Résulats des ventes

Drouot : en attendant la relève

Le handicap des Présidentielles

Le Journal des Arts

Le 1 mai 1995

Quelques bons résultats, dans un marché ralenti, chez Mes Couturier et Nicolay. Me Picard a plutôt bien réussi sa vente de tableaux et objets d’art. Un Derain fauve est parti pour 5,7 millions de francs seulement. La bibliothèque musicale de la comtesse de Chambure et les estampes de Claude Roger-Marx ont connu un franc succès.

PARIS - Quelle gloire et quel chic, mais quelle malchance aussi d’être classé monument historique : le magnifique bureau plat d’époque Régence en placage d’écaille rouge et cuivre, estimé entre 2,5 et 3 millions de francs, qui attirait tous les regards dans la vente de Mes Rieunier, Bailly-Pommery, Mathias et Le Roux le 10 avril à Drouot, est finalement resté invendu. Tout comme il avait été racheté le 6 décembre 1987, chez Sotheby’s à Monaco, déjà classé et donc interdit de sortie du territoire national.

Chose rare par les temps qui courent, une vente de tableaux modernes de qualité convenable – celle de Mes De Quay et Lombrail, le 30 mars – a réussi à totaliser 10 479 500 francs. Mais sur 64 lots présentés, 27 ont été rachetés et 14 sont partis en dessous de leur estimation basse. Le tableau fauve d’André Derain, Barques échouées à Collioure, en revanche, proposé dans la vente de tableaux, sculptures et tableaux contemporains de Me Kohn à Drouot-Montaigne le 3 avril, a failli rester sur la grève.

Estimé entre 6 et 8 millions de francs, le tableau est parti modestement à 5 700 000 francs. Issue de la collection de Pierre Lévy de Troyes, exposée au Salon d’au­tomne de 1905 et jamais passée en vente publique, l’œuvre était pourtant de qualité : un Derain comparable avait été vendu 14 millions à New York par Christie’s en novembre 1993, donc déjà en pleine crise.

Un assez bon résultat pour Me Picard
Pas trop atteint par la mélancolie ambiante, Me Picard a totalisé 6 156 700 francs, sans les frais, avec sa vente de tableaux anciens et objets d’art le 11 avril, un bon résultat, sans plus, avec 84 lots sur 150 vendus, soit 66 % en termes de valeur.

Le Portrait du seigneur de Landreville de Nicolas de Largillière, vers 1725-1735, toujours demeuré dans la famille de cet aristocrate, a été adjugé 600 000 francs, son estimation basse – tout comme une foisonnante nature morte de 1711 par Alexandre-François Desportes, L’automne : nature morte aux trophées de chasse, légumes et brûle-parfum au pied d’un escalier, dont le prix d’adjudication, 1,2 million de francs, coïncidait avec son estimation inférieure.

Les enchères pour le mobilier, qui était pourtant de qualité, sont restées tout aussi sages : un rare bureau anversois, vers 1700, en placage de palissandre, attribué à Hendrik Van Soest, par exemple, estimé entre 450 000 et 500 000 francs, a été adjugé 480 000 francs, tandis que six magnifiques fauteuils et un canapé Régence avec garniture d’époque, estimés entre 300 000 et 400 000 francs, sont partis pour la somme modeste de 450 000 francs.

Et pour 95 000 francs – contre une estimation de 120 000 à 150 000 francs –, la direction des Musées de France a préempté un écran de cheminée époque Louis XV, en bois relaqué gris et soie cerise, pour le Château de Versailles.

Grâce à une marchandise toute aussi "saine" – neuve sur le marché –, l’Étude Couturier et Nicolay a réalisé un produit de 17,6 millions de francs, soit 80 % de vendus avec sa vente composite du 31 mars. Portrait d’une petite fille de Jacob Gerritsz Guyp, estimé entre 200 000 et 250 000 francs, est parti à 600 000 francs ; une paire de vases Louis XVI en céladon avec une monture en bronze a trouvé preneur à 1 130 000 francs, presque trois fois son estimation basse.

Feu la comtesse de Chambure
Quel que soit le climat économique, les bibliophiles collectionnent : gloire de la musicologie, la bibliothèque de feu la comtesse de Chambure a ainsi connu un sort à la hauteur de son prestige, le 5 avril, sous le marteau de Me Rémi Ader, qui présidait à la deuxième dispersion de cette vaste collection de livres et d’instruments de musique.

Estimés autour de 2 millions de francs, les 407 lots – "des choses qui n’ont pas de valeur mais qui sont précieuses", selon l’expert Pierre Berès – ont totalisé 3 millions de francs. Seuls quatre-vingt-cinq lots de moindre importance ont été rachetés, quinze livres ont été préemptés par la Direction du livre et par la Bibliothèque nationale et, dans de nombreux cas, une concurrence sévère entre particuliers et marchands français, britanniques, allemands et américains a fait monter les enchères en flèche : les Pièces de clavecin de Jean-Baptiste-Henry d’Anglebert, 1689, estimées 6 000 francs, ont été adjugées 40 000 francs ; Il Primo Libro de Madrigali a Cinque Voci de Vincenzo Ugolini, 1615, estimé 15 000 francs, a trouvé acquéreur à 80 000 francs.
 
Deux autres vacations, consacrées aux manuscrits XVIIe et XVIIIe et à la bibliothèque documentaire de la feue comtesse sont prévues pour la fin de l’année.

Les amateurs d’estampes XIXe et XXe siècles ont été comblés avec la dispersion par Mes Audap, Solanet, Godeau-Velliet, le 24 mars, de la collection Claude Roger-Marx. 198 lots sur les 225 proposés, dont 60 très belles épreuves de Toulouse-Lautrec, ont trouvé preneur. Les Saltimbanques, une série de quinze pièces de Picasso de 1913, ont été adjugés 1 300 000 francs, Napoléon, 1895, de Toulouse-Lautrec, 485 000 francs, et les quatre planches de La Promenade des Nourrices de Bonnard 350 000 francs, très au-dessus des estimations.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°14 du 1 mai 1995, avec le titre suivant : Drouot : en attendant la relève

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