de deux phénomènes. D’une part, des ventes sans expert, organisées par des sociétés de ventes [SVV] qui n’ont pas de spécialités attitrées. Or un commissaire-priseur qui ne prend pas d’expert ne remplit pas son rôle, qui est de mettre tout en œuvre pour déterminer la nature des biens qu’il propose. Et, d’autre part, des ventes où la nature de l’objet à vendre est davantage justifiée par des notices abondantes censées rassurer les acheteurs (mais difficiles à décrypter et pleines de suppositions) que par la vraie qualité de l’objet. Avec le développement de politiques de communication à l’anglo-saxonne, cela a pris de l’ampleur. Il ne faut pas nier que l’intérêt du commissaire-priseur, de la SVV et de l’expert reste celui du vendeur, mais on se doit de travailler dans la véracité et de vérifier les informations qu’on annonce. La solution passe probablement par une plus grande synergie entre le Conseil des ventes, les commissaires-priseurs et les experts. Il serait souhaitable de restaurer, par exemple, le système de contrôle si cher à nos prédécesseurs, soit un passage régulier d’une commission d’experts (à partir d’une liste agréée) dans les salles de ventes publiques, un peu à la façon des vettings dans les foires et salons. Cela permettrait d’offrir une garantie optimale aux acquéreurs. La mise en place d’un tel système impliquerait néanmoins la réforme du statut des experts. Cela pourrait passer par un apprentissage du métier d’expert chez des spécialistes appartenant à la commission. Et par un examen donnant le droit d’exercer, après un minimum de dix ans de pratique. Rappelons tout de même que chacun est en mesure aujourd’hui d’acquérir une œuvre d’art en toute sécurité en sélectionnant les ventes visées par des experts (stipulés en page de garde des catalogues) ou en ayant recours à leurs conseils.

Quels ont été vos derniers coups de cœur artistiques ?
Je suis à la recherche de mobilier insolite et fonctionnel, tel du mobilier industriel, auquel je redonne une seconde vie. Ainsi, j’ai récemment déniché aux puces de Saint-Ouen un meuble de tri postal que j’ai fait relaquer en jaune « Poste ». De structure métallique sobre, extrêmement épuré et fonctionnel, accompagné de son tabouret à vis, il trône en cabinet d’amateur dans mon appartement parisien. Dans le même esprit « minimaliste », j’ai acheté dans un surplus militaire des lits picots de la gendarmerie française. Pliants et démontables, ils sont faits d’une structure en bois et agrémentés de coussins en toile kaki martelés de clous. Je les ai reconvertis en lits de repos et en ployants.

Quelle est votre actualité ?
Je présente le 7 décembre à Drouot avec la SVV Delorme & Collin du Bocage un groupe en buis de 57 cm très finement sculpté, estimé 350 000 à 500 000 euros. La statuette représente la déesse Vénus en équilibre sur une coquille sculptée, accompagnée du petit Cupidon portant en bandoulière un carquois rempli de flèches, sujet très en faveur du temps de la Renaissance italienne et fortement apprécié tout au long des XVIe et XVIIe siècles. Il s’agit d’un travail français exécuté vers 1560-1561 et monogrammé « L. R. » sur la base. Deux documents d’archives tirés des Comptes des bâtiments du roi datant de la seconde moitié du XVIe siècle ainsi que la signature monogrammée permettent d’attribuer ce travail au sculpteur Laurent Régnier. Il s’agit probablement de l’une des vingt-quatre sculptures commandée par Catherine de Médicis à divers artistes, dont Régnier, pour décorer le pavillon de La Treille à Fontainebleau.
Je voudrais aussi annoncer un colloque (1) sur le thème du « Vrai ou faux, les critères d’authenticité dans le marché de l’art », les 11 et 12 janvier 2006 à Drouot-Montaigne, sous l’égide du CEDEA (Confédération européenne des experts d’art) (2), qui fédère quatre syndicats d’experts, dont le mien.

(1) Rens. 01 42 22 78 15 (Armelle Baron).
(2) Membre du SFEP (Syndicat français des experts professionnels en œuvres d’art et objets de collection).

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°224 du 4 novembre 2005, avec le titre suivant : Guillaume Dillée, expert en meubles et objets d’art français des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles

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