Foire

FIAC 2010, un très bon cru

Organisée du 21 au 24 octobre à Paris, la Foire internationale d’art contemporain a fait preuve de qualité et de vitalité

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 4 novembre 2010 - 1155 mots

PARIS - Le climat social délétère, les grèves de transport effectives ou larvées, l’absence de certains collectionneurs belges et allemands échaudés par les suppressions de trains ou de vols n’y ont rien fait.

La FIAC fut un grand succès. Pourtant les clins d’œil au marasme politique et économique étaient légion sur les stands, avec les aphorismes de Martin Le Chevallier tel Le Travailleur libre de travailler plus chez Jousse Entreprise (Paris), ou, chez Chantal Crousel (Paris), l’injonction Ne travaillez jamais de Rirkrit Tiravanija. Un mot d’ordre que n’avaient heureusement pas suivi les galeries au Grand Palais. Car toutes s’étaient attachées à proposer des accrochages souvent remarquables. Le visiteur ne savait où donner de la tête, entre le spectaculaire Albero Grande Solitario de Mario Merz chez Kewenig (Cologne), l’étonnante vulve entortillée d’Anish Kapoor chez Kamel Mennour (Paris) ou l’exposition personnelle d’Alighiero e Boetti chez Barbara Gladstone (New York-Bruxelles). On appréciait tout autant la rétrospective de General Idea orchestrée par les galeries Frédéric Giroux (Paris), Esther Schipper (Berlin) et Mai 36 (Zurich), comme un avant-goût de celle organisée en février prochain au Musée d’art moderne de la Ville de Paris.

Dernière à la Cour carrée
En revanche, le niveau chutait sévèrement à la Cour carrée du Louvre, site bancal dont on ne regrettera pas la disparition l’année prochaine dans le processus de repli total de la foire au Grand Palais. Hormis quelques propositions sauvant la mise, comme la belle exposition personnelle de Rolf Julius chez Cortex Athletico (Bordeaux), le parti pris audacieux de Dominique Fiat (Paris) autour de Noël Dolla, ou le magnifique face-à-face entre Morellet et Mosset chez Martine et Thibault de la Châtre (Paris), l’ensemble était tiré par le bas par une multitude de prestations médiocres. Face aux stands prétentieux et bricolés de quelques galeries étrangères prétendument branchées, on comprenait encore moins le choix du comité de sélection d’éjecter de très sérieuses galeries françaises. Malgré un commerce plutôt mou sur ce site, quelques galeries ont tiré leur épingle du jeu. Poggi/Bertoux Associés (Paris) a ainsi vendu plusieurs pièces de Kees Visser à des Américains, notamment à la collectionneuse Estrellita Brodsky, tandis qu’un amateur anglais a acquis un ensemble de pièces de Bettina Samson chez Guillaume Sultana (Paris). Le Fonds national d’art contemporain s’est, quant à lui, porté acquéreur d’une pièce de Stéphane Thidet chez Aline Vidal (Paris). 

Un véritable changement
Même si les prix des œuvres présentées ont fortement grimpé, perturbant certains collectionneurs de longue date, les acheteurs français ne furent pas aux abonnés absents. Guillaume Houzé a emporté une sculpture de Walead Beshty chez Regen Projects (Los Angeles), ainsi qu’un graphite d’Adam McEwen chez Art : Concept (Paris). Steve Rosenblum a acquis une grande tête de Thomas Houseago chez Xavier Hufkens (Bruxelles), tandis qu’Antoine de Galbert a succombé devant l’homme-spaghetti de Théo Mercier chez Gabrielle Maubrie (Paris). Daniel et Florence Guerlain ont saisi le mur de dessins d’Anne-Marie Schneider chez Nelson-Freeman (Paris). La galerie Max Hetzler (Berlin) a, pour sa part, vendu l’essentiel de ses pièces à des nouveaux clients hexagonaux. Les Italiens furent aussi très actifs : une fondation transalpine a réservé la monumentale installation de Thomas Hirschhorn chez Crousel, tandis que la banque Unicredit a acheté la suite photographique de Goran Trbuljak chez Gregor Podnar (Berlin) et un tableau de Pierpaolo Campanini chez Kauffmann-Repetto (Milan). Les galeries étrangères, qui avaient connu autrefois une mauvaise expérience à la FIAC, n’en revenaient pas du changement. Après avoir essuyé un bouillon voilà huit ans, CFA (Berlin) a vendu très vite deux pièces de Gert et Uwe Tobias au collectionneur français Xavier Guerrand-Hermès. « En 2001, quand nous avions participé à la FIAC, ce fut un désastre. À l’époque, les collectionneurs français n’achetaient qu’auprès des galeries françaises. Maintenant, la foire est bien plus internationale », confiait Janelle Reiring, codirectrice de Metro Pictures (New York). « Vingt et un ans après ma première participation, le monde a changé, et ici aussi », ajoutait Rachel Lehmann, de la galerie Lehmann Maupin (New York). Même si les résultats furent globalement honorables, ils ne peuvent encore rivaliser avec le rythme commercial de la Londonienne Frieze. « À la FIAC, le premier jour était vraiment bon, mais ce fut ensuite plus lent », constatait Daniela Zarate, directrice de la galerie Kurimanzutto (Mexico), qui avait bien vendu outre-Manche. Elle n’en a pas moins cédé des pièces d’Allora & Calzadilla, Gabriel Orozco et Damián Ortega à trois nouveaux collectionneurs hexagonaux. « Les achats sont plutôt concentrés sur des pièces en dessous de 100 000 euros », confiait, pour sa part, Janelle Reiring. Sauf peut-être pour les vétérans comme Thaddaeus Ropac (Paris, Salzbourg), qui a cédé la quasi-intégralité de son stand en un tournemain. « Nous avons vendu aussi vite qu’à Bâle, confiait-il. Frieze avait dévié les collectionneurs de Paris, maintenant ils sont de retour. »  Roxana Azimi

Les bonnes et mauvaises surprises des foires « off »

Il est des changements sur le papier qui ne se concrétisent pas de visu. C’est le cas de la foire Show Off, supposée être dédiée aux expositions personnelles. Sauf qu’au moins 20 % des exposants n’ont pas joué le jeu. « Les galeries avaient droit à 30 % d’autres pièces dans les réserves, mais construire une réserve coûte cher et, dans une économie fragile, il faut laisser une certaine souplesse aux exposants », se défend Patricia Houg (Lyon), codirectrice du salon. Le niveau général était faible, hormis quelques exceptions comme Mehdi-Georges Lalou chez Dix9 (Paris), ou les beaux dessins de Vincent Bizien rapidement vendus chez Jérôme Ladiray (Londres). L’événement aurait tout intérêt à mettre en place un comité de sélection l’an prochain…
Sans être renversante, Slick s’était sensiblement renforcée avec l’accrochage d’Odile Ouizeman (Paris) autour de Brigitte Zieger et Laurent Pernot, les photographies empreintes de mystère de Stephan Crasneanscki chez Ilan Engel (Paris), ou encore le travail subtil d’Aicha Hamu chez Catherine Issert (Saint-Paul-de-Vence). Les résultats furent en dents de scie selon les exposants. Virgil de Voldère (New York) s’est défait de trois toiles de Duncan Wylie. D’autres, comme Catherine Issert, sont restés sur leur faim.
De son côté, Art Élysées est monté en grade, offrant plus d’homogénéité. Le salon devrait toutefois supprimer une de ses trois tentes pour raffermir davantage le niveau. Malgré la vente d’un bel Augustin Lesage chez Les Yeux Fertiles (Paris), le climat général fut plutôt calme après le vernissage. « C’est une année compliquée. Les gens se lâchent plus à la FIAC qu’ici », constatait Frédéric Guislain, de la galerie Guislain-États d’Art (Paris).
Organisée dans une Cité de la mode et du design plutôt réfrigérante, Chic Art Fair doit en revanche revoir sa copie. Autant la sélection des galeries de design s’est révélée irréprochable, avec notamment le beau stand de Tools (Paris) ou les lampes de Bina Baitel chez NextLevel (Paris), autant le volet « Art » fut désastreux. De fait, les quelques rares bonnes enseignes, comme Claude Samuel (Paris) ou Ma Collection (Paris), se sont trouvées noyées dans un brouet calamiteux.

Légende photo

Installation de Rolf Julius - Red Mouving (2010) - Courtesy galerie Cortex Athletico, Bordeaux - © Photo Ludosane

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°334 du 5 novembre 2010, avec le titre suivant : FIAC 2010, un très bon cru

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