Drouot sauvé par un plumeau

Éric Turquin « repêche » in extremis un Fragonard

Par Le Journal des Arts · Le Journal des Arts

Le 8 janvier 2009

Saint Pierre prosterné, un Fragonard disparu depuis plus de deux cents ans, a été vendu à Drouot le 4 mars (lire le JdA n° 56, 13 mars). Pensant être en présence d’un tableau de François-André Vincent, l’étude Millon-Robert l’avait inclus dans une vente courante sans catalogue. Finalement identifié comme une œuvre de Fragonard, le tableau a bénéficié de l’effet de surprise et est parti pour huit millions de francs.

PARIS - Sans l’intervention d’un plumeau, Saint Pierre prosterné ne serait peut-être jamais sorti de l’oubli. Peint par Fragonard au cours des années 1768-1770 et disparu depuis 1776, le tableau a fait sa réapparition il y a quelques jours à Drouot. Il ne devait pas figurer dans la vente du 4 mars mais y avait été ajouté en dernière minute par le vendeur, qui ignorait posséder un chef-d’œuvre. Le tableau reposait tout en haut d’une cimaise quand, le 4 mars, lors d’une visite des salles de  Drouot, l’expert Éric Turquin l’a dé­couvert : “J’ai demandé que l’on décroche le tableau pour que je puisse l’examiner. Comme il était très sale, complètement recouvert de poussière – il n’avait probablement pas été nettoyé depuis le XVIII  siècle –, je l’ai épousseté à l’aide d’un plumeau. J’ai découvert une harmonie de coloris jaunes et marrons. Le tableau figurait sur sa toile d’origine mais était complètement écaillé.” Jean-Pierre Cuzin, conservateur en chef du département des Peintures du Louvre, appelé à la rescousse, a confirmé qu’il s’agissait bien de Saint Pierre prosterné, un Fragonard qui avait figuré dans la vente Verrier en 1776.

Comment une toile d’une telle importance a-t-elle pu passer inaperçue par un commissaire-priseur ? “Je ne m’étais pas déplacé chez ce client, explique Joël-Marie Millon. La toile était très abîmée et poussiéreuse. Elle avait été attribuée à François-André Vincent.” Éric Turquin poursuit : “C’est un phénomène très français. Il arrive assez fréquemment qu’un tableau perde son identité car, comme le patrimoine est dispersé à chaque génération, on finit par ne plus connaître son attribution. En outre, Paris n’a pas le monopole de telles erreurs. La même chose s’est produite à Londres, il y a un an. Cet épisode montre au contraire que Drouot constitue un extraordinaire intrument de travail, même s’il n’est pas toujours bien utilisé. Les commissaires-priseurs bénéficient d’un véritable filet de sauvetage grâce aux experts et clients qui fréquentent l’hôtel des ventes. En revanche, il est dommage qu’un tableau puisse être présenté dans une vente sans avoir été reproduit auparavant dans un catalogue. ” Le Fragonard a été maintenu, à la demande du vendeur, dans la vente du 4 mars. Bénéficiant de l’effet de surprise, le tableau disparu qui, selon Éric Turquin, n’aurait pas dû dépasser les quatre millions de francs, a été acquis par un marchand pour huit millions. Drouot a frôlé une grosse bévue.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°57 du 27 mars 1998, avec le titre suivant : Drouot sauvé par un plumeau

Tous les articles dans Marché

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque