Dimanche 25 février 2018

ANALYSE

Des réformes nécessaires

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 20 janvier 2009

En septembre dernier à Londres, le jour de l’annonce de la faillite de la banque d’affaires américaine Lehman Brothers, Sotheby’s totalisait 70 millions de livres sterling [87 180 000 euros] à coup d’opérations de marketing.

La manne ? Des œuvres répétitives de Damien Hirst réalisées en un an et demi (lire ci-contre). En février, Christie’s dispersera à Paris la collection de valeurs sûres réunies par Pierre Bergé et Yves Saint Laurent sur cinquante ans. Deux esprits et deux tempos qui attestent de la différence de mentalité entre la Grande-Bretagne et la France. L’une se trouve arquée sur la rapidité, l’événementiel et la performance, l’autre sur la sédimentation et la lenteur. Or en temps de crise, la seconde présente plus d’atouts que la première. Le Royaume-Uni, qui subit la récession de plein fouet et voit sa monnaie fortement dévaluée, pourrait passer, d’après un rapport du Center for Economics and Business Research, du 5e au 7e rang des pays les plus riches. Marque de fabrique du blairisme, la « cool attitude » sur laquelle surfait la foire londonienne Frieze a fait long feu. Même Damien Hirst a licencié plusieurs employés fabriquant ses fameuses « Pharmacies  ». La situation n’est certes pas florissante en France où l’Insee a prévu une récession équivalente à celle de 1993. Les banques françaises n’ont pas été épargnées par l’implosion du fonds de Bernard Madoff et la propriétaire de L’Oréal, Liliane Bettencourt, aurait même perdu quelque 500 millions d’euros dans cette escroquerie. François Pinault et Bernard Arnault ont quant à eux mis un frein à leurs achats d’œuvres d’art. Il faut dire que le groupe Artémis est endetté jusqu’au cou et que l’action de PPR a perdu les deux tiers de sa valeur depuis janvier 2008, confortant les rumeurs – démenties – concernant les ventes de Château-Latour et de Christie’s. De son côté, la croissance de LVMH avait été divisée par deux au troisième trimestre par rapport aux deux premiers. Des licenciements ou des non-reconductions de contrat sont par ailleurs prévus dans toutes les maisons de ventes, Artcurial congédiant dix employés sur quatre-vingts. Pourtant, le côté « villageois » de l’Hexagone lui sert de bouclier. N’ayant pas connu la griserie de la spéculation, ses artistes ne risquent pas de subir les affres de la banqueroute. Le bureau français de Sotheby’s fait même l’effet d’un bon élève, avec des bénéfices estimés entre 5 et 8 millions d’euros, soit près de 20 % des profits du groupe en 2008. La France ne bénéficiant pas de l’instrument à double tranchant de la garantie, elle n’en a pas essuyé le retour de bâton. Mais si le conservatisme exacerbé de la législation française fut profitable sur ce plan, son corsetage lui nuira à long terme. Car le cœur de métier des maisons de ventes, c’est-à-dire la mise à l’encan, risque de s’essouffler en 2009 au profit des ventes privées, moins anxiogènes pour les collectionneurs. Or la France ne permet pas aux commissaires-priseurs de procéder à de telles ventes alors même que, d’après François Curiel, président de Christie’s Europe, celles-ci pourraient représenter environ 15 % du chiffre d’affaires de la maison de ventes en 2009. « Au moment où Paris tire mieux son épingle du jeu, il faut profiter de la situation, martèle Guillaume Cerutti, président de Sotheby’s France. Plus que jamais les réformes prônées par le rapport Bethenod sont nécessaires. » À bon entendeur…

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°295 du 23 janvier 2009, avec le titre suivant : Des réformes nécessaires

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