Lundi 10 décembre 2018

Existentialisme

Dominer le dessin

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 30 juillet 2007 - 479 mots

La galerie Patrice Trigano propose une rare rencontre avec Alberto Giacometti.

 PARIS - Après avoir autrefois exploré le misérabilisme d’un Francis Gruber et l’âpreté des sculptures de Germaine Richier, le galeriste Patrice Trigano s’attaque à l’existentialisme d’Alberto Giacometti. Organiser une exposition du sculpteur suisse, sans en avoir été le marchand historique, relève d’une certaine gageure. « Il y a vingt ans, Annette Giacometti avait promis de m’aider à monter une exposition, car les pièces sont très difficiles à réunir. On ne peut le faire qu’avec le concours des collectionneurs privés et ces derniers ne sont pas toujours favorables à une manifestation en galerie. Mais elle est morte et les litiges de la succession ont rendu les choses encore plus difficiles », rappelle Patrice Trigano. Depuis, la Fondation Alberto et Annette Giacometti a apporté son concours en prêtant deux sculptures et trois dessins. Ces pièces ne sont toutefois pas à vendre puisque la Fondation est liée à la galerie Gagosian par un contrat d’exclusivité pour la cession des fontes posthumes. D’ailleurs, sur les vingt-deux pièces exposées, seules sept peuvent être achetées. À défaut d’être forcément lucratif, l’exercice est gratifiant en termes d’image pour une galerie qui caresse le rêve de retourner à la foire de Bâle…
Datant des années 1950-1960, les pièces exposées soulignent le profond pessimisme de l’artiste. « Et qu’est-ce que me dit, aujourd’hui, Giacometti… que tout est toujours imp…ossible, la vie comme la peinture ! Qu’on vit toujours dans l’imp…ossible (toujours l’accent du Tessin, même quand il disait l’imp…ensable). Qu’on n’y arrivera jamais, quoi qu’on fasse, quoi qu’on tente », rappelle le critique d’art Alain Jouffroy dans la préface du catalogue. L’artiste disait d’ailleurs en 1963 : « je ne comprends plus rien à la vie, à la mort, à rien ». De fait, les têtes griffonnées au stylo-bille à l’image de l’étonnant Portrait de la mère de l’artiste présentent les stigmates de cette anxiété : figures émaciées, orbites creusées, regards inexistants.
Attaché au banal comme au familier, Giacometti utilisera souvent les objets de son atelier, tout comme il fera poser son frère, Diego. Ce visage fraternel traverse toute l’exposition, d’un magnifique tableau de 1955 à une sculpture conçue dix ans plus tard et proposée pour 1,2 million d’euros. L’intérêt de l’exposition ne réside pas tant dans les fontes posthumes tirées du vivant d’Annette, que dans les dessins affichés entre 60 000 et 220 000 euros. Non qu’ils soient tous des chefs-d’œuvre, loin s’en faut. C’est parfois dans les dessins les moins construits, ceux gommés comme la Table et assiettes, ou tracés à la hâte, tel cet Homme qui pointe, minuscule silhouette égarée dans le vide du papier, qu’on voit la main bégayer, trébucher ou s’énerver. « Il faut s’accrocher uniquement, exclusivement, au dessin, disait Giacometti. Si on dominait un peu le dessin, tout le reste serait possible ».

Alberto Giacometti

Jusqu’au 2 juin, Galerie Patrice Trigano, 4 bis, rue des Beaux-Arts, 75006 Paris, tél. 01 46 34 15 01, du mardi au samedi 10h-13h et14h30-18h30.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°258 du 27 avril 2007, avec le titre suivant : Dominer le dessin

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