Samedi 15 décembre 2018

New York

Gagosian crée la surprise

Le marchand d’art contemporain s’intéresse à l’art ancien

Le Journal des Arts

Le 1 mai 1995 - 453 mots

Peu d’expositions de maîtres anciens auront suscité autant de commentaires que celle organisée actuellement à la Gagosian Gallery. Seize peintures et esquisses à l’huile de Rubens sont exposées jusqu’au 19 mai. Les new-yorkais s’interrogent : le marchand d’art moderne et contemporain le plus prospère de la place voudrait-il étendre le domaine de ses activités ? Ou bien juste attirer l’attention par une initiative originale ?

NEW YORK - Les seize œuvres exposées à la Gagosian Gallery sont fort connues du marché, à l’exception des esquisses de l’Apothéose d’Henri IV, prêtées par le Metropolitan Museum, et des Quatre Évangélistes, provenant de Sudely Castle, que le public n’avait pas vues depuis 1915.

Nombre des esquisses présentées sont loin de constituer des pièces de premier ordre dans l’œuvre du maître. Plusieurs ont pâti d’un nettoyage excessif qui leur a ôté beaucoup "du flair, du feu et de la vigueur" tant vantés par le professeur David Freedberg, de l’université de Columbia, auteur du catalogue qui comporte un essai sur les esquisses à l’huile de Rubens, très recherchées de tout temps. Néanmoins, deux d’entre elles, provenant de la collection Taubman, se détachent du lot : une étude préparatoire de Diane chasseresse, peinte vers 1636 pour le cycle cynégétique de la Bóveda de Palacio du Palais-Royal de Madrid, et une Cène en grisaille bleu-gris argenté, vers 1632, étude pour une gravure d’après l’autel qui se trouve aujourd’hui à la Brera, à Milan.

Parmi les tableaux, on remarque en particulier deux portraits en pendants, vers 1628, prêtés par Edward Speelman. Le rang social des deux modèles et leur intimité spontanée a conduit, sans doute avec justesse, à les identifier au marchand de soies et de tapisseries Pieter van Hecke le Jeune et à son épouse, Clara Fourment, la sœur aînée de la seconde femme de Rubens, Hélène. Otto Naumann a prêté le portrait de Vincento II de Gonzague, provenant de l’immense Sainte Trinité adorée par Vincent de Gonzague et sa famille, peinte vers 1605 et fractionnée en 1801.

L’intrigant Portrait d’un homme montré en Mars, de 1625, transfuge de la collection Kress, a été prêté par la Newhouse Gallery de New York, un portrait dans lequel David Freedberg, à la suite de Peter Sutton, décèle l’influence du Portrait de l’empereur Titus par Titien, que Rubens avait très certainement vu au Palazzo del Tè, à Mantoue. Autre souvenir de Titien : un portrait en buste de Charles Quint à la bataille de Mühlberg, d’après le chef-d’œuvre de cet aîné, aujourd’hui au Prado. L’attribution à Rubens paraît plus discutable pour cette œuvre prêtée par un collectionneur privé new-yorkais ; il s’agirait plutôt d’une copie ancienne de l’original, légèrement rogné et indiscutablement authentique, figurant dans le legs Seilern au Courtauld Institute, à Londres.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°14 du 1 mai 1995, avec le titre suivant : Gagosian crée la surprise

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