Samedi 15 décembre 2018

Design

Diodes et corde au cou

Par Christian Simenc · Le Journal des Arts

Le 12 décembre 2012 - 757 mots

Trois galeries proposent en cette fin d’année des dispositifs interactifs, des mariages inédits entre matériaux et un large choix de bijoux.

PARIS - Parfois, ce n’est pas le visiteur qui lorgne l’œuvre, mais l’inverse. Ainsi en est-il pour cette pièce intitulée Audience du collectif londonien Random International (Stuart Wood, Florian Ortkrass et Hannes Koch), exhibée actuellement par la Carpenters Workshop Gallery dans la présentation « After The Rain ». Animés par un logiciel de détection de mouvements, 64 miroirs choisissent au hasard un visiteur et le suivent à travers la salle de leurs mouvements synchronisés et, pour le moins, inquisiteurs. Prix de l’œuvre : 120 000 euros (en 8 exemplaires). Depuis 2005, ce trio explore avec brio la dualité « animé/inanimé », créant œuvres d’art cinétique et autres installations interactives. Future Self (170 000 euros) est une structure tridimensionnelle en aluminium et en laiton, truffée de diodes électroluminescentes.

Lorsqu’un visiteur déambule aux abords, des caméras enregistrent sa silhouette et son déplacement pour les traduire en points lumineux aussitôt retransmis par les diodes. Apparaît alors un « corps » lumineux singeant trait pour trait le corps du visiteur. Magique ! Tout comme Self Portrait (8 exempl., 60 000 euros), un « tableau » mural dont l’image change à tout moment en fonction de ce qui lui fait face – personne, animal, objet… –, entrant par là dans le champ d’une mini-caméra placée sur le cadre. Aussitôt le modèle enregistré, une encre photosensible sur toile déploie quasiment en direct chaque nouvel « autoportrait », lequel disparaît quelque temps plus tard. Bref, l’art de la représentation éphémère.

Assemblage brutaliste
À la Galerie Dutko, le designer Éric Benqué, lui, ne flirte point avec l’éphémère mais avec la matière. Et de belle manière, avec une collection baptisée « Traits d’union ». Il dresse une grande table en chêne massif (8 exemplaires, 15 000 euros pièce), à travers un subtil travail de construction, façon origami, entre les pieds et le plateau. Idem avec un banc (12 exempl., 12 000 euros pièce) qu’il recouvre, en outre, d’un cuir du plus bel effet. Car Benqué pratique aussi, avec une certaine tonicité, des mariages inédits entre textures, à l’aide de matériaux rigoureux et matières brutes. Ainsi procède-t-il avec ce secrétaire (8 exempl., 15 000 euros) accompagné de son pliant, qui met l’accent sur un assemblage quasi brutaliste entre la lisse structure de bouleau et son revêtement de cuir abrupt. C’est le cas aussi avec ces « présentoirs » (plusieurs modèles, 12 exempl., 8 500 euros pièce), à l’allure de bouts de rail de chemin de fer. Ces petites « consoles » sont réalisées en liège expansé de couleur sombre, dont certaines faces sont rehaussées à l’or. L’œil s’étonne d’abord de cette étrangeté, puis apprivoise cet assemblage peu orthodoxe qui donne presque aux objets une allure de… bijou.

Des bijoux, la Galerie Kreo en expose, elle, pour la première fois de son histoire, dans cette présentation intitulée « Autour du cou ». Port au ras-du-cou ou en long sautoir, compositions à partir d’enfilage, d’entrelacement et d’articulation, souplesse, mouvement ou rigidité de la matière : designers et artistes ont exploré toutes les thématiques. Et moult matériaux aussi : or, onyx, marbre, corail, chanvre, bois, perles, diamants bruts…

Le résultat est séduisant. Avec Knotted Pearls (20 exempl., prix sur demande), Hella Jongerius perce des perles irrégulières d’or et d’argent et les noue à la main, de manière aléatoire. François Bauchet dessine le délicat Tarquinia (10 exempl., 16 800 euros pièce) en s’inspirant des vestiges étrusques de la ville italienne éponyme. Non sans humour, David Dubois conçoit Geometric (50 exempl., 750 euros pièces), une pièce en châtaignier qui se tortille autour du cou tel un boa. Dominique Perrault et Gaëlle Lauriot-Prévost transcendent, eux, le matériau de chantier par excellence, le fer à béton « rouillé, mal fini et rugueux », en un « bijou inaltérable » en argent baptisé Brisé (prix sur demande). Quant aux frères Fernando et Humberto Campana, avec ce collier tressé d’or et de chanvre, ils passent littéralement La Corde au cou (prix sur demande). Alors, tenté(e) ?

RANDOM INTERNATIONAL, BEFORE THE RAIN
Jusqu’au 21 décembre, Carpenters Workshop Gallery, 54, rue de la Verrerie, 75004 Paris, tél. 01 42 78 80 92, du lundi au samedi 10h-19h.

AUTOUR DU COU
Jusqu’au 19 janvier 2013, Galerie Kreo, 31, rue Dauphine, 75006 Paris, tél. 01 53 10 23 00, du mardi au samedi 11h-19h.

ÉRIC BENQUÉ, TRAITS D’UNION
Jusqu’au 2 février, galerie Dutko, 4, rue de Bretonvilliers, 75004 Paris, tél. 01 43 26 17 77, du mardi au samedi 10h30-19h.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°381 du 14 décembre 2012, avec le titre suivant : Diodes et corde au cou

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