Mardi 11 décembre 2018

Analyse

Des lendemains qui déchantent ? Pas encore

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 13 février 2008 - 533 mots

Certains marchands ont été récemment refroidis par un message d’Artprice appelant à vendre vite avant une prétendue crise imminente.

Le marché de l’art aime-t-il se faire peur à chaque tempête boursière ? Ou est-il plutôt en train de dégriser ? Un peu des deux, mon capitaine. Il est certes impossible que le marché de l’art soit imperméable à la récession américaine qui se profile. De fait, le nouveau « Art Market Confidence Index » lancé par Artprice a ouvert le 28 janvier dans le rouge. « En Europe, le ton est donné. Fort logiquement, l’opinion des acteurs sur l’évolution du marché de l’art est sans appel : le pessimisme est de rigueur », signalait la base de données. 51 % des sondés étaient persuadés que la conjoncture économique serait défavorable dans les trois prochains mois. « Un de mes clients a perdu 20 % avec la Bourse, nous a confié un marchand d’art africain. Chez lui, cela ne devrait pas avoir d’impact sur sa capacité à acheter des œuvres d’art. Et pourtant, pour la première fois, il m’a négocié un prix. »

Acheter et non vendre
Même les professionnels les plus optimistes ne masquaient pas leurs craintes après les mini-krachs boursiers de janvier. « Je me suis mis en stand-by tout de suite après la chute de la Bourse, murmurait alors un marchand. Je n’ai appelé aucun client vendeur, car je ne sais pas à quel prix acheter, ni aucun client acheteur, car je préfère ne pas le déranger en ce moment. » Les maisons de ventes tardent par ailleurs à annoncer de grandes collections pour le printemps. Car dans l’hypothèse d’une crise, il faut acheter et non vendre. Dans certains domaines, comme l’art contemporain, les opportunités pourraient même se développer, avec des listes d’attente plus clairsemées.
Néanmoins l’anxiété n’est pas encore confirmée sur le terrain des ventes publiques. La vacation de tableaux anciens de Sotheby’s à New York s’est plutôt bien passée. Le test londonien les 5 et 6 février était tout aussi positif (lire p. 25). Le 5, la vente d’art impressionniste et moderne de Sotheby’s générait 116,7 millions de livres sterling (155,6 millions d’euros), soit le second meilleur résultat en la matière en Europe et 35 enchères millionnaires. Le lendemain, Christie’s embrayait avec un total de 72,9 millions de livres (97,5 millions d’euros), soit là aussi son second meilleur résultat dans cette spécialité à Londres, avec en prime 35 enchères millionnaires. « Il y a un tel engouement pour l’art contemporain que je ne vois pas tout le monde s’arrêter en même temps, indique le courtier Philippe Ségalot. Il faudra bien que le Guggenheim achète pour Abou Dhabi. Je ne me fais pas de souci. On va vers un marché plus intelligent. » Cependant, à la surprise générale, le triptyque de Francis Bacon, adjugé au ras de l’estimation à 26,3 millions de livres sterling, n’a pas battu de nouveau record, contrairement aux prévisions de Christie’s.
À terme, un nettoyage se profile, lentement mais sûrement. « Il y a un besoin de réajustement d’un rapport qualité-prix, observe le courtier Marc Blondeau. Je pense qu’on va revenir à une expertise, à un bon sens dirigé par la connaissance et non le tam-tam. »

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°275 du 15 février 2008, avec le titre suivant : Des lendemains qui déchantent ? Pas encore

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