Dimanche 25 février 2018

Éric Mickeler, expert en histoire naturelle

« Un cabinet de curiosités du XXIe siècle »

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 31 mars 2009

Éric Mickeler, professeur en ornithologie tropicale, expert en histoire naturelle, consultant pour Christie’s.

Que recouvre la spécialité « Histoire naturelle » et depuis quand existe-t-il des ventes aux enchères dans ce domaine ?
L’histoire naturelle inclut principalement la paléontologie, la botanique, l’entomologie, la minéralogie et la conchyliologie. Les ventes d’histoire naturelle existent depuis une quinzaine d’années aux États-Unis. Je suis le seul à faire cela en France depuis trois ans.

En 2007, vous avez vendu un squelette de mammouth ; l’année suivante, un squelette de tricératops. Quelle surprise nous réservez-vous lors de votre vente du 7 avril ?
J’ai trois lots vedettes. Une mâchoire géante de requin Carcharodon megalodon en cartilage reconstitué, de 168 dents fossilisées et mesurant, ouverte, 2,20 mètres de haut (est. 150 000 euros), rivalise avec un squelette d’Ophtalmosaurus (est. 180 000 euros), reptile marin de 5 mètres de long et d’environ 150 millions d’années, tirant son nom de son œil, le plus grand de toutes les espèces animales connues. Je présente également une émouvante maternité dinosaure (de – 135 à – 65 millions d’années), montrant une mère Psittacosaurus et ses neuf bébés (est. 150 000 euros).

D’où viennent ces pièces ?
Les lots que je propose viennent de collections européennes et américaines, et de musées privés. De nouvelles découvertes sont faites tous les jours, aux quatre coins du monde, au hasard de chantiers ou à la suite d’une érosion. Plusieurs sites sont aussi répertoriés comme étant de potentielles réserves à animaux préhistoriques. Aux États-Unis par exemple, certains ranchs sont connus pour contenir dans leur sol des dinosaures du crétacé (– 145,5 à – 65,5 millions d’années), comme le Tyrannosaurus rex, le dinosaure le plus prisé par les collectionneurs privés et des institutions. Un T-Rex complet vaut plusieurs millions de dollars.

Qui sont vos acheteurs ?
Outre les amateurs éclairés de fossiles et les musées d’histoire naturelle, une clientèle grandissante de néophytes découvre ce domaine. Ce sont souvent des collectionneurs d’art moderne et contemporain.

Avec l’intérêt croissant qu’un public de plus en plus large porte à ces objets, la cote des fossiles n’est-elle pas en train de grimper ?
Le prix de ces objets de collection augmente dans la mesure où ils sont authentiques et en bon état. Cela irrite d’ailleurs les musées français, qui bénéficient de moins en moins de dons, et voient passer ces objets sur le marché sans avoir le budget pour les acquérir.

Lors de la dispersion de la collection Saint Laurent/Bergé, des cristaux de roche se sont envolés à des prix décuplant leur estimation…
C’est un épiphénomène. Ces minéraux valaient leurs estimations. Ils ont été vendus comme des objets de décoration, ce qui explique la flambée des prix. Des pièces similaires en taille atteindraient, à condition d’être en parfait état, des sommes équivalentes sur les marchés allemands ou américains. En France, les minéraux n’ont jamais été très chers car il y a peu de connaisseurs.

Y a-t-il des objets que vous vous interdisez de vendre ?
On me propose souvent de la taxidermie. Mais, dans un souci éthique, je refuse de vendre de telles pièces, dont certaines d’ailleurs sont interdites à la commercialisation, s’agissant d’espèces protégées. Je ne vends que des animaux disparus depuis longtemps.

Vous présentez des lots qui sont presque plus des objets d’art que des pièces d’histoire naturelle…
J’ai effectivement dans ma vente du 7 avril quelques objets à la frontière de l’art contemporain, comme une authentique météorite présentée sur une croûte planétaire imaginaire (est. 12 000 euros), et une autre, coupée en tranche, polie et sertie dans un cadre architectural (est. 60 000 euros), ainsi qu’une paire de coco-fesses (espèce botanique protégée) dont l’un a été doré à la feuille d’or (est. 4 000 euros). C’est une première. Mais j’aimerais que l’on dépoussière le cabinet de curiosités du XVIIe siècle pour le faire entrer dans le XXIe siècle.

HISTOIRE NATURELLE, vente le 7 avril, Christie’s, 9, av . Matignon, 75008 Paris ; expositions publiques : le 4 avril 10h-18h, le 5 avril 14h-18h et le 6 avril 10h-18h, tél. 01 40 76 85 85, www.christies.com

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°300 du 3 avril 2009, avec le titre suivant : Éric Mickeler, expert en histoire naturelle

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