Vendredi 23 février 2018

Dupuis, Robert et les autres

Trois ventes de tableaux anciens à Paris

Par Éric Tariant · Le Journal des Arts

Le 10 juillet 2008

Une délicate nature morte de Pierre Dupuis, peintre clé annonçant l’art de Monnoyer ou de Desportes, des tableaux néoclassiques d’Hubert Robert et Louis-Léopold Boilly, une huile sur cuivre de Frans Francken et Jan Bruegel de Velours figurent parmi les œuvres majeures mises en vente en juin à Paris, le 21 par l’étude Laurin, Guilloux, Buffetaud, le 22 par Me Jacques Tajan et le 25 par l’étude Piasa.

PARIS - Cette Nature morte aux prunes, grenades et vase de lys sur un entablement, mise aux enchères le 22 juin à l’Espace Tajan, a été exécutée en juin 1663 par Pierre Dupuis (1610-1682), peintre particulièrement représentatif de la nature morte française du milieu du XVIIe siècle (3-4 millions de francs). On retrouve dans ce tableau influencé par la manière nordique – qui constitue son morceau de réception à l’Académie royale de peinture –, tout ce qui fait l’art de Dupuis : un fond uni devant lequel sont présentés peu d’objets. La composition et l’éclairage attestent le passage de l’artiste à Rome, où il a subi l’influence italienne. Outre cette toile, pièce maîtresse de la vente, est proposée une huile de Giovanni Antonio Bazzi, dit Il Sodoma, La mort de Lucrèce (600-800 000 francs). Le caractère dramatique du sujet est ici accentué par le fond sombre d’où se détache le personnage. Cette œuvre présente des similitudes avec la Lucrèce conservée à la Pinacothèque de Turin.

Frans Francken et Jan Bruegel de Velours
Datant de la fin du XIVe siècle, un triptyque du Maître de San Lucchese  (200-300 000 francs) est à rapprocher de la Vierge du triptyque de Poggibonsi, près de Sienne, de la Madone de Cleveland, et surtout du triptyque du Musée Bonnat à Bayonne. On y retrouve la même simplification des formes, les mêmes traits du visage aux yeux étirés et au long nez, une extrême délicatesse dans l’exécution des vêtements et des couronnes des saintes (200-300 000 francs). Me Jacques Tajan présentera également des œuvres de l’École françaises, dont un Portrait de mademoiselle Athénais d’Albenas sur fond de paysage par Louis-Léopold Boilly (600-800 000 francs), ainsi que des Écoles hollandaises (Abraham van Beyeren) et flamandes (David Téniers Le Jeune, Pieter van Boucle).
Dans sa vente du 21 juin, qui comporte un ensemble d’œuvres modernes, l’étude Laurin, Guilloux, Buffetaud a réuni quelques tableaux anciens, parmi lesquels une huile sur cuivre de Frans Francken et Jan Bruegel de Velours. Allégorie de l’eau, le Triomphe de Neptune et d’Amphitrite, symphonie d’élément marins, de nus féminins et de paysages oniriques, avait été acquise dans une vente publique d’après-guerre comme étant une huile d’Hendrick van Balen (1,5-2 millions de francs). Frans Francken a réalisé plusieurs interprétations de ce sujet mythologique. Selon Ursula Harting, spécialiste de Francken, une version proche de ce tableau serait dans une collection privée allemande. À noter encore une œuvre de François Le Moyne (1688-1737), Le cuvier, inspirée d’un conte de La Fontaine publié en 1674 (80-120 000 francs) : surprise par le retour inattendu de son mari, une jeune femme pousse son amant dans le cuvier afin qu’il en vérifie l’étanchéité. Une version plus petite de ce tableau figurait dans la vente du prince de Conti à Paris, en 1779.

Tableaux de l’École française également chez Piasa, le 25 juin, qui proposera un bel ensemble de toiles néoclassiques, dont une Vue du château et du parc de Méréville depuis le lac (1791) par Hubert Robert (2-2,5 millions de francs). Au format 141 x 204 cm, le tableau a été commandé par Jean Joseph, marquis de Laborde (1724-1794). Ce philanthrope très cultivé, fils d’une famille de négociants de Bayonne, a fondé de nombreuses institutions humanitaires. Il avait acheté le domaine de Méréville, près d’Étampes, en 1784, pour y réaliser “le modèle le plus accompli de jardin nouveau”. Hubert Robert en a exécuté plusieurs vues : l’une d’elles est conservée au Musée d’Île-de-France à Sceaux, une autre au National Museum de Stockholm. Plusieurs œuvres de Louis-Léopold Boilly figurent dans cette vente, dont Tu mens, une scène intimiste représentant un intérieur bourgeois.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°85 du 11 juin 1999, avec le titre suivant : Dupuis, Robert et les autres

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