Mardi 18 décembre 2018

Drouot déménage et se cabre

L’ouverture du marché pourrait être retardée à 2002

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 13 avril 2001 - 911 mots

Les commissaires-priseurs parisiens devraient bientôt déménager dans un entrepôt de la SNCF du quartier des Batignolles, spécialement aménagé pour eux, le temps que leur hôtel des ventes de la rue Richelieu se fasse une nouvelle jeunesse. Des rumeurs laissent penser qu’ils pourraient peser de tout leur poids pour retarder l’ouverture du marché aux auctioneers jusqu’à la date de leur retour, en début d’année 2002, dans un Drouot entièrement réaménagé.

Paris - À partir du 15 juillet 2001, l’hôtel Drouot sera fermé pour travaux pour ne rouvrir qu’en janvier 2002. Le projet de rénovation du temple des enchères parisien mené par l’architecte Jean-Michel Wilmotte – en collaboration avec Jean-Jacques Fernier, qui a conçu l’architecture actuelle – va en effet prendre plus de temps que prévu. Au programme, un élargissement d’environ 200 m2 du hall d’entrée après récupération de surfaces extérieures, un escalier imposant remplaçant le système des escalators, des ascenseurs, des salles remises à neuf, un ensemble plus lumineux et une remise générale aux normes de sécurité qui devraient coûter près de 40 millions de francs à la compagnie parisienne des commissaires-priseurs.  Le gros des travaux aurait dû être réalisé pendant les deux mois d’été de façon que les ventes reprennent en septembre... mais avec la poussière, les nuisances sonores, les installations techniques d’un chantier permanent d’une centaine d’ouvriers, nous ne pouvions pas prendre le risque de voir, en cas de problème, la commission de sécurité fermer Drouot du jour au lendemain”, explique Me Rogeon, président de Drouot S.A. La poursuite des travaux de nuit et le week-end, un moment envisagée, occasionnerait un surcoût trop important. Aussi la solution de trouver un lieu de remplacement s’est imposée et les commissaires-priseurs pourraient s’installer prochainement dans des entrepôts appartenant à la SNCF, situés rue Cardinet, dans le XVIIe arrondissement de Paris. Avec 2 100 m2 utilisables, 13 ou 14 salles de vente seraient aménagées par Jean-Michel Wilmotte pour 5 millions de francs supplémentaires. Les espaces pourraient être par la suite conservés pour y organiser des ventes d’électroménager, de meubles et objets courants, qui ont lieu actuellement à Drouot-Nord, rue Doudeauville dans le XVIIIe arrondissement. Mais pour l’instant rien n’est signé. “Les tractations avec la SNCF ne sont pas terminées et nous restons ouverts à toutes propositions pour un local de 2 500 m2 dans un arrondissement du centre de Paris”, a déclaré Me Rogeon.

Maintenir un lieu unique de vente à Paris
Ayant appris par la presse qu’ils allaient devoir déménager pour six mois dans un lieu “pas assez haut de gamme” au goût de la majorité d’entre eux, les commissaires-priseurs ont vivement réagi. Me Hervé Chayette, ancien président de Drouot S.A., qui s’est fermement opposé à cette “solution dévalorisante en terme d’image”, propose sans vergogne de “vendre Drouot pour s’installer ailleurs avec les fonds que nous retirerons de la vente du bâtiment, de notre trésorerie qui reste élevée et de l’immense capacité d’emprunt qui nous est permise”. Pour Me Jean-Claude Binoche, “cette proposition est utopique car il n’y a pas d’autre endroit central de disponible que Drouot-Richelieu qui, malgré son architecture ratée, reste irremplaçable”. L’attrait de Drouot-Richelieu, qui se traduit par ses 6 000 à 8 000 visiteurs quotidiens, tient aussi à la richesse du quartier qui compte un bon nombre de marchands, d’experts et d’études de commissaires-priseurs.“80 % des transactions effectuées à Drouot se font entre professionnels. Ceux-ci se déplaceront sans état d’âme, confirme l’expert Guillaume Dillée. Les particuliers, plus sensibles à l’apparence des lieux, fréquentent de moins en moins les salles des ventes et nous laissent de plus en plus souvent des ordres”. Une certaine cohésion semble se dégager entre les commissaires-priseurs. Ainsi, l’étude Poulain-Le Fur (P.-L.F.), installée depuis un an dans son hôtel des ventes du palais des Congrès, porte Maillot, a montré l’exemple. Les commissaires-priseurs avaient donné leur agrément pour que Drouot s’installe pour quelques mois au niveau 1 du palais des Congrès. Les responsables de ce complexe n’ayant pu libérer à temps les 2 000 m2 convoités, Me Hervé Poulain envisagerait d’héberger – en cas de besoin et pour des ventes ponctuelles – certains de leurs confrères “en fonction de nos propres disponibilités et après un agrément préalable portant sur la qualité des pièces présentées”. Ce ne serait pas une première pour l’étude P.-L.F puisque qu’elle a déjà accueilli récemment deux commissaires-priseurs de Granville, Mes Robin et Fattori, dont un client imposait une vente à Paris. L’idée de maintenir un lieu unique de vente retient donc l’assentiment de la majorité de la profession, même si des ventes sont ponctuellement organisées dans de grands hôtels. Cette pratique survient surtout en cas d’engorgement de Drouot-Richelieu mais aussi pour quelques ventes de prestige qui se tiennent habituellement à Drouot-Montaigne. Louer une salle dans un palace du VIIIe arrondissement vise à donner plus de lustre à une vente ou à se démarquer de ses confrères. “Drouot-Cardinet” devrait, de toute façon, être vite oublié au moment de la réouverture du nouveau Drouot en début d’année 2002. Un événement qui pourrait correspondre avec l’ouverture effective du marché français aux auctioneers. Des bruits de couloir laissent penser que l’ouverture, prévue pour cet été, pourrait être encore retardée de six mois. Les commissaires-priseurs, peu désireux d’effectuer leur entrée en piste dans leur hébergement de fortune des Batignolles, chercheraient à freiner le processus.
Une fois les décrets d’application de la loi publiés, reste l’étape cruciale de la constitution du Conseil des ventes et de son administration puis de la délivrance aux sociétés commerciales de leur autorisation de vendre.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°125 du 13 avril 2001, avec le titre suivant : Drouot déménage et se cabre

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