Vendredi 14 décembre 2018

Trois questions à

Giovanni Sarti, antiquaire à Paris spécialisé en tableaux italiens

« Il y a des chefs-d’œuvre à découvrir en vente publique »

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 18 février 2005 - 630 mots

 Comment se porte le marché de la peinture ancienne italienne ?
Il se porte bien pour les œuvres de qualité. Les tableaux primitifs se sont raréfiés et les prix ont sensiblement monté mais restent en dessous des valeurs auxquels ils devraient être. Peut-être à cause du sujet car nombre de collectionneurs boudent le répertoire religieux malgré la qualité picturale des œuvres. Il est admirable que le Metropolitan Museum of Art [à New York] ait acheté en novembre dernier une Vierge à l’Enfant de Duccio pour lequel il a déboursé la somme record de 45 millions de dollars (34,6 millions d’euros). Voilà un vrai prix justifié pour le maître siennois, à la hauteur d’un Rembrandt. Les vues de Venise demeurent ce qui plaît le plus, à commencer par Canaletto. Une vue de la place Saint-Marc par l’artiste s’est vendue 5,28 millions de dollars chez Christie’s à New York le 26 janvier 2005. Cela profite aussi aux seconds couteaux comme Francesco Albotto dont une paire d’huiles sur toile de vues du grand canal a été adjugée 688 000 dollars chez Sotheby’s le 27 janvier 2005 à New York. Mais contrairement à la peinture de l’école du Nord, la peinture italienne n’est pas toujours identifiable. Il y a toujours des recherches d’attribution à faire. Cela est très stimulant pour l’esprit et il y a des chefs-d’œuvre à découvrir pour 200 000 ou 300 000 euros en vente publique. Or cela fait un peu peur aux acheteurs qui trouvent plus rassurant d’aller vers les tableaux en galerie avec des noms authentifiés.

Quelles sont vos dernières rencontres artistiques ?
Le Duccio acquis par le Metropolitan Museum est admirable, d’une pureté et d’une construction extraordinaire. Le Garçon à la pipe de Picasso de la collection Whitney vendu pour le record de 104 millions de dollars le 5 mai 2004 chez Sotheby’s m’a plu énormément. Je trouve dans les œuvres de jeunesse de cet artiste moderne des correspondances avec le travail du peintre de la Renaissance Piero Della Francesca. Et le tableau La Fuite en Égypte de Francesco de Zurbarán présenté par la galerie anglaise Agnews était pour moi le plus beau tableau de Maastricht en 2004.

Quelle est votre actualité ?
J’organise durant un mois une exposition exceptionnelle autour du tableau La Pietà de Bartolomeo Suardi dit « Bramantino » (vers 1465-1530) (1). Je l’ai acheté dans une vente à New York il y a quatre ans sans savoir si c’était l’original perdu depuis cent ans ou une copie. Après un long travail de nettoyage, l’authentification a été rendue possible par le professeur Pietro Marani, spécialiste des peintres lombards, qui date l’œuvre entre 1498 et 1501. Bramantino fut l’un des artistes les plus célèbres de la Renaissance avec son contemporain Léonard de Vinci. En avance sur son temps, il renouvela l’art pictural lombard dans de multiples directions, notamment à travers ses recherches sur de nouvelles spatialités et son expérimentation de simplification et de construction géométrique (premiers pas vers ce que l’on appellera plus tard le maniérisme). On notera l’absence de détails structurels dans les visages parfois à peine esquissés et la schématisation des corps conduisant à une sorte d’abstraction.  L’opposition entre l’attitude figée des personnages debout et le désespoir des angelots, dont certains se tordent de douleur à terre dans de périlleuses positions de raccourci, crée une atmosphère surréelle unique en son temps, un goût moderniste qui n’est pas sans rappeler la peinture de De Chirico avec ses architectures du fond. Il existe dix-huit autres tableaux connus de Bramantino dans le monde. Aucun n’étant conservé en France, cette exposition accompagnée d’un livre est une occasion unique de découvrir son œuvre. 

(1) du 18 février au 26 mars, 137, rue du Faubourg-Saint-Honoré, 75008 Paris, tél. 01 42 89 33 66, www.sarti-gallery.com, du mardi au samedi 10h-13h et 14h-19h.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°209 du 18 février 2005, avec le titre suivant : Giovanni Sarti, antiquaire à Paris spécialisé en tableaux italiens

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