Deux ventes phares d’art moderne et contemporain

La collection Jean Bousquet à Drouot-Montaigne, la succession Jean Bouin-Luce à l’Espace Tajan

Par Éric Tariant · Le Journal des Arts

Le 19 novembre 1999

Des œuvres d’art moderne et contemporain provenant de deux grandes collections seront mises en vente à Paris en décembre. Le feu d’artifice débutera le 15 décembre à Drouot-Montaigne, avec la dispersion par l’étude Briest de la collection Jean Bousquet : des Basquiat, Barceló, Buren, Raynaud, Dubuffet, Hantaï. Puis, le 16 décembre, l’Espace Tajan proposera des toiles de Maximilien Luce, Henri-Edmond Cross et Paul Signac issues de la succession Jean Bouin-Luce, petit-neveu du peintre.

PARIS - Quatorze tableaux de la collection Jean Bouin-Luce, dont trois toiles néo-impressionnistes combinant couleurs pures, mélange optique et touches divisées, seront mises aux enchères à l’Espace Tajan le 16 décembre. Henri-Edmond Cross avait offert son Paysage de Cabasson (1,2-1,5 million de francs) à Maximilien Luce en échange d’une de ses œuvres. Cette vue aux tons jaune bleuté, exécutée vers 1896-1899, montre un vallon verdoyant adossé à une petite montagne, à Cabasson où Cross s’était installé au début des années 1890. Il sera rejoint sur la Côte d’Azur par Paul Signac, qui optera, lui, pour Saint-Tropez. Luce leur rendra de fréquentes visites sur les bords du Golfe où il peindra, en 1893, la seconde version des Baigneuses à Saint-Tropez (1-1,2 million de francs), dont la première est conservée au Musée de l’Annonciation de la ville. “C’est un tableau pointilliste plaisant, tant en raison du sujet que de sa taille (70 x 81 cm)”, remarque Amaury de Louvencourt. Le tableau a été exposé en 1987 par la galerie Odermatt-Cazeau. Remorqueurs dans le port de Rotterdam, peint par Signac en 1906 (1,2-1,5 million de francs), figurera dans le catalogue raisonné que prépare Françoise Cachin. Autre œuvre de Signac, Concarneau (1891) est une étude préparatoire double face pour deux tableaux : le recto, Concarneau, calme du soir, est au Metropolitan Museum of Art, à New York ; Concarneau, calme du matin, propriété d’un collectionneur, a été vendu 4 millions de dollars (22,6 millions de francs) le 18 novembre 1998 chez Christie’s à New York.

Seront également proposées d’autres œuvres qui ne sont pas issues de la collection Jean Bouin-Luce, comme Le Polisseur de marbre (1884), un dessin au fusain sur toile d’Henri de Toulouse-Lautrec (500-700 000 francs). Cette étude préparatoire pour un tableau actuellement dans une collection privée américaine a été exposée en 1992 au Grand Palais, à Paris, lors de la rétrospective Lautrec. Elle se rapproche des Raboteurs de parquets (1876) de Gustave Caillebotte. “Le polisseur de marbre définit le geste réaliste du labeur ouvrier, et ceci sous une forme beaucoup plus audacieuse qu’une simple académie, du fait de la nudité de l’homme. Toulouse-Lautrec libère ainsi une imagination qui préfigure ses futures inspirations d’artiste, légères et anticonformistes”, explique Franck Baille. L’expert présentera aussi trois dessins inédits de Chaïm Soutine (120-150 000 francs chacun), une huile de Pierre Bonnard, Silhouettes sur un quai à l’entrée d’un port (800 000-1 million de francs), une lumineuse toile de Louis Valtat, Quatre femmes sur les hauteurs d’une calanque à Anthéor (1903), et un bronze de Rodin, Iris messagère des Dieux (600-700 000 francs).

La collection Jean Bousquet
Quelques œuvres contemporaines seront aussi mises aux enchères : outre plusieurs Picabia, comme Monstre, une huile du début des années vingt (800 000-1 million de francs), un Bernard Buffet provenant d’une collection privée, Park Avenue, vue du Pan Am Building (400-450 000 francs), et des sculptures, dont Amazone, femme et cheval (1938), un bronze d’André Masson numéroté 1/8 qui présente le cachet du fondeur O. Brustolin (250-280 000 francs), et Homme et taureau de Lipchitz (250-300 000 francs).

Le 15 décembre, Francis Briest dispersera à Drouot-Montaigne un important ensemble d’art contemporain s’articulant autour de la collection réunie entre 1985 et 1995 par Jean Bousquet, ancien maire de Nîmes et PDG de Cacharel. On distinguera In Extremis IV, une huile que Miguel Barceló a créée pour sa rétrospective à Valence (800 000-1,2 million de francs), et un Basquiat de 1985, l’un des plus importants tableaux-collages de l’artiste (2,8-3,2 millions de francs). Jean Bousquet a également soutenu des créateurs français, et sa collection comprend des œuvres de Daniel Buren, Palissade (80-120 000 francs), Jean-Pierre Raynaud, A-1, un de ses premiers tableaux de faïence (80-120 000 francs), Jean Dubuffet, Quatre poissons et oiseau (600-800 000 francs), ainsi qu’une toile de Simon Hantaï (300-350 000 francs).

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°93 du 19 novembre 1999, avec le titre suivant : Deux ventes phares d’art moderne et contemporain

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