Des céramiques désormais mieux connues

Le Journal des Arts

Le 11 mars 2008

Les céramiques vietnamiennes peu connues jusqu’aux années soixante le sont beaucoup plus depuis qu’elles ont été collectées, étudiées par des sociétés spécialisées et exposées. Elles étaient collectionnées en Asie du Sud-Est, mais aussi en Iran et en Turquie. La découverte de l’épave du cargo Hoi An devrait encore améliorer la connaissance de leur histoire.

LONDRES - Les céramiques découvertes entre 1997 et 1999 dans l’épave du Hoi An témoignent de la richesse de la production de la fin du quinzième siècle, provenant des fours du delta du fleuve Rouge au Vietnam du Nord. Grâce à des méthodes archéologiques rigoureuses et à un haut niveau de documentation, ces pièces ont pu être exhumées dans un état presque intact. Ce sont des pêcheurs locaux, en remontant accidentellement des morceaux de céramique dans leurs filets, qui ont permis le repérage initial du site. De telles découvertes, souvent entreprises de cette manière dans les eaux de l’Asie du Sud-Est et de la Chine du Sud ces dernières décennies, ont été rapidement suivies de pillages clandestins. Mais dans le cas du Hoi An, la profondeur du site où le naufrage a eu lieu (70 mètres) a empêché les plongeurs amateurs d’y effectuer d’importants pillages. Conformément à un accord passé avec la société malaysienne en charge des opérations de sauvetage, le gouvernement vietnamien est autorisé à s’octroyer tout exemplaire jugé unique par les conservateurs de ses musées nationaux. Ces pièces ont été déposées aux musées nationaux de Hanoi et Ho Chi Minh-Ville ainsi que dans un certain nombre de musées régionaux. Le solde (150 000 pièces environ) doit être vendu aux enchères sur le marché international, et un pourcentage sera prélevé sur la vente pour contribuer à la rénovation et à l’extension des musées.

Sociétés de céramiques
Le manque de connaissances dans ce domaine, les possibilités limitées d’expertise qui en résultent, et l’accès limité aux pièces ont retardé la constitution de collections de céramiques vietnamiennes. La connaissance de cet artisanat découle presque entièrement de l’analyse du commerce d’exportation au Vietnam. Cette situation commence à changer vers la fin des années 1960-1970 sous l’influence de la formation de collections nouvellement accessibles en Asie du Sud-Est. Des sociétés d’étude de céramique se créent localement afin de fournir un point d’ancrage pour les collectionneurs. C’est pour eux l’occasion d’organiser, en collaboration avec des musées locaux, une série d’expositions disséminées sur le territoire qui ont contribué à la définition de cette spécialité. Des départements nationaux d’archéologie et des musées d’Asie du Sud-Est ont reconnu l’importance de ces découvertes pour l’histoire culturelle de leur région et ont entrepris d’effectuer une enquête systématique sur les sites d’habitation. En Thaïlande, ce travail s’est rapidement étendu pour inclure les centres majeurs de production de marchandises destinées à l’exportation, localisés dans la province de Sukhothaï en Thaïlande du Nord.

Le besoin d’enquêtes semblables à celles ayant eu lieu au Vietnam du Nord a bien été reconnu, mais la guerre et la période immédiate de reconstruction qui a suivi l’année 1975 a freiné l’entreprise. Il a fallu une autre décennie avant qu’elle ne puisse commencer, à Chu Dao, province de Hai Doung, en 1986.

Les céramiques vietnamiennes les plus fines étaient probablement destinées à l’île de Java, centre prospère du système de commerce d’épices de la région, tandis que les objets les moins beaux auraient été largement diffusés dans l’archipel, atteignant même les communautés isolées en amont du fleuve. Beaucoup de ces céramiques retrouvées dans des habitations et des sites d’inhumation peuvent à présent être rapprochées des fours du delta du fleuve Rouge, ce qui ajoute un indice sur leur provenance historique que l’on n’avait pu déceler il y dix ans.

Céramiques du fleuve Rouge
Les populations d’Asie du Sud-Est n’étaient pas les seules à collectionner des céramiques vietnamiennes dans le passé. On trouve ainsi d’admirables céramiques bleues et blanches, qui proviennent du delta du fleuve Rouge, dans les collections impériales d’Iran et de Turquie. Celle de Sa Sainteté Ardebil, qui se trouve désormais au Musée de Téhéran, a été assemblée par le Schah Abbas et exposée dans son “lieu saint” familial en 1611. Les fragments d’une jarre, sur laquelle figure une peinture florale ombrée sophistiquée comparable à celle de l’aiguière de Topkapi Saray, ont également été identifiés parmi les nombreux tessons chinois trouvés sur le site de Fostat (Vieux Caire) en Égypte inférieure, confirmant ainsi la large distribution dont la céramique vietnamienne a bénéficié à travers le Moyen-Orient.

L’exemple le plus remarquable de tous est peut-être celui du bol lobé bleu et blanc, dont un exemplaire similaire est enregistré dans l’inventaire du cargo Hoi An. Cet objet constitue un témoignage unique de ce qui devait être un commerce étendu d’objets de luxe entre les familles dirigeantes de l’Europe du seizième siècle. Un inventaire de 1595 du château Zwinger à Dresde nous indique que le grand-duc de Toscane a présenté au Prince Électeur duc de Saxe un groupe de porcelaines parmi lesquelles se trouvait un bol, identifié en 1986 comme étant vietnamien. Selon toutes probabilités ce bol, de même que les pièces chinoises Ming qui composent le reste du cadeau, est issu du commerce de luxe entre l’Italie et l’Istanbul ottomane. La céramique du cargo Hoi An devrait donc avoir un rôle déterminant dans la reconstitution de l’histoire de la céramique vietnamienne très appréciée en Europe au seizième siècle.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°112 du 6 octobre 2000, avec le titre suivant : Des céramiques désormais mieux connues

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