Vendredi 15 novembre 2019

Entretien avec Emmanuel Marty de Cambiaire, marchand en tableaux et dessins anciens, Paris

« La divulgation des prix agace tout le monde »

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 12 avril 2011 - 727 mots

JDA : Vous venez de vous installer comme marchand de tableaux et de dessins à Paris, place Vendôme. Quel a été votre parcours avant cela ?
 Emmanuel Marty de Cambiaire : J’ai démarré en 2000 chez Christie’s, d’abord à New York, puis à Londres et enfin à Paris, comme spécialiste en tableaux anciens, dessins anciens, avant le département d’art impressionniste et moderne. Ces sept années passées dans une maison de ventes ont été vraiment formatrices dans le domaine du « fine art ». Mais j’ai toujours vu cela comme une étape dans ma carrière. Car je rêve depuis toujours de monter ma propre affaire. Avant de me lancer, j’ai travaillé trois ans avec une galerie parisienne.

De quelle façon travaillez-vous actuellement ?
E.C. : Avec mon épouse Laurie, nous nous sommes associés à Damien Boquet, qui était courtier privé et spécialisé dans l’art impressionniste et moderne, pour ouvrir à une adresse prestigieuse des bureaux dans lesquels nous exerçons une activité de marchands, de courtage et de conseil. Nos compétences sont complémentaires et nous permettent de couvrir une plus large période de l’histoire de l’art ainsi que de satisfaire un large éventail de collectionneurs, dans le domaine des œuvres sur papier aussi bien que des tableaux. C’est aussi une question de personnalité : nous avons tous les trois la conviction que le modèle du bureau nous correspond mieux que celui de la galerie traditionnelle. Ce qui ne nous empêche pas d’organiser des événements ponctuellement.

Que recherchent vos clients ?
E.C. : Nos clients apprécient d’être reçus en toute discrétion, parfois autour d’un déjeuner ou d’un dîner. Éloignée du quartier traditionnel des antiquaires, la place Vendôme a tout de suite eu un impact sur notre clientèle américaine et asiatique. Mais la clé de voûte de notre business est de trouver des œuvres de grande qualité, rares, en bon état et issues de collections privées, lesquelles trouvent immédiatement preneurs. Aussi, je suis très réticent à l’idée d’acquérir des œuvres qui sont passées en vente publique. La divulgation des prix de vente et d’acquisition des œuvres agace tout le monde.

Que pensez-vous de la possibilité prochaine pour les maisons françaises de réaliser des ventes de gré à gré ?
E.C.
:
Il faudra d’abord que les maisons de ventes trouvent du personnel formé à la transaction privée. Cela dit, cela serait plutôt positif, car les maisons de ventes pourraient être des partenaires pour nous.

Pensez-vous développer une clientèle commune dans les deux domaines de collection que sont l’art ancien et l’art moderne ?
E.C. : Dans le dessin, notre clientèle n’est pas aussi différente que l’on peut l’imaginer. De plus en plus de collectionneurs aiment réunir des ensembles encyclopédiques, piochant à travers les siècles les feuilles qui retiennent leur attention, comme l’a fait Richard Gray à Chicago.

Quel écho votre exposition inaugurale a-t-elle rencontré ?
E.C. : Nous avons inauguré notre galerie-bureau pendant la Semaine du dessin avec une sélection de dessins français du XVIe au XXe siècle. Grâce à la contribution de mon épouse, qui est historienne de l’art, nous avons publié un catalogue documenté. Nous avons vendu les trois quarts des 26 feuilles présentées dont la moitié à des clients étrangers, ce qui est un bon départ. Et ce n’est pas le fruit du hasard. La conception que j’ai de mon métier me pousse à connaître les besoins de mes clients et les anticiper. Par exemple, en novembre dernier, je suis tombé sur une étude préparatoire à la pierre noire pour Saint François de Paule par Simon Vouet, une feuille que nous avons sélectionnée pour notre exposition inaugurale. Je n’ai pas attendu pour contacter le Musée des beaux-arts du Canada, à Ottawa, qui cherchait un dessin de l’artiste depuis des années. Comble de chance, celui que je proposais était une étude pour un tableau conservé dans la collection du musée. Le temps de réunir les fonds nécessaires, l’institution me donnait son feu vert six mois plus tard, soit quelques jours avant le lancement de notre galerie et de l’exposition. Quant au vendeur du Vouet, il se réjouit de savoir son bien dans une institution.

Quels sont vos prochains projets ?
E.C. : Nous avons des projets précis pour les trois années qui suivent. Notre prochaine exposition est fixée en novembre, durant le premier « Salon du tableau » à Paris.

Boquet & Marty de Cambiaire Fine Art, 16, place Vendôme, 75001, tél. 01 49 26 05 01.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°345 du 15 avril 2011, avec le titre suivant : Entretien avec Emmanuel Marty de Cambiaire, marchand en tableaux et dessins anciens, Paris

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