XXe siècle

Étienne-Martin, la preuve par quatre

Par Maureen Marozeau · Le Journal des Arts

Le 9 septembre 2005

La galerie Libéral Bruant remet en lumière le puissant sculpteur.

PARIS - Disparu il y a dix ans, Étienne-Martin (1913-1995) n’est pourtant pas un sculpteur oublié. Nombre de ses œuvres figurent dans les collections nationales françaises et étrangères, le Centre Pompidou à Paris en tête, même si l’artiste ne jouit pas de la notoriété d’un Arman ou d’un César. Louis Deledicq, de la galerie parisienne Libéral Bruant, nous rappelle, en quatre œuvres, l’importance de l’artiste : La Nuit ouvrante (1948), Le Petit Cri (1958), Le Torse de Janus (1969) et La Corne (1989).
Membre discret de l’école de Paris, le sculpteur a fait ses classes à l’Académie Ranson auprès de Charles Malfray, son vénéré professeur. Rapide mais tardive, la reconnaissance qu’il obtint parle d’elle-même – une première exposition personnelle à la galerie Breteau à Paris en 1960 (il a alors 47 ans), qui déboucha sur une première rétrospective à la Kunsthalle de Berne (Suisse) en 1963, sous l’autorité d’Harald Szeemann. Ce dernier a d’ailleurs déclaré à propos de l’artiste : « Étienne-Martin a créé son œuvre loin de l’évolution actuelle de la sculpture. » Selon ses propres termes, l’artiste se posait en héritier de la sculpture de la préhistoire, de l’Égypte et de la Grèce antique. Il creusait le bois « pour découvrir ce que renferme le matériau ». Issues directement de la famille de l’artiste, les quatre sculptures présentées incarnent un style à mi-chemin entre la figuration et l’abstraction. Le corps de femme figuré dans La Nuit ouvrante (l’un des neuf bronzes, le Centre Pompidou détenant la version en bois) est le seul personnage véritablement identifiable. La force de vie qui se dégage de la structure est révélée par l’ouverture de ses membres articulés. S’il a exploré tous les matériaux (fer, plâtre, métal, grillage, étoffes et matières plastiques), Étienne-Martin est magistral quand il travaille le bois. Le Petit Cri marque l’évolution de son travail vers une plus grande sobriété. La matière est brute, mais la patine des années a donné toute sa douceur à la surface. Le Torse de Janus attire par sa rondeur et ses courbes, tandis que La Corne laisse deviner la silhouette du tronc d’arbre creusé. Pour bien appréhender ces œuvres, le visiteur devra prendre en considération leur grande dimension ésotérique, dimension pour laquelle l’artiste a souvent été raillé.
Les pièces sont remarquablement bien mises en valeur par le cadre de la galerie, située en plein cœur du Marais. Ancien site du Musée de la serrurerie, ce splendide hôtel particulier, érigé par l’architecte Libéral Bruant en 1685, abrite depuis moins d’un an les pièces chères à Louis Deledicq. Mais Étienne-Martin n’est pas le seul artiste de la galerie. Dans les combles entièrement rénovés sont exposées des œuvres contemporaines : treize regards originaux sur la trace, dont ceux d’Abdé
Bouhadef, de Robert Droulers, de Pierre-Yves Bohm…, et surtout de Charles Maussion (de 600
à 24 500 euros).

ÉTIENNE-MARTIN

Jusqu’au 17 septembre, galerie Libéral Bruant, 1, rue de la Perle, 75003 Paris, tél. 01 42 77 96 74, du mardi au samedi, 14h-18h, et sur rendez-vous.

ÉTIENNE-MARTIN

- Commissaire : Louis Deledicq - Nombre d’œuvres : 4 (provenant directement de l’atelier de l’artiste) - Nombre de salles : 1

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°220 du 9 septembre 2005, avec le titre suivant : Étienne-Martin, la preuve par quatre

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