Drouot caravansérail

Une spectaculaire collection turque en point d’orgue d’un bon semestre

Le Journal des Arts

Le 1 septembre 1996

Secteur fort des ventes parisiennes, l’art oriental et islamique – principalement soutenu par les acheteurs étrangers, turcs en particulier – a connu de belles ventes au cours du premier semestre. Le secteur du tableau orientaliste, en plein essor depuis quelques années, a toutefois marqué le pas, en raison de la disparition de quelques acheteurs importants du Qatar et de la mise sur le marché d’un nombre excessif de toiles.

PARIS. Nul n’a été dupe de la tentative de Me Vincent Wapler de masquer derrière un mystérieux "prince X" la véritable provenance de la petite mais remarquable collection d’art ottoman qu’il dispersait le 3 juillet. Non pas prince turc mais princesse, le vendeur n’était autre que la petite-fille du sultan Abdul Hamid II. Une provenance impériale donc, des associations historiques, une qualité irréprochable et l’intérêt toujours croissant des collectionneurs turcs pour leur patrimoine : tout contribuait à faire de la vente un succès. Devant les caméras d’une chaîne de télévision turque, la dispersion de la collection a réalisé un produit d’environ 2,4 millions de francs, soit quatre fois plus que la modeste estimation savamment fixée par l’expert Jean Soustiel pour encourager les enchérisseurs.

La collection ne comportait que 47 lots. Une paire de vases en porcelaine turquoise par le Français Louis Dat, élaborés à la manufacture impériale de Yildiz en 1894 et véritables pièces de référence de la céramique orientale, s’est envolée à 360 000 francs, contre une estimation de 25 000 à 30 000 francs. Une miniature sur ivoire représentant La Mecque, exécutée à Istanbul vers 1850 (estimée 8 000-10 000 francs), est partie à 120 000 francs, tandis qu’une belle vue du Bosphore, vers 1900, par l’Orientaliste italien Fausto Zonaro, dépassait allègrement son estimation de 30 000 à 40 000 francs pour atteindre 120 000 francs. Un recueil de calligraphie par le sultan Ahmet II (1703-1730) a triplé son estimation à 300 000 francs, et la Bibliothèque nationale de France a préempté à 20 000 francs un manuscrit des registres de naissance de la famille impériale (vers 1878) en 82 folios.

Trop de toiles
Moins exceptionnelle, mais de très bonne qualité également, la vente “Arts d’Orient" organisée par Me Claude Boisgirard le 21 juin, au cours de laquelle près de 65 % des lots se sont vendus. Deux jours auparavant, chez Mes De Quay & Lombrail qui liquidaient le stock du marchand d’art oriental Éric Grunberg, un rare pichet bardak, Iznik, vers 1565, avait été acheté 52 000 francs (contre une estimation de 20 000 à 30 000 francs) par le département des Antiquités islamiques du Louvre. En juin 1990, chez Me François De Ricqlès, le musée n’avait pu acquérir cette même céramique, alors adjugée 192 000 francs.

Saturé par trop de toiles, souvent de qualité médiocre, le marché du tableau orientaliste marque le pas. Le 25 juin, Mes Gros & Delettrez n’ont vendu que 126 des 231 lots qu’ils présentaient. Des artistes tels qu’Étienne Dinet et Jean-Léon Gérôme – dont le magnifique Tigre couché au clair de lune a été adjugé 96 000 francs – ont toutefois vu leur cote confirmée, et la remarquable série de trois toiles intitulées Scènes turques, attribuées à Cornelis de Wael (1592-1667), s’est vendue 690 000 francs, au-dessus de son estimation.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°28 du 1 septembre 1996, avec le titre suivant : Drouot caravansérail

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