Mercredi 17 octobre 2018

Du Vanuatu au Mali

Dispersions d’art africain et océanien à Paris

Par Le Journal des Arts · Le Journal des Arts

Le 14 mai 1999 - 707 mots

Un an après la dispersion de la collection Solvit qui, en réalisant plus de 12 millions de francs de produit, confirmait la bonne santé du marché parisien de l’art primitif, François de Ricqlès organisera le 6 juin, à Drouot Montaigne, une vente comprenant des objets d’art océanien et africain. L’étude Piasa prendra le relais le lendemain à Drouot Richelieu, en mettant aux enchères plusieurs collections d’art africain, dont celle du Docteur Saris constituée dans les années cinquante et soixante.

PARIS - Parti de Sydney, le lieutenant Pénot s’est dirigé vers la Nouvelle-Calédonie avant de gagner les îles Loyauté, les îles Fidji, puis le Vanuatu (ex-Nouvelles-Hébrides). C’est à l’occasion de cette expédition effectuée sur Le Saône, en 1891 et 1892, que l’officier de marine a constitué la collection d’art océanien dispersée le 6 juin par François de Ricqlès, qui comprend notamment un masque du Vanuatu provenant du sud de l’île de la Pentecôte (200-300 000 francs). Cette œuvre exceptionnelle en bois dur représente un visage humain et était utilisée lors de rituels de fertilité. “Très peu d’exemplaires de ce type sont parvenus jusqu’à nous, précise l’expert Alain de Monbrison. La plupart d’entre eux ont été collectés par l’anthropologue bâlois Speiser dont la collection, rassemblée une vingtaine d’années après celle du lieutenant Pénot, se trouve aujourd’hui au Museum für Völkerkunde de Bâle et au Musée d’ethnographie de Genève.” Un autre masque du Vanuatu, un visage humain aux couleurs orange, beige, blanc et noir (100-150 000 francs), présente des similitudes avec une œuvre également conservée au musée de Bâle. À noter aussi quelques pièces issues de la collection de Lady Hardwicke, constituées de statuettes, parures, lances, javelots et masques, comme celui Kanak de Nouvelle-Calédonie avec son ornementation de plumes et de cheveux humains d’origine (80-120 000 francs). Parmi les objets d’art africain, une plaque en bronze du Bénin de la fin du XVIe siècle représente Oba, un important dignitaire, en très haut-relief sur un fond ciselé, paré d’une coiffure de perles de corail (1,2-1,5 million de francs). Cette pièce appartenait à la collection Katherin White Reswick, conservée au Musée de Seattle. Un reliquaire Kota provenant de la collection du lieutenant Mallet, réunie au Gabon au début des années vingt, montre un visage inscrit dans un motif losangé (120-150 000 francs).

La collection du Docteur Saris chez Piasa
Fasciné par l’art Dogon du Mali, le docteur Saris a commencé sa collection au milieu des années cinquante. Sa statue hermaphrodite “Yebene”, style Niongom (XVe-XVIIe siècles) compte parmi les sculptures en bois les plus anciennes du continent africain (120-150 000 francs). Dans la tradition Dogon, les premiers hommes réputés immortels finissaient par se muer en serpents auxquels poussaient une tête, des bras, des jambes. Les statues Yebene représenteraient le génie issu de cette transformation. Autre pièce très ancienne, peut-être antérieure au XVIIIe siècle, une statue d’autel découverte en pays Bambara et rapportée par un négociant malien au début des années soixante-dix (120-150 000 francs). “Cette sculpture est à notre connaissance unique, explique l’expert Réginald Groux. Des recherches iconographiques approfondies n’ont pas permis de trouver une statue identique ou proche.” Le corps longiligne, reposant sur une sorte de lourd sabot ovale, est déséquilibré par une paire d’oreilles démesurées. Un motif en forme de vulve occupe tout l’abdomen. Les épaules tombantes, la fluidité des formes et l’équilibre de la composition donnent un air de grâce et de légèreté à l’ensemble.

Parmi les pièces majeures provenant de diverses autres collections se détache un masque Lwéna d’Angola, de la collection du Musée Barbier-Mueller à Genève (400-450 000 francs). Suggérant la grâce et la féminité, il a été exposé à Düsseldorf, Francfort et Munich en 1988-1989. À noter encore, un masque de danse Bété de la Côte-d’Ivoire, en bois revêtu d’une patine satinée de couleur noire (65-70 000 francs). Mi-animal, mi-humain, il fait partie des objets qui ont inspiré les peintres cubistes au début du siècle. Également de Côte-d’Ivoire, un masque de danse “Kpellie” est une production Senoufo (45-50 000 francs). La bouche entrouverte laisse apparaître une double rangée de dents, des commissures des lèvres partent des scarifications, et sur le front naissent deux cornes décorées d’un motif guilloché qui retombent avec légèreté vers le bas. Il s’agit manifestement de l’œuvre d’un sculpteur arrivé au sommet de son art.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°83 du 14 mai 1999, avec le titre suivant : Du Vanuatu au Mali

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