Mercredi 24 octobre 2018

Photographie

Galeries de portraits

Le Journal des Arts

Le 3 décembre 2004 - 741 mots

Trois nouveaux espaces spécialisés dans la photographie viennent d’ouvrir à Paris. Visite guidée.

 PARIS - Le marché français de la photographie ne se limite pas à de rares galeries bien assises ou à l’événement annuel qu’est la foire Paris Photo. Depuis plusieurs mois, un piéton averti, un « badaud » de Saint-Germain-des-Prés et de ses environs a pu remarquer l’ouverture de nouvelles galeries. En voici trois, toutes ont des objectifs variés, loin des modes, dans une approche du marché qui se veut différente...
« On montre ce que l’on veut montrer où l’on peut », tel est le mot d’ordre de Lydie Trigano, qui a ouvert son espace, la Galerie Émotion, à deux pas de Saint-Michel. Elle expose aussi « hors les murs », dans les vitrines des magasins d’habillement Loft ou dans un salon de coiffure à Bruxelles. La fille du créateur du Club Méditerranée, longtemps à la tête de la communication du club, veut offrir, avec son carnet d’adresses bien étoffé, une galerie conviviale : les accrochages sont changés tous les quinze jours ; le samedi vers cinq heures de l’après-midi, c’est thé gratuit pour tout le monde, et elle propose aussi des rencontres autour d’un verre, petit déjeuner ou dîner entre photographes et éventuels collectionneurs. « Que les rencontres se transforment en coup de cœur ! » Parfois elle emmène ses clients visiter les studios des photographes. Elle représente ainsi beaucoup d’artistes : de nombreux ex-agence Métis (Luc Choquer, Xavier Lambours, Marie-Paule Nègre, Pierre-Olivier Deschamps…), les membres du collectif Tendance Floue comme Patrick Tournebœuf ou Gilles Coulon (qui vient juste de faire l’aller-retour avec la galerie Acte 2), Stéphane Duroy, Yan Morvan, Jérôme Brézillon ou Olivia Gay. Une photographie du réel avec une pointe de style « plasticien ». Elle vise un public de jeunes collectionneurs qui ne recherchent pas en priorité les grands noms, avec des tirages limités à 10 exemplaires et des prix ne dépassant pas 3 000 euros.

Prix abordables
Les prix sont aussi l’argument de vente de Véronique de Folin. Cette ancienne maître de conférences à Sciences-Po vient d’ouvrir la galerie Le Voleur d’Images (d’après un poème de Jules Supervielle, son arrière-grand-père !) rue de Saint-Simon dans le 7e arrondissement de Paris. Fan de voyages et plus particulièrement d’Amérique du Sud, elle expose les images en noir et blanc du désert d’Atacama par le photographe chilien Andrés Figueroa, avant de présenter des temples indiens d’Oliver Barrot ou les ciels de Patagonie de Jean-Yves Bregand, le tireur d’élite du noir et blanc. Chaque exposition est accompagnée d’un livre soigné. L’objectif de cette nouvelle venue est clair : « Vendre de belles choses et lutter contre l’arrogance de vendre très cher ! » Ses prix sont en effets abordables (400 euros les 30 x 40 cm ou 600 euros les 40 x 60 cm). Ici, la photo est décorative, et le public plutôt composé de passionnés de voyages ou de Sud-Américains nostalgiques !
Enfin, la galerie Gordon Pym et Fils fait son retour sur le marché parisien. Cette galerie avait fait les beaux jours de la rue Keller, près de la Bastille, dans les années 1980. Avec la crise des années 1990, le propriétaire, Gottfried Tollman, s’était rapatrié sur les États-Unis, proposant de l’Arte povera et de nombreuses avant-gardes italiennes. Dans son petit local de la rue de l’Echaudé, la photographie a aujourd’hui une place de choix. En octobre, Robin Derrick, le directeur artistique du Vogue anglais, y a présenté sa première exposition : des photos très grand format d’une mère et sa fille, un travail personnel loin de la mode. Actuellement, Nat Finkelstein occupe les murs de la petite galerie avec ses images de la Factory d’Andy Warhol. Sont prévus dans les mois à venir Chris Newman, un proche de John Cage, et Robert Longo. Une programmation très américaine pour tenter de reconquérir le marché parisien, lequel a bien changé depuis une décennie !

- Galerie le Voleur d’Images, 9, rue Saint-Simon, 75007 Paris, tél. 01 45 51 07 77. Jusqu’au 29 janvier, « Andres Figueroa : Atacama, un désert andin ». - Galerie Émotion, 18, rue des Grands-Augustins, 75006 Paris, tél. 01 43 26 05 07. Jusqu’au 11 décembre, « Patrick Tournebœuf : La cicatrice. Sur les traces du mur de Berlin », dans le cadre du Mois de la photo. - Galerie Gordon Pym et Fils, 5, rue de l’Échaudé, 75006 Paris, tél. 01 46 34 18 64. Jusqu’au 5 décembre, « Nat Finkelstein ».

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°204 du 3 décembre 2004, avec le titre suivant : Galeries de portraits

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