Dimanche 22 septembre 2019

Dessin : à la recherche du merle blanc

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 15 mars 2011 - 538 mots

Comment se porte le marché du dessin ? Bien, très bien même au vu des ventes du mois de janvier à New York. Certes celle de Christie’s était plutôt pauvre.

En revanche, Sotheby’s a brillé avec une étude représentant Jupiter et Junon par Perino Del Vaga pour une fresque au palais Doria, à Gênes, achetée 782 500 dollars (575 000 euros) par le Metropolitan Museum of Art à New York. Côté marchand, le Londonien Stephen Ongpin, qui avait organisé au même moment une exposition à New York, a cédé seize dessins, dont quatre à des musées américains. « Le marché du dessin est stable, sans hausse spectaculaire ni baisse drastique », constate Nicolas Joly, spécialiste de Sotheby’s. Cette stabilité est due pour partie à un non-renouvellement des collectionneurs, comme en atteste habituellement la moyenne d’âge des visiteurs du Salon du dessin lors du vernissage de la manifestation. « On a la même clientèle qui est toujours active, admet Nicolas Joly. Je rencontre tous les ans seulement deux à trois nouveaux collectionneurs, alors que l’on compte beaucoup plus de nouveaux acheteurs dans les tableaux anciens. Dans les dernières ventes de tableaux anciens, il y a en avait autour d’une quinzaine. »

De fait, la raréfaction des collectionneurs couplée à celle des dessins a conduit à des prix particulièrement soutenus. « Proportionnellement, le dessin est plus cher que la peinture », estime Hervé Aaron, président de la Société du dessin. Ainsi chez Doyle le 26 janvier, un tableau d’Antoine Coypel illustrant le Jugement de Salomon, certes en mauvais état mais avec de beaux restes, s’est contenté de 31 250 dollars. Or le même jour chez Sotheby’s, un dessin de Coypel en très bon état représentant les Funérailles de Pallas est parti pour 158 500 dollars chez Sotheby’s. Pourquoi un tel hiatus ? « Les acheteurs souhaitent des œuvres irréprochables en bon état », résume le marchand parisien Mathieu de Bayser. Des œuvres également très représentatives des artistes. Ainsi un dessin de Rubens, représentant Vénus maternant plusieurs Cupidons, est resté sur le carreau en janvier chez Sotheby’s sur une estimation de 500 000 dollars. Cette feuille trop sage ne possédait pas la fougue qu’on attend généralement du peintre flamand. La prime va au spectaculaire comme l’étude de dos très musculeuse de Jacob Jordaens vendue pour 290 500 dollars sur une estimation de 50 000 dollars le 26 janvier chez Christie’s. « Le marché est devenu difficile, soit on s’accroche, soit on décroche, estime le marchand parisien Éric Coatalem. Les gens veulent tous la même chose, murale, belle, fraîche, publiée, connue mais en mains privées depuis longtemps. » Bref le merle blanc.

Faute de munitions, le goût a beaucoup bougé dans l’art français. « Les dessins français du XVIIe siècle, c’est le désert total, on n’en trouve plus, constate Nicolas Joly. Les amateurs de cette période se sont du coup rabattus sur autre chose, ou n’achètent plus. Le XVIIIe français est très abordable. Hormis un beau dessin de Fragonard ou un Nu de Boucher, le reste a beaucoup baissé. En revanche, les dessins italiens demeurent recherchés car il y a plus d’amateurs et plus de feuilles. » Le XIXe siècle compte aussi un vivier qui ne semble pas prêt à se tarir.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°343 du 18 mars 2011, avec le titre suivant : Dessin : à la recherche du merle blanc

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