Samedi 7 décembre 2019

Focus : Manufacture royale d’aubusson - Tapis d’inspiration Mamluk, vers 1745

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 20 septembre 2011 - 562 mots

Au XVIIIe siècle, un tapis était « un meuble dont il n’était plus possible de se passer », peut-on lire dans un document d’époque.

« Les possibilités vers 1740 pour se procurer un tapis, symbole de commodité et de luxe, étaient assez limitées : la Savonnerie, à la production quasiment monopolisée par le roi ou l’exportation, rapporte Brice Foisil, l’expert de la vente. Aussi la manufacture d’Aubusson a saisi une opportunité inespérée en mettant sur pied, en 1743, une fabrique de tapis adoptant la technique du point de Savonnerie, lui-même issu du nœud turc. L’aspect général est»velouté» par opposition au tapis «ras» ». Quant au décor, il est aussi renouvelé. Le goût du public pour les influences orientales a conduit l’académicien Jean-Joseph Dumons à réaliser des cartons reprenant les décors des tapis de Turquie, « notamment de Smyrne et qualifiés de «perses» », précise Brice Foisil.

Lot phare de la vente de mobilier du 30 septembre à Paris chez Sotheby’s, ce tapis inédit, d’époque Louis XV, au point noué de la Savonnerie, réalisé dans les ateliers de la Manufacture royale d’Aubusson, est composé de motifs géométriques polychromes directement inspirés des productions Mamluk des XVe et XVIe siècles. Par son style très persan, il est possible de dater ce tapis très tôt dans la production d’Aubusson, autour de 1745. À partir de 1750, la manufacture a fait évoluer ses décors, en mêlant des dessins purement orientaux à des motifs floraux plus français, à l’exemple des grands rinceaux d’acanthes. 

Rare témoignage de l’histoire du tapis
« Le dessin général de ce tapis rappelle celui des tapis Mamluk aux motifs géométriques et kaléidoscopiques, avec toutefois des variations d’échelle et une composition moins rigide. Cette différence est accentuée par l’emploi d’une palette de couleurs beaucoup plus large que sur celle des tapis Mamluk, notamment dans les tons bleu, rouge et vert », note le spécialiste de Sotheby’s.  Le bon état de conservation de cette pièce (notamment la fraîcheur des coloris), la qualité de son décor et ses dimensions généreuses (6,49 x 5,48 m) en font une pièce remarquable, en plus d’être un témoignage quasi unique dans l’histoire du tapis en France. En effet, les deux seuls exemplaires similaires connus sont incomplets. Le premier fragment répertorié est conservé dans la collection Al-Sabah au National Museum à Koweit City. Le second a été présenté en vente chez Sotheby’s à New York, le 27 avril 2000. Il existe en outre un tapis complet, sorti des ateliers d’Aubusson en 1745, mais à décor d’origine ottomane. Conservé au palais Rohan à Strasbourg, ce célèbre tapis a été réalisé pour le cardinal Armand Gaston de Rohan-Soubise, prince évêque de Strasbourg dont les armes présentes sur le cartouche central sont directement apposées sur des motifs Oushak.

Par sa composition originale – son décor géométrique résolument moderne –, ce rarissime tapis est une pièce de choix, à la fois pour les amateurs de XVIIIe et pour habiller un intérieur contemporain. Il a été estimé 300 000 à 500 000 euros, soit le prix d’un fragment de tapis de la Savonnerie, manufacture dont la supériorité reste incontestable à l’époque.

Tapis de la manufacture royale d’aubusson

Date d’exécution : époque Louis XV, vers 1745

Matériau : laine

Technique : point noué de la Savonnerie
Dimensions : 649 x 548 cm

Provenance : collection privée française

Expert : Brice Foisil

Estimation : 300 000 à 500 000 euros

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°353 du 23 septembre 2011, avec le titre suivant : Focus : Manufacture royale d’aubusson - Tapis d’inspiration Mamluk, vers 1745

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