ENTRETIEN

François Quintin, galeriste

« Un accompagnement de fond »

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 12 mars 2008 - 736 mots

Après avoir dirigé pendant six ans le Fonds régional d’art contemporain (FRAC) Champagne-Ardenne, François Quintin a pris en novembre dernier la direction de la galerie Renos Xippas à Paris.

Le passage de l’institution au commerce est souvent perçu comme « hérétique » en France. Pourquoi avez-vous fait ce choix ?
J’apparais peut-être comme un « renégat » aux yeux de certains, mais pour moi, ce n’est pas un saut gigantesque. Il faut savoir partir avant d’être gagné par l’amertume. Je ne me suis pas senti poussé dehors, je n’ai pas craint l’alternance politique, puisque j’ai travaillé trois ans avec une région de droite, puis trois autres avec une région de gauche. Mais je regrette que le politique soit aussi présent dans les institutions publiques en France. Je fonctionne par cycle de six ans. Après six ans à la Fondation Cartier, six ans au FRAC, j’avais envie d’apprendre un nouveau métier. Je n’aurais accepté cette invitation de personne d’autre que Renos Xippas, dont j’estime l’élégance, la générosité et l’humanité. Je m’entends avec lui quant au respect des artistes, des pensées, des personnes, et dans l’envie que la prospérité d’un lieu soit collective.

Quel est votre point de vue, comme ancien directeur de FRAC et comme nouveau galeriste, sur le rapport Jacques Rigaud ouvrant la voie à l’aliénabilité des œuvres des FRAC ?
Je suis résolument contre l’aliénabilité. Au FRAC Champagne-Ardenne, j’ai pu acheter des œuvres d’artistes tels que Franz Ackermann, Mircea Cantor, Adel Abdessemed dans des conditions très en dessous des prix réels. Je pense que les galeries ont besoin d’avoir un rapport de confiance avec l’institution. Elles font souvent des efforts financiers pour vendre aux collections publiques, car elles ont conscience que l’intérêt est patrimonial. Si le patrimoine est ouvert au marché, une partie de ces efforts se trouve trahie. Il faut enfin rappeler que l’argent que le ministère de la Culture est prêt à mettre sur la table pour la suppression de la coupure publicitaire sur les chaînes publiques représente mille années de budget du FRAC Champagne-Ardenne. Un FRAC qui réalise cent trente-neuf projets par an avec un budget de 700 000 euros, c’est le meilleur retour sur investissement que la Rue de Valois puisse faire.

Avec quel projet avez-vous rejoint la galerie Xippas ?
J’aurais pu briguer un poste de directeur artistique pour garder « l’aura » du commissaire d’exposition, mais j’ai préféré être directeur. J’avais envie de connaître ce monde, comprendre son fonctionnement. On peut avoir une discussion élégante et saine en parlant d’argent. Renos représente aussi des artistes qui sont ma famille, comme Céleste Boursier-Mougenot, mais aussi Philippe Ramette, Valérie Jouve, Felice Varini, Vik Muniz ou Janaina Tschape. Il me semble que la galerie a un fort potentiel de développement. Outre Paris, nous avons un espace magnifique à Pacy-sur-Eure et deux autres à Athènes. Nous pensons à un autre lieu prospectif à Paris et peut-être à un nouvel espace en Amérique du Sud. Je voudrais, par ailleurs, affirmer des choses présentes dans la galerie et pas assez visibles. C’est l’une des galeries qui n’a pas peur de la couleur. Renos a aussi une vision très structurelle des choses. Ses artistes ont une pensée très cadrée.

Comptez-vous réduire ou agrandir la liste d’artistes ?
Probablement les deux, mais il serait prématuré d’en parler. En attendant, je ferai ma première exposition, « Palimpseste un bon prétexte » à la galerie en mai. Elle traitera des questions d’appropriation, de droit d’auteur. Deux images identiques peuvent avoir des contenus différents. Il faut se concentrer sur une pensée singulière au lieu de faire des procès d’intention en brandissant des œuvres comme des pièces à conviction pour encenser ou détruire quelqu’un.

En quoi le rapport avec les artistes change-t-il lorsqu’on dirige une galerie ?
En tant que galeriste, on a un rapport régulier, quotidien avec les artistes. On parle des projets de la semaine prochaine, mais aussi des développements dans dix ans. On s’inscrit dans un accompagnement de fond, sur le long terme. Dans une institution, la relation s’inscrit dans une temporalité entre la proposition d’exposition et le démontage.

Quelle sera votre stratégie concernant les foires ?
Renos fait très peu de salons. J’aurais plutôt tendance à vouloir en faire. Passer des heures à parler des artistes dans différentes langues avec divers interlocuteurs est un combat qui me tente. J’envisage des propositions du type plus institutionnel avec des expositions personnelles ou de vrais projets. Il est important de toujours exprimer une cohérence d’ensemble.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°277 du 14 mars 2008, avec le titre suivant : François Quintin, galeriste

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