Art Basel

Foire à poigne

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 18 novembre 2005 - 735 mots

Après avoir joué sur les paillettes, Art Basel Miami Beach se concentre cette année sur le contenu.

 MIAMI BEACH - La foire Art Basel a compris depuis longtemps que l’on ne peut s’endormir sur ses lauriers. Encore moins sur des scénarios trop rodés. Or celui de sa petite sœur, Art Basel Miami Beach, présente des signes d’essoufflement malgré un vif succès commercial. Jusqu’à présent, le dispositif d’attraction était simple : une centaine de très bonnes galeries, trois collections privées locales jouant un jeu de vases communiquant avec la foire et un foisonnement de soirées trépidantes. La douceur semi-tropicale de la Floride mettait aussi du baume sur les frimas hivernaux. Le package avait tout du grand Luna Park pour adultes fortunés. Il en faut toutefois plus pour fidéliser les collectionneurs. Les ravages de l’ouragan Wilma ont rompu le charme, et la foire londonienne Frieze Art Fair a déjà récupéré à son avantage les ressorts de la fashion. « Dans un premier temps, il fallait draguer les gens pour les emmener jusqu’à Miami. Maintenant, il faut faire évoluer la relation », convient Samuel Keller, directeur de la foire. Pour se démarquer de Frieze, Art Basel Miami Beach a choisi de miser cette année sur le contenu.
Bien que l’art actuel soit la colonne vertébrale de cette foire, les organisateurs cherchent à rééquilibrer la balance en invitant des galeries d’art contemporain classique comme Michael Werner (New York, Cologne), Jablonka (Cologne), voire modernes telle Hopkins-Custot (Paris). Acceptée sur le tard, cette dernière prévoit deux mini-expositions de Jean Dubuffet et de Max Ernst. « Le marché et nos collectionneurs classiques évoluent vers un monde plus contemporain. Pour nous, Art Basel Miami Beach est une occasion d’apprendre et de garder pied aux États-Unis », souligne Stéphane Custot.
Pour raffermir son contenu, la foire lance l’idée des « Art Kabinetts », insufflée l’an dernier par l’accrochage de Fred Sandback chez Zwirner (New York). Quinze exposants s’en donneront à cœur joie avec des propositions parfois plus proches du commissariat d’expositions que du commerce, comme la programmation de films d’actionnistes viennois chez Ursula Krinzinger (Vienne) ou l’hommage au conceptuel californien Allen Ruppersberg chez Margo Levin (New York).

Règles plus strictes
Art Basel Miami Beach a aussi remanié ses sections labellisées « jeunes », supprimant les « Statements » pour donner plus d’ampleur à « Art Nova », laquelle compte 30 exposants de plus qu’en 2004. Les règles de ce secteur ont par ailleurs été revues. Plus question pour les galeries de dépasser le numerus clausus limité à trois artistes, dont les œuvres doivent par ailleurs être inédites. Dans ce fief anglo-saxon, Hervé Loevenbruck (Paris) ose un cocorico sans complexe avec un trio made in France composé de Philippe Mayaux, Bruno Peinado et Olivier Blanckart. De son côté, Praz-Delavallade (Paris) joue le pari du one-man show en invitant le Suisse Philippe Decrauzat. Pourquoi cette présentation personnelle alors que la galerie lui consacre une exposition en janvier 2006 ? « 95 % du public d’Art Basel Miami Beach n’est pas le même que celui à Paris », défend Bruno Delavallade.
Les Français de la section « Art Positions » ne la jouent pas non plus petit bras. Les one-man shows d’Adel Abdessemed et de Vuk Vidor, proposés respectivement par Kamel Mennour et Valérie Cueto, débordent largement des murs de leurs conteneurs. Inspiré de l’idée d’une pâtisserie orientale fourrée, le projet Bourek d’Abdessemed se segmente en deux parties. D’un côté, un avion Falcon aplati, installé en face des « Art Positions », de l’autre une projection dans le conteneur d’images filmées par une caméra jetée dans le vide au-dessus de Paris, Berlin et Miami. On peut imaginer le casse-tête logistique que suppose l’aplatissage d’un avion, moins ductile qu’une pâte feuilletée ! Sans compter les pourparlers avec les différentes autorités interdisant pour la plupart le survol de leurs villes. Le projet de Vuk Vidor joue quant à lui sur l’anagramme « Elvis-Evils », et le glissement progressif de l’image du héros à celui du militaire. De quoi chatouiller le nationalisme viril des républicains de Floride !

ART BASEL MIAMI BEACH

1er-4 décembre, Miami Beach Convention Center, www.artbaselmiamibeach.com, du 1er au 3 décembre 12h-20h, le 4 déc. 12h-18h, « Art Positions », du 1er au 3 décembre 14h-22h, le 4 déc. 14h-18h. - Directeur : Samuel Keller - Nombre d’exposants : 195 - Prix des stands : 429 dollars (363 euros) le m2 - Nombre de visiteurs en 2004 : 33 000

Perrotin prend pied à Miami, mais perd son tour à Bâle

On ne badine pas avec les règles strictes d’Art Basel. Pour avoir laissé entrer un courtier la veille du vernissage de la foire en juin dernier, le galeriste Emmanuel Perrotin ne participera pas à la prochaine édition d’Art Basel en 2006. Cette décision du comité de sélection serait légitime si d’autres marchands ne jouissaient pas d’une impunité pour des actes similaires. Il n’est d’ailleurs pas anodin que la sanction frappe l’un des galeristes français les plus aptes à croiser le fer avec ses confrères américains ou allemands... Emmanuel Perrotin est toutefois doublement présent à Miami, sur la foire certes, mais aussi avec sa nouvelle galerie inaugurée le 1er décembre en compagnie de sa partenaire Cathy Vedovi. Situé au cœur du Wynwood Art District, à proximité des collections des Rubell et de Margulies, cet espace de 3 600 m2 ouvre avec les expositions de Bernard Frize, Martin Oppel et Piotr Uklanski. Outre le développement de résidences d’artistes, un rythme soutenu d’une quinzaine d’expositions annuelles est envisagé. « Je ne vais pas à Miami avec un plan de bataille ni l’assurance de l’eldorado. Beaucoup de choses vont être inventées, confie le galeriste. Tous les ans, 30 000 personnes s’installent à Miami. Il y a une vraie scène artistique locale. Voilà dix ans, on se moquait de Los Angeles et de ses collectionneurs, maintenant c’est un point fort du marché. Le pari de Miami est à long terme. »

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°225 du 18 novembre 2005, avec le titre suivant : Foire à poigne

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