Delubac, les derniers feux

Tableaux et mobilier ont triplé leur estimation

Par Éric Tariant · Le Journal des Arts

Le 27 mars 1998

Dispersée le 16 mars à Drouot Montaigne par Mes Ribeyre et Baron, la collection Jacqueline Delubac a remporté un éclatant succès auprès des collectionneurs et marchands internationaux. Tous les lots ont été vendus pour un total de 30 millions de francs, environ trois fois le produit attendu.

PARIS - Les collectionneurs, marchands et curieux s’étaient pressés ce lundi soir, avenue Mon­taigne. L’atmosphère était plutôt studieuse et retenue dans la salle noire de monde, le public se contentant d’applaudir les plus beaux résultats. Il ne s’en est pas privé quand Le Lit de la bonne, une huile sur toile exécutée en 1908 par Kees van Dongen, a été adjugé 7 500 000 francs, à près du double de son estimation. Il est vrai que le tableau, véritable hymne à la volupté et à l’amour charnel, ne pouvait laisser indifférent . “Les chairs s’allument sous son pinceau et, pour cette peinture dont la bestialité est terrible mais où l’esprit affleure, Van Dongen devient digne d’écrire le poème sensuel du monde”, écrivait Louis Chaumeil dans son ouvrage L’univers du fauvisme de Van Dongen. Fathma, une huile sur carton de Georges Rouault, n’a pas non plus laissé la salle insensible. Estimée 500 000 francs, elle a été enlevée pour 2,5 millions. Beau succès encore pour une œuvre de Jean Fautrier datant de 1944, Tête d’otage, adjugée 1 950 000 francs, comme pour La ville fermée (1965) de Vieira da Silva, partie à 780 000 francs.

Les pièces de mobilier les plus prestigieuses ont elles aussi dépassé toutes les prévisions, telle cette paire de vases en porcelaine bleue de Chine aux montures de bronze doré, estimée 300 000 francs, qui a été enlevée, après une belle salve d’enchères, à 3 100 000 francs. Très attendus et présentés à la fin de la vente, quatre larges fauteuils en bois naturel époque Louis XV, commandés par le marquis de Sourches pour le grand salon du château d’Abondant en Eure-et-Loir, ont été salués par une adjudication triomphale à 2 050 000 francs. D’autres belles enchères ont tenu en haleine des collectionneurs et marchands attentifs et pugnaces, comme cette paire de chenets en bronze ciselé et doré surmontés de chevaux cabrés sur des socles rectangulaires (660 000 francs), ou ces deux bergères à dossier rectangulaire en bois redoré sculpté d’entrelacs d’époque Louis XVI, acquises 560 000 francs. Une paire de supports de pelle et pincette en bronze doré à deux bras feuillagés est, elle, partie à 510 000 francs, alors qu’un vase recouvert de spath-fluor améthyste, doté d’une très belle monture en bronze doré à larges anses à volutes, était adjugé 500 000 francs. La vente semble avoir réjoui la plupart des participants, à l’exception de cette dame assise au parterre déplorant  que la tenue vestimentaire du public de Drouot Montaigne ne soit pas à la hauteur de l’élégance de la collectionneuse qui les réunissait pour un dernier adieu.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°57 du 27 mars 1998, avec le titre suivant : Delubac, les derniers feux

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