Mercredi 17 octobre 2018

Black art folk

Esthétique solaire

Par Éric Tariant · Le Journal des Arts

Le 13 février 2013 - 516 mots

Figure de l’art brut afro-américain, Mary T. Smith bénéficie de sa première exposition en Europe.

PARIS - « Je suis riche de pauvreté, ils sont pauvres de richesse », avait griffonné l’artiste Chomo, dans les années 1970, sur une pancarte en bois plantée à l’entrée de son village d’art perdu en forêt de Fontainebleau. Troisième enfant d’une famille de métayers qui en comptait treize, Mary T. Smith (1904-1995) a elle aussi connu la pauvreté. Une pauvreté dont elle a su faire un levier pour nourrir sa force créatrice.
 
Comme nombre d’artistes autodidactes du « black folk art », Mary T. Smith a commencé à peindre et sculpter sur le tard, à plus de 70 ans. Avec les moyens du bord : des tôles ondulées et des plaques de bois récupérées sur un dépotoir situé non loin de son bungalow d’Hazlehurst. Cette petite ville du Mississippi, coupée par la route 51 reliant Memphis à la Nouvelle-Orléans, est aussi la ville de naissance du guitariste et chanteur de blues Robert Johnson. Le terrain de 4 000 m2 entourant sa maison a été peu à peu transformé en environnement d’art brut. Dans sa cour, entourée de panneaux de tôle ondulée blanchis à la chaux, étaient accrochées ou adossées des dizaines de petites peintures à l’acrylique et de sculptures en bois et métal contant l’histoire de sa vie. Sa famille, ses amis, ses voisins et Jésus étaient ses sujets de prédilection. Le cercle est très présent dans les créations de cette femme noire de la « Bible Belt », cercle symbole de l’infini et du souffle divin. Ses personnages sont représentés au départ sur des fonds blancs, puis sur des fonds rouges, jaunes, bleus ou vert magnétique. Leurs corps sont comme des temples vivants soutenus par des colonnes. Leurs têtes sont hérissées tantôt de rayons de soleil, tantôt de petites taches rouges. « Son inspiration est surtout venue du Seigneur », soutenait son fils, Jay Bird.
 
Une vingtaine de ces peintures énigmatiques à l’esthétique solaire ont été réunies par Christian Berst. Acquises auprès de collectionneurs privés américains, elles sont proposées, à la galerie, entre 2 500 et 3 700 euros. Mary T. Smith avait déjà fait une apparition remarquée, en 1988 au High Museum of Atlanta, dans l’exposition « Outside the Mainstream : Folk art in Our Time ». Le public parisien a pu apercevoir quelques-unes de ses œuvres à la Halle Saint-Pierre, en 1998 lors de l’exposition « Art Outsider et Folk art des collections de Chicago ». Mais il s’agit bien de la première exposition monographique consacrée à cette artiste qui aurait influencé Jean-Michel Basquiat. Dans deux toiles de Basquiat parcourues de figures héroïques et solitaires, apparaît la mention « Undiscovered Genius of the Mississippi Delta ». Un témoignage de sa dette envers Mary T. Smith dont il n’a pu manquer de découvrir l’œuvre.

Mary T. Smith, Mississippi shouting,

jusqu’au 2 mars, galerie Christian Berst, 3-5 passage des Gravilliers, 75003 Paris, tél. 01 53 33 01 70, www.christianberst.com, du mardi au samedi 11h-19h. Catalogue, 128 p., textes de William S. Arnett et de Daniel Soutif, 18 €.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°385 du 15 février 2013, avec le titre suivant : Esthétique solaire

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