Bilan parisien

Enchères en hausse

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 21 août 2007

Bilan semestriel très positif pour le marché de l’art français. Christie’s prend encore une belle longueur d’avance sur ses concurrents, en particulier grâce à la vente Dray.

PARIS - Le marché de l’art parisien des ventes aux enchères publiques vient de connaître un excellent premier semestre 2006. Artprice y a constaté une progression des prix en France sur le fine art de l’ordre de 12,8 %. Mais de préciser aussitôt que cette évolution reste très récente et relative en comparaison des marchés anglo-saxons. Aux États-Unis, sur la même période et toujours sur le fine art, les prix ont augmenté de 26,4 %. Les résultats obtenus à Paris pour l’Art déco, l’art primitif ou encore les livres font cependant valser ces statistiques. Les cinq premières sociétés de ventes (sans compter la sixième, Enchères Rive Gauche) ont enregistré une croissance moyenne de 79,5 % par rapport au premier semestre 2005. Parallèlement, les exportations de tableaux modernes et contemporains provenant de France pour être vendus à l’étranger vont bon train. Ainsi chez Sotheby’s France, c’est pour un montant global de plus de 60 millions d’euros qu’auraient été exportées des œuvres d’art, soit une augmentation de 40 % par rapport au premier semestre 2005. Si aucun chiffre n’est communiqué chez Christie’s, d’après nos informations, sept tableaux modernes et contemporains venant de particuliers français ont été dispersés par la maison de ventes au printemps dernier à Londres et à New York, ce pour environ 71 millions d’euros !

Christie’s première
« Dans un contexte dynamique et riche d’opportunités, Christie’s conserve une fois encore sa place de première maison de ventes, dans le monde… et en France », a déclaré le combatif François Curiel, président de Christie’s Europe lors de son bilan. En six mois, l’auctioneer a engrangé plus de 122 millions d’euros, soit quasiment l’équivalent des chiffres d’affaires cumulés de ses quatre plus importants concurrents et un peu moins de la moitié de celui de Drouot – où œuvrent régulièrement soixante-dix sociétés de ventes (SVV). Ce résultat inclut la vente exceptionnelle les 8 et 9 juin de la collection Dray d’arts décoratifs, un ensemble envolé à 59,7 millions d’euros. Sans celle-ci, Christie’s aurait tout de même conservé une confortable progression semestrielle de 30 % par rapport à 2005.
Dans cette course au classement semestriel, certains n’hésitent pas à gonfler l’addition en incorporant le produit de leurs ventes de juillet, voire leurs résultats du mois d’août à l’exemple d’Artcurial et de Tajan. Ce « virus » de la gonflette s’est étendu aux SVV plus modestes. Pour réaliser notre tableau comparatif (lire p. 38), nous avons demandé à certaines SVV de revoir leurs chiffres en arrêtant tous leurs comptes au 30 juin. Seule la maison Piasa, en pleine restructuration, s’est refusée à transmettre ses résultats. En raison sans doute de leur recul, conséquence directe des départs à la retraite des deux fondateurs de la société, Jean-Louis Picard et Lucien Solanet.

Chiffres en progression
En misant sur les spécialités dans lesquelles elles étaient particulièrement reconnues, les maisons Artcurial et Pierre Bergé & associés (PBA) ont obtenu des taux semestriels de croissance élevés ( 68,2 % et 101 %). Partie à l’assaut de l’art italien et de ses collectionneurs puis de l’art asiatique avec l’organisation d’une première vente d’art chinois du XXe siècle le 29 juin, Artcurial a vu son département d’art moderne et contemporain décoller. La vente événementielle de la collection de livres de Pierre Berès a quant à elle rapporté 14,2 millions d’euros à PBA le 20 juin. Notons aussi que, avec l’appui de leurs actionnaires, ces deux sociétés ont entamé une nouvelle phase d’expansion. Pour Artcurial, l’année 2006 a démarré par la création d’un bureau à Monaco. Le déroulement de ventes estivales très prometteuses sur le Rocher (lire p. 41), le rachat de Deauville Auction et d’autres rapprochements à venir (lire p. 37) en constituent les étapes successives. L’acquisition de la société Servart Beaux-Arts, leader sur le marché belge des ventes aux enchères, ouvre à PBA de nouvelles portes sur l’art du XXe siècle et lui permet une proximité avec une clientèle belge très convoitée.

L’art du XXe siècle ciblé
La maison Tajan et sa propriétaire, Rodica Seward, forcent l’admiration de nombreux acteurs du marché. Malgré une personnalité jugée autoritaire, sa pugnacité et ses relations internationales ont assuré à la maison une position enviable. Seward a notamment hissé l’art contemporain à un niveau historique chez Tajan ( 120 % par rapport au premier semestre 2005), et la vacation du 17 mai a enregistré le produit record en France dans cette spécialité, hors collection ( de 8 millions d’euros). Son experte et teneuse de marteau, Julie Ceccaldi, ayant quitté Tajan fin juin pour ouvrir la spécialité chez Piasa, Rodica Seward s’est adressée à Tzila Krugier (ex-directrice de la galerie de son père Jan Krugier à New York) pour reprendre le flambeau. Les arts décoratifs du XXe siècle et le design, sous la houlette de l’expert Jean-Jacques Wattel, arrivé il y a un an chez Tajan, ont significativement progressé de 63 % par rapport au premier semestre 2005. L’annonce officielle du récent retrait définitif de Jacques Tajan aura-t-elle un impact sur l’activité de la SVV Tajan ? On peut en douter.
Reste le mystère Sotheby’s, seulement en 5e place du classement alors que, avec Christie’s, cet auctioneer forme le duo de tête partout dans le monde. Leader en France dans les secteurs de l’orfèvrerie et de l’art primitif (nonobstant la collection Vérité), Sotheby’s organise relativement peu de ventes à Paris. « Nous avons atteint nos objectifs », a pourtant commenté son président Philipp de Württemberg. Ayant annoncé il y a quelques mois l’essor de son département d’art contemporain, la maison de ventes se montre peu batailleuse en la matière. L’art du XXe siècle est devenu plus que jamais le nerf de la guerre à l’heure où les SVV tournant sur des spécialités traditionnelles, comme Piasa ou Beaussant-Lefèvre, accusent une perte de vitesse.

Paris, la place pour l’art d’Asie
Avec 20 % d’augmentation d’activité pour l’hôtel Drouot, ses dirigeants gardent la tête haute et parlent de « dynamisme ». Cette vitalité, ils la doivent chaque année au fait qu’une poignée d’entre eux captent l’attention des acheteurs mondiaux, le temps d’une collection extraordinaire ou au passage de quelques pépites. Sous les projecteurs, on trouve Guy Loudmer associé à la petite SVV Enchères Rive Gauche pour la vente de la collection Vérité d’arts primitifs ( de 44 millions d’euros) les 17 et 18 juin. Délaissant ponctuellement son hôtel des ventes de Neuilly, Claudes Aguttes et un bel ensemble de tableaux modernes et contemporains ont été l’attraction de Drouot pour l’art du XXe siècle le 26 juin. L’art d’Asie y a fait quelques vagues telle la jarre d’époque Yuan de la SVV Doutrebente. Elle a été acquise pour un montant de près de 4,2 millions d’euros par le marchand londonien Giuseppe Eskenazi le 31 mars, n’en déplaise aux mauvaises langues qui prétendent qu’elle aurait obtenu un bien meilleur prix dans une vente spécialisée de Londres ou New York. C’est oublier que Christie’s a aussi élu la place de Paris comme lieu de vente privilégié pour de prestigieuses pièces d’art asiatique. Pour mémoire, c’est sous son enseigne, le 22 novembre 2005, que fut vendu pour 6 millions d’euros un rouleau impérial d’époque Qianlong découvert en France.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°242 du 8 septembre 2006, avec le titre suivant : Enchères en hausse

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