Samedi 23 février 2019

Deux foires consolident Bâle

De bonnes ventes dès les premiers jours

Par Philippe Régnier · Le Journal des Arts

Le 1 juillet 1996 - 732 mots

La foire de Bâle, qui s’est tenue du 11 au 17 juin, a confirmé cette année encore sa position de leader international. La présence française a été forte, avec 43 galeries sur les 252 exposants. En marge, la jeune foire nouvelle, \"Liste 96\", a rempli avec succès ses objectifs. Par ailleurs, la création d’une association des salons d’art, l’Icafa, visant en particulier à empêcher l’admission des maisons de ventes aux enchères dans les foires d’art contemporain, a été annoncée alors que l’accord entre la André Emmerich Gallery et Sotheby’s suscitait des interrogations.

BÂLE - Les ventes ont été bonnes, cette année, dès le premier jour de la foire, contrairement à ces dernières années où les amateurs attendaient le dernier moment pour se décider.
De nombreuses galeries ont d’ailleurs noté un net regain d’intérêt et de curiosité parmi les collectionneurs. Les pièces exceptionnelles ont toujours attiré les amateurs fortunés, dans un marché où les œuvres de moyenne qualité trouvent difficilement preneur. Ainsi, la galerie Brusberg, de Berlin, a vendu un grand bronze d’Henri Laurens, Le grand Amphion (1937/1952), 1 600 000 marks (5 424 000 francs) à un collectionneur berlinois. La galerie Beyeler, de Bâle, a vendu plusieurs toiles de Warhol et de Lichtenstein, tandis qu’un collectionneur européen faisait l’acquisition à 120 000 dollars (622 000 francs), sur le stand de la Richard Gray Gallery de Chicago, d’une petite tête de femme en bronze, exécutée en 1908 par Picasso dans le style des Demoi­selles d’Avignon. Daniel Templon a vendu, entre autres, un petit Basquiat, alors qu’Anne Lahumière se disait satisfaite de la vente de deux sculptures de Floris, "inimaginable à Paris".

Certaines galeries ont "exhumé" pour la foire de Bâle des œuvres inédites. La galerie Jan Krugier, de Genève, présentait par exemple pour la première fois Maternité, une toile de Pablo Picasso datant de 1921. Wolfgang Wittrock, de Düs­seldorf, offrait aux amateurs des œuvres absentes du marché depuis longtemps, des Franz Marc et des Paul Klee, telle que Rythmie der Fenster und Tannen (1919) du peintre suisse, qui faisait partie de collections privées depuis les années vingt, proposée à 1 350 000 marks (4 576 500 francs). Le galeriste allemand a qualifié la foire de "très bonne qualité". "Les visiteurs sont des connaisseurs bien informés, à l’inverse de la Fiac qui est fréquentée surtout par des promeneurs".

La section des jeunes galeries a laissé place cette année aux "Statements", les organisateurs désirant plutôt favoriser les jeunes artistes que les jeunes galeries. Si ce secteur s’est révélé de bonne tenue, la sélection des exposants a conduit à des stands relativement "sages". Pour Samuel Keller, directeur de la communication de la foire, "le comité a choisi pour "Statements" des galeries telles que les Waddington Galleries, de Londres, ou la galerie Bruno Bischofberger, de Zurich, pour attirer les collectionneurs "classiques" dans ce secteur". Pourtant, le fait de permettre à des galeries renommées de disposer sur la foire de deux stands est pour le moins discutable. La galerie Météo, de Paris, proposait dans cette section des photographies de Jean-Luc My­layne allant de 50 000 à 175 000 francs. La galerie Pailhas présentait une exposition personnelle de Pierre Huyghe, dans laquelle figurait Mobil TV à 80 000 francs. Samuel Keller estimait pourtant que le coût de location des stands dans la section "Statements" était encore trop élevé à son sens et espérait l’abaisser l’année prochaine à 5 000 francs suisses (20 000 francs).

La cherté des stands de la foire de Bâle a conduit une trentaine de galeries à se réunir pour inaugurer cette année la première jeune foire de Bâle, "Liste 96". Pour la galerie Barbara Weiss, de Berlin, "l’ART est trop grande et trop chère. Étant donné l’état du marché de l’art, les galeries ne peuvent pas vraiment se permettre de perdre de l’argent sur les foires". Les pièces proposées à "Liste 96" l’étaient en effet à des prix peu élevés, Anne de Villepoix vendant une Lips de Sam Samore à 8 000 francs, Air de Paris des Joseph Grigely autour de 16 000 francs, et Arnaud Brument des petites photographies d’Estelle Schweigert à un peu plus de 600 francs. Les ventes étaient donc également au rendez-vous dans une jeune foire bien organisée et bien fréquentée. "Ici, il n’y a pas de touristes", se félicitait Laure Genillard, qui dirige une galerie à Londres. Une belle réussite pour cette toute jeune foire qui réunissait qualité et convivialité.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°27 du 1 juillet 1996, avec le titre suivant : Deux foires consolident Bâle

Tous les articles dans Marché

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque