Samedi 5 décembre 2020

Focus : Mobilier XVIIIe - Commode russe impériale

Vente du 5 avril à l’hôtel Drouot, Paris, SVV Gros & Delettrez

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 28 mars 2011 - 601 mots

Pièce phare de la collection Paul-Louis Weiller (1893-1993) qui sera dispersée à Drouot les 5, 6, 7 et 8 avril par la SVV Gros & Delettrez (lire ci-contre), cette commode russe avait été achetée en 1973 au prince Paul de Yougoslavie, héritier des Demidoff.

Il n’y a pas de meuble équivalent qui soit passé sur le marché. « On a déjà vu des meubles russes XVIIIe, notamment exécutés par David Roentgen, fournisseur auprès des cours de Frédéric Guillaume II de Prusse et de Catherine II de Russie. Ils sont généralement datés après 1770, rapporte l’expert Antoine Lescop de Moÿ. Mais je n’ai trouvé trace de mobilier russe de type Louis XV sur le marché. » En absence de prix de référence, l’expert y est allé « le nez au vent » pour évaluer ce rare meuble, sur la base d’une estimation de départ de 500 000 à 700 000 euros qui devrait être doublée, voire triplée. Une bataille d’enchères s’annonce entre des musées américains et des collectionneurs russes.

Réalisée vers 1762-1765 par un ébéniste non identifié, la commode de forme galbée à façade en arbalète présente un placage de palissandre, bois de violette, ébène, bouleau de Carélie et riche marqueterie de quartefeuilles dans des croisillons en ivoire. Le plateau est marqueté, au centre, d’un médaillon ovale au chiffre fleuri de l’impératrice Catherine II de Russie (« E II » pour Ekaterina II) et, aux angles antérieurs, de réserves aux armes de la Sibérie surmontées d’un aigle bicéphale couronné et au chiffre de la tsarine. Le meuble offre une belle et rarissime ornementation en argent repoussé et argent fondu ciselé, telles que des chutes feuillagées gravées aux armes de la Sibérie, des baguettes d’encadrement à guirlandes et cartouches fleuris, corbeilles de fleurs et rocailles ainsi que « de petites poignées de tirage articulées qui sont des merveilles de ciselure », s’enthousiasme l’expert, plus sévère sur le travail de la marqueterie jugée « plus naïve que ne l’était la marqueterie française ou allemande de l’époque dont la qualité est alors extrêmement surveillée par les corporations ». 

Meuble similaire à l’Ermitage
Cette commode est cousine d’une autre conservée au Musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg. Cousine et non pas sœur. Car, si les meubles sont similaires, il existe trop de différences pour les considérer comme une paire. Celle de l’Ermitage, datée des années 1760, montre une marqueterie presque identique, au chiffre de Catherine II et aussi aux armes de la Sibérie, avec de légères variantes dont des pieds antérieurs droits (et non pas cambrés) donnant un aspect massif. « Les ornementations sont en métal doré et non en argent et les chutes ne sont pas armoriées mais à décor de branchages », note encore l’expert. Celle de Weiller est globalement plus riche et raffinée. Mais pourquoi sont-elles toutes deux aux armes de la Sibérie ? Antoine Lescop de Moÿ a trouvé des éléments de réponse dans l’historique de la commode de l’Ermitage qui se trouvait auparavant au palais Sheremetiev (Fountain House) à Saint-Pétersbourg. Ce palais avait appartenu au comte Pyotr Borisovitch Sheremetiev, un des personnages les plus riches de Russie, sénateur et premier maréchal de la noblesse élu sous Catherine II. Les deux commodes sont peut-être un cadeau de la Grande Catherine à Sheremetiev, qui avait épousé la fille du gouverneur de Sibérie. 

COMMODE RUSSE IMPERIALE XVIIIE

Ébéniste : non identifié

Exécution : vers 1762-1765

Commanditaire : Catherine II de Russie

Technique : marqueterie de bois, ivoire, ornementations en argent ciselé

Dimensions : 77 (h) x 103 (l) x 54 cm (p)

Expert : Antoine Lescop de MoÁ¿

Estimation : 500 000 à 700 000 euros

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°344 du 1 avril 2011, avec le titre suivant : Focus : Mobilier XVIIIe - Commode russe impériale

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