Mercredi 17 octobre 2018

Analyse

En attendant le Musée du quai Branly

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 31 mars 2006 - 572 mots

Voilà cinq ans, un Musée Guimet tout nouveau tout beau rouvrait ses portes à Paris. Comme le souligne le marchand Antoine Barrère (Paris), cette réouverture a ravivé l’intérêt du grand public pour les arts asiatiques, sans pour autant modifier l’état du marché parisien. D’après certains observateurs, la dynamique musée-marché aurait même été freinée par une négligence face à certains collectionneurs mécènes.
La donne s’avère différente avec le Musée du quai Branly, qui sera inauguré le 20 juin. Tous les ingrédients sont réunis pour asseoir définitivement Paris comme LA capitale des arts primitifs : la présence des plus grands marchands, un marché haussier, une dynamique de raréfaction à laquelle l’institution a d’ailleurs contribué. Après une enveloppe d’acquisition de 22 millions d’euros éclusée de 1997 à 2006, le musée disposera d’un budget annuel de 2 millions d’euros à partir de 2007. Profitant à raison du moment historique que représente cette ouverture, de nombreux marchands ont choisi d’organiser des expositions parallèles en galeries.
Certaines spécialités abordées par les marchands jouissent déjà d’une bonne représentativité au Quai Branly. C’est le cas des byeri fang mis en exergue chez Ratton-Hourdé (Paris). De même, les arts du Cameroun, dont la galerie Bernard Dulon (Paris) présentera environ soixante-dix spécimens, constituent l’un des points forts de l’institution grâce au legs effectué par le collectionneur Pierre Harter à l’ancien musée de la Porte dorée. La Galerie Flak (Paris) met en valeur la tribu des Mumuye du Nigeria, bien représentée au musée grâce à la donation Anne Kerchache. L’art de l’Himalaya, que le marchand Renaud Vanuxem (Paris) déploiera du 15 juin au 29 juillet, ne jouit en revanche que d’une présence timide au musée, ce via la donation d’une dizaine de masques par le collectionneur Marc Petit.
Pour jouir du gâteau parisien, deux marchands bruxellois s’installeront une semaine à Saint-Germain-des-Prés. Patrick Claes présentera du 14 au 30 juin une dizaine de pièces songye dans l’espace de la galerie Nicolas Demot. Un choix d’autant plus circonstancié que le Quai Branly ne possède que très peu d’objets de cette ethnie. Et le marchand bruxellois Joaquin Pecci louera la galerie Sellem du 15 au 25 juin pour une exposition baptisée « Femina », sur le thème de la féminité dans les arts d’Afrique et de l’Himalaya. Si quelques marchands belges s’autorisent des échappées, Brussels non european Art Fair (Bruneaf) n’a pas voulu pour autant se caler sur les festivités parisiennes. Organisé du 7 au 11 juin, le salon peinera toutefois à capter les collectionneurs américains, mobilisés une semaine plus tard par les vernissages français. Mais Patrick Mestdagh, son président, estime que la clientèle attirée à Paris n’est pas forcément la même que celle qui vient chiner à Bruxelles.
Les rumeurs sur une éventuelle interdiction par le Conseil des ventes de la dispersion Vérité risquent toutefois d’écorner le grand raout parisien. Estimée 15 millions d’euros, cette vente devrait se dérouler à Drouot, à Paris, les 17 et 18 juin, par l’intermédiaire de la SVV Enchères Rive Gauche. Certains digèrent mal la présence de l’ancien commissaire-priseur Guy Loudmer pour ordonner la vente. Le Conseil des ventes veillera donc à ce que la SVV organise intégralement la vente, de la location des salles aux questions de caution et d’assurances. Pour l’heure, les experts de la vente, Alain de Monbrison et Pierre Amrouche, n’ont reçu aucun courrier signifiant une quelconque interdiction. Dans  cette éventualité, ils auraient d’ailleurs tout loisir de se rabattre sur Genève, New York ou… Bruxelles !

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°234 du 31 mars 2006, avec le titre suivant : En attendant le Musée du quai Branly

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