Dimanche 18 février 2018

Empreintes empruntées

Par Roxana Azimi · L'ŒIL

Le 12 septembre 2007

Voici une exposition qu’on ne s’attendait pas à trouver chez Emmanuel Perrotin, galeriste parisien aussi jalousé pour son flair et son sens du commerce que critiqué pour son goût du gadget et de la hype. Or « Empreinte-moi », conçue par Philippe Ségalot, conseiller du collectionneur François Pinault, n’a rien de frivole. L’exposition n’est pas davantage commerciale puisque sur les vingt-six pièces présentées, tout juste trois sont à vendre.
Comme l’indique le titre, l’exposition traite de l’emprunt, les pièces étant prêtées par des artistes ou des grands collectionneurs comme Peter Brand ou Rosa de la Cruz. Le jeu de mots évoque aussi l’empreinte et ses nombreuses déclinaisons dans l’art contemporain. Reste enfin le Moi, c’est-à-dire l’autoportrait. Difficile d’aborder l’empreinte sans recourir à Yves Klein et ses Anthropométries bleues, dont un exemplaire a été prêté pour l’occasion par le réalisateur Claude Berri. Le dialogue s’instaure spontanément avec un blueprint de Robert Rauschenberg. Pour impressionner le papier photosensible exposé à la lumière, l’artiste américain avait utilisé comme modèle sa compagne de l’époque, Susan Weil, par ailleurs prêteuse de la pièce. Autoportrait ne rime pas forcément avec narcissisme. L’ironie n’est jamais très loin, notamment dans le rictus de Sarah Lucas dont le moulage de la bouche encombrée d’un mégot s’intitule Where does it all end ? (Quand tout cela finit-il ?).
L’exposition sera aussi l’occasion de revoir certaines pièces qui ont fait les beaux jours du marché. On retrouve ainsi The Critic sees de Jasper Johns (1961), vendu en mai dernier par François Pinault pour 3,9 millions de dollars chez Christie’s New York. Difficile aussi de s’installer chez Emmanuel Perrotin sans y inclure une œuvre de son artiste fétiche, Maurizio Cattelan, en l’occurrence les 150 Spermini, prêtées par Peter Brand et dont on a entrevu une version un peu défraîchie dans la collection Dakis Joannou au Palais de Tokyo l’été dernier.

« Empreinte-moi », PARIS, galerie Emmanuel Perrotin, 76 rue de Turenne, IIIe, tél. 01 42 16 79 79, 29 octobre-3 décembre.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°574 du 1 novembre 2005, avec le titre suivant : Empreintes empruntées

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