Milan

Eskenazi ouvre une galerie à Londres

\"Tous les gens qui s’intéressent à l’art oriental passent régulièrement dans la capitale britannique.\"

Le Journal des Arts

Le 2 juin 2010

Le marchand d’art oriental ouvre boutique à Londres, plaque tournante du marché de l’art. À Milan, il change d’adresse et se consacre aux tapis et aux tissus anciens.
De père en fils, les Eskenazi s’occupent d’art oriental, de tapis et de tissus anciens, toujours à Milan. Pour John Eskenazi, qui dirige depuis des années la galerie de la via Montenapoleone, le moment est venu de déroger à une tradition vieille de soixante-dix ans : constatant que Londres reste la plaque tournante du marché de l’art oriental, il a ouvert en juin une galerie au 15 Old Bond Street et habite désormais la capitale britannique.

Monsieur Eskenazi, fuyez-vous Milan ?
Non, bien au contraire. Je quitte la via Montenapoleone, mais j’ouvre une autre galerie via Borgonuovo, que je consacrerai principalement aux tapis et aux tissus. À Londres, je m’occuperai avant tout d’art oriental et de tapis de collection.

Quelles sont les raisons de ce départ ?
Tout d’abord, la nature de mon travail. Si je m’occupais d’art italien, je n’aurais pas songé à quitter l’Italie. Tel n’est pas le cas dans ma spécialité. Je me trouve isolé. Je réalise tous mes achats à l’étranger et je vends la majorité de mes pièces hors de la Péninsule : cela n’a aucun sens de travailler à partir de Milan. Londres, quant à elle, est un véritable bazar par le nombre de bons antiquaires, de maisons de ventes aux enchères sérieuses et bien organisées, d’universitaires, de fondations, de musées, de restaurateurs, qui s’y croisent. De plus, la législation encadre la profession d’antiquaire de beaucoup plus près. Enfin, tous les gens qui s’intéressent à l’art oriental passent régulièrement dans la capitale britannique.

Donc, plus d’art oriental à Milan ?
Je ferai sans doute venir des expositions d’Angleterre mais, au quotidien, la nouvelle galerie milanaise présentera des expositions de tapis et de tissus centrées autour d’un thème, une ou deux par an, un peu comme une galerie d’art moderne. Ces dernières années, avec la vogue des arts décoratifs chez les antiquaires italiens, on a perdu de vue les tapis et les tissus de collection.

Pourtant, votre père puis vous-même avez réussi à imposer le tapis comme objet de collection…
Oui, bien sûr, j’y travaille depuis des décennies, et j’ai l’intention de continuer. On m’a demandé, pour 1997, d’organiser une exposition au musée Poldi Pezzoli. Je veux poursuivre notre action de missionnaires de l’art oriental en Italie. À Londres, je me concentrerai sur quelques grandes affaires par an et je consacrerai le reste de mon temps à la préparation d’expositions, de catalogues, de publications, ce que je fais déjà.

Comment se porte le marché de l’art oriental ?
Depuis quatre ou cinq ans, on me pose la question… Pour les raisons que nous connaissons, les prix ont oublié toute mesure, un peu moins peut-être pour les tapis dont les prix n’ont pas connu ces pics. Certains secteurs de l’art oriental ont ensuite subi l’effondrement des prix qui était d’ailleurs nécessaire à la survie du marché : les antiquaires comme leurs clients ne pouvaient plus se permettre d’acheter. Grâce à ce réajustement, le marché retrouve peu à peu sa solidité.

Quels sont vos projets dans l’immédiat ?
À Milan, la première exposition aura lieu en novembre, et sera consacrée aux tapis kazakh et aux tapis tribaux du Caucase du siècle dernier, qui comptent parmi mes préférés et parmi les plus importants pour les collectionneurs de tapis du XIXe. À Londres, j’ai déjà commencé à préparer pour le printemps prochain une grande exposition sur la peinture et la sculpture bouddhiques, de l’Afghanistan au sud-est asiatique en passant par l’Inde, l’Himalaya, l’Asie centrale et la Chine ; elle sera accompagnée d’un catalogue très complet.

Comment fonctionnera la galerie londonienne ?
J’ai opté pour une galerie au deuxième étage, un peu moins ouverte. Désormais, les recher­ches sur les objets représentent les deux tiers du travail. Ce choix n’est pas seulement professionnel, j’essaie également d’améliorer ma qualité de vie, de me concentrer au mieux sur ce que je fais, sur les objets dont je m’occupe, et de me constituer une clientèle passionnée, solide, le rêve de tout antiquaire.

Vous est-il arrivé de renoncer à un achat pour des raisons d’éthique?
Oh oui ! On m’a offert et j’ai refusé des ivoires indiens du IIe siècle, qui font partie du célèbre trésor de Begram du Musée de Kaboul. J’essaie maintenant d’organiser un groupe de "sponsors" qui, avec toutes les garanties légales nécessaires, puisse acheter ces objets et les confier éventuellement au British Museum, en attendant que le musée de Kaboul rouvre ses portes. C’est d’autant plus indispensable que ces pièces risquent de trouver acheteur dans certains pays, comme le Japon ou la Hollande, où la loi ne prévoit pas la restitution d’œuvres acquises, même s’il s’agit à l’origine d’objets volés.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°5 du 1 juillet 1994, avec le titre suivant : Eskenazi ouvre une galerie à Londres

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