Mercredi 19 décembre 2018

Paris

Feux d’artifice pour les tableaux anciens

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 8 juillet 2004 - 665 mots

Avant les ventes londoniennes de juillet,
des chefs-d’œuvre anciens ont fortement été disputés dans la capitale.

 PARIS - Avec 1 million d’euros et 50 % d’invendus, la dispersion de Sotheby’s du 23 juin était typique d’une vente moyenne qui ne peut marcher qu’à Drouot. La seule pièce vraiment attendue, La Pentecôte de Jean Jouvenet, a été ravalée à 120 000 euros. Le tableau était en mauvais état, un « détail » non signalé au catalogue. Une paire de toiles de Pierre-Jacques Volaire représentant, pour l’une une scène de pêche, pour l’autre un naufrage a été emportée pour 70 000 euros par la galerie Didier Aaron à New York. Enfin, une toile d’Achille Etna Michallon, Paysans romains au pied de la cascade de Tivoli, a obtenu 135 000 euros. Ce qui rend très raisonnable le prix du Paysage d’Auvergne de ce même artiste, adjugé 78 000 euros dans la vente Pierre Miquel en avril.
Plus fastueuse, la vente de Christie’s du lendemain a affiché 5,1 millions d’euros et près de 80 % de lots vendus. Débutant la session avec des œuvres cédées sans prix de réserve, la maison a su chauffer la salle pour les pièces de résistance arrivant en milieu de vente. Le très attendu autoportrait de Nicolas de Largillierre a atteint 460 000 euros au téléphone au profit d’une galerie américaine. La surprise est venue d’une Allégorie des cinq sens attribuée à une école italienne et estimée 20 000-30 000 euros. Un collectionneur européen a bataillé au téléphone contre un pool de marchands parisiens pour décrocher l’œuvre à 320 000 euros. D’après les professionnels, il s’agirait plutôt d’une peinture française de l’Est dont l’auteur n’a pas encore été identifié. Les Pater et autres Fragonard trop mièvres et chèrement estimés ont été ravalés. L’État a procédé à quatre préemptions, dont La Vocation de saint Pierre par Claude Vignon (60 000 euros) adjugée au marchand londonien Richard Herner. Il s’est aussi prononcé en faveur d’une tête de femme de Georges de La Tour, destinée au musée de Vic-sur-Seille (Moselle).
Après l’ambiance dynamique de Christie’s, la vente nocturne de Tajan était tendue avec un total de 2,7 millions et 61 % de lots vendus. Le collectionneur suisse Hubert Auffève a déboursé 350 000 euros pour un Lévrier surveillant un trophée de chasse au lièvre de Jean-Baptiste Oudry, 65 000 euros pour un Chien à l’affût d’une perdrix de l’atelier d’Oudry, et enfin 300 000 euros pour La Promesse de mariage de Jean-Honoré Fragonard et Marguerite Gérard. Si son instinct de chasseur l’a guidé vers les deux premiers lots, le troisième est destiné à sa compagne qu’il va épouser après vingt-cinq ans de vie commune… La dernière vente de la saison, le 25 juin chez Piasa, fut explosive avec un produit de 7,5 millions d’euros et près de 96 % de lots vendus. Le marchand londonien Johnny van Haeften a décroché pour 245 000 euros Deux collectionneurs déjeunant dans une galerie de peintures par Frans Francken le Jeune, et pour 2,4 millions d’euros une nature morte d’Ambrosius Bosschaert l’Ancien. Le courtier Étienne Breton a emporté pour 310 000 euros la nature morte d’Osias Beert tandis qu’un collectionneur privé a acheté pour 370 000 euros une nature morte de Jacob van Hulsdonck. La peinture italienne n’était pas en reste avec un chapelet de prix records : 240 000 euros pour Saint Thomas d’Aquin à la table du roi Saint Louis de Bartolomeo Degli Erri, 350 000 euros pour La Vierge à l’Enfant de Lorenzo Costa, 350 000 euros pour la paire de natures mortes de Bartolomeo Bimbi, 330 000 euros enfin pour un beau Portrait de jeune homme de Fra Galgario adjugé au téléphone. Chez Rossini, le même jour, le Portrait de jeune garçon au chapeau par Michael Sweerts a grimpé à 500 000 euros. Une surprenante erreur d’estimation a été à l’origine d’une mise à prix de 10 000-12 000 euros seulement pour un artiste rare que les amateurs de peinture flamande considèrent comme l’égal de Vermeer !

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°197 du 8 juillet 2004, avec le titre suivant : Feux d’artifice pour les tableaux anciens

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