Dimanche 18 février 2018

Delacroix et Rodin en vedette à Drouot

Les commissaires-priseurs dévoilent leurs plus belles pièces pour les Temps Forts

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 13 novembre 2007

Les œuvres majeures, toutes spécialités confondues, qui seront dispersées à Drouot en novembre et décembre, sont exposées en avant-première à l’occasion des “Temps Forts de Drouot-Montaigne”?, du 5 au 11 novembre. Ce traditionnel accrochage de prestige est présenté dans un écrin adéquat au 15 de l’avenue Montaigne, à Paris.
Une façon de démontrer que l’hôtel des ventes parisien n’a rien perdu de son attrait, comme en témoigne la sélection que nous vous proposons.

PARIS - “Drouot, c’est un lieu magique, connu dans le monde entier. Les Temps Forts sont la vitrine de luxe de Drouot et un grand événement mondain parisien qui attire plus de 2 000 personnes le soir du vernissage”, lance Georges Delettrez, président de Drouot Holding. “L’hôtel des ventes est un lieu de vente très convoité. Dans un contexte plutôt morose, il tient la route et s’en sort bien”, ajoute le commissaire-priseur. Le cru du dernier trimestre 2003 des ventes parisiennes semble particulièrement riche. Le XIXe siècle y tient une bonne place, à commencer par un tableau signé Delacroix montrant Hamlet et Horacio au cimetière, un bel exemple d’illustration de la littérature shakespearienne dans la peinture romantique. Cette huile sur papier marouflé sur toile de 31,5 x 24,5 cm, peinte en 1844, soit cinq ans après la version conservée au Musée du Louvre, a été offerte par l’artiste à sa maîtresse Marie-Élisabeth Boulanger-Cavé. Une dédicace “A Boulanger-Cavé” apparaît sur la traverse du châssis. De succession en succession, le tableau est resté dans la descendance, mais était connu pour avoir été exposé au Musée des beaux-arts de Rouen en 1998. Estimé 500 000 euros, il passera en vente le 10 décembre à Drouot sous l’enseigne de la SVV Beaussant-Lefèvre. Dans la même vente, Étude de veste orientale, couvertures de missels et personnages d’après Goya, une autre huile de Delacroix de la veine orientaliste, exécutée vers 1824, est affichée à 200 000 euros. Une peinture de James Tissot intitulée Le Confessionnal, mise en vente le 11 décembre par Jean-Claude Binoche, ne manquera pas d’attirer les regards. “C’est l’un des derniers tableaux religieux de l’artiste, réalisé vers 1869, montrant une dame de la bonne société qui s’éloigne dignement du confessionnal avec son prie-dieu tout en prêtant l’oreille aux premiers mots prononcés par le fidèle suivant. En fait, le sujet, loin d’être religieux ou moral, n’est qu’un prétexte pour présenter une femme séduisante, habillée à la mode et affectant un air de piété également au goût du jour”, explique l’expert René Millet, qui a estimé l’œuvre 200 000 à 300 000 euros. La SVV Lombrail-Teucquam expose quelques pièces d’un important ensemble d’œuvres par Rodin provenant de la famille Jean Limet, ami et collaborateur du sculpteur, qui sera dispersé le 21 novembre. Notamment Éve, une épreuve en bronze de 75 cm datée de 1881, de fonte ancienne d’Alexis Rudier, signée A. Rodin sur la base et frappée du cachet “A. Rodin”, estimée 120 000 à 150 000 euros. Du côté de la peinture moderne, notons chez Piasa le 12 décembre un Bouquet de fleurs par Odilon Redon estimé 900 000 à 1 million d’euros, qui fut acquis directement auprès de l’artiste par le prince Antoine Bibesco, et une huile sur panneau de la période fauve de Maurice de Vlaminck, Chatou à l’arbre rouge, 1906, attendue entre 1,2 et 1,5 million d’euros. Signalons par ailleurs une Nature morte de 37,5 x 40 cm datée de 1958 et signée Giorgio Morandi, qui sera cédée le 1er décembre par la SVV Rieunier & associés sur une estimation de 250 000-300 000 euros. Une jolie huile sur carton de Vuillard, proposée par la SVV de Cagny-Brissonneau le 26 novembre autour de 100 000 euros, représentant Madame Vuillard, Marthe Mellot et Marie Vuillard dans le jardin de la maison louée par Ker-Xavier, complète la sélection, ainsi qu’un dessin au fusain de Degas, Après le bain, vers 1896, ayant figuré dans la vente de l’atelier Degas à la galerie Georges Petit en 1919. Estimé 110 000 euros, il apparaît dans la vente du 14 décembre chez Massol. La peinture ancienne sera mise à l’honneur avec une paire de grandes huiles d’Antoine de Favray (1706-1791), Portrait de Charles Gravier comte de Vergennes en costume turc et Portrait de la comtesse de Vergennes en sultane turque, reflétant le goût exotique de l’époque. Ces deux portraits, annoncés 500 000 euros la paire chez Beaussant-Lefèvre le 10 décembre, proviennent de la descendance de la famille Vergennes. De son côté, Piasa mettra en évidence pour sa vente du 17 décembre L’Adoration des mages, un panneau de chêne de Pieter Brueghel le Jeune daté 1621, conservé dans la même collection depuis le XIXe siècle et estimé 200 000-250 000 euros, ainsi qu’une paire de toiles de l’école de Fontainebleau – des pièces que l’on voit rarement sur le marché. Issu de l’atelier d’Ambroise Dubois vers 1600, cet ensemble représente des Scènes de l’histoire de Théagène et Chariclée et est estimé 80 000 à 100 000 euros.

Une commode “phénoménale”
L’art primitif, une spécialité qui a vu sa valeur grimper sur le marché parisien, sera évoqué par un fétiche à clous Bakongo du Congo datant de la fin du XIXe siècle, estimé 100 000 à 150 000 euros, l’un des objets phares de la vacation des 17 et 18 décembre de la SVV Gros-Delettrez. Enfin, pour le mobilier ancien, en net recul depuis deux ou trois ans, Drouot pourra s’enorgueillir de compter, parmi la sélection de pièces exposées, une rare commode Louis XV estampillée Saulnier, vers 1765-1770, présentée chez Piasa le 19 décembre. “Elle est phénoménale. C’est sans conteste le plus beau meuble de la saison, soutient l’expert Guillaume Dillée. Elle est extraordinaire par son décor d’influence Louis XIV-Régence avec ses masques de grotesques et un placage de satinée dans le style Cressent et, en même temps, elle annonce le style Transition avec ses encadrements de bronzes à motifs de laurier sur la façade. De plus, elle est exceptionnelle de proportions : de forme évasée à la Louis XV, mais peu profonde, ce qui est inhabituel et lui donne une silhouette gracieuse.” La pièce est estimée environ 300 000 euros. “On connaît seulement deux modèles similaires répertoriés, poursuit l’expert. Pour le moment, le commanditaire de cette commode n’a pas été identifié, mais je ne doute pas que l’origine soit prestigieuse.”
Plusieurs meubles provenant de la succession de Mme B., en vente sans prix de réserve le 11 décembre chez Binoche, trouveront aussi place dans les salons de Drouot-Montaigne. Ainsi un ensemble de trois fauteuils à dossier plat d’époque Louis XV estampillés Tilliard pour deux d’entre eux et estimés 25 000 euros ; une rare commode galbée en bois sculpté rechampi bleu sur des fonds dorés, estimée 35 000 euros, “un travail probablement munichois vers 1760-1765, dans l’esprit de Cuvilliers, destiné à être incorporé dans un ensemble de boiseries assorties comme il en existe à la résidence de Munich”, précise l’expert, ou encore une très rare pendule cage à oiseaux chanteurs en bronze finement ciselé et doré à l’or mat et brillant, qui retiendra sans doute l’attention. Ce travail suisse attribué aux ateliers de Jacques Droz vers 1800 a été probablement réalisé pour le marché turc et servait au dressage des canaris. Cette pendule estimée seulement 50 000 euros intéressera probablement un amateur turc.

TEMPS FORTS À DROUOT-MONTAIGNE

Du 5 au 11 novembre, 15 avenue Montaigne, 75008 Paris, tél. 01 48 00 20 80, exposition : les 5 et 6 novembre, 11h-17h et du 7 au 11 novembre, 11h-18h.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°179 du 24 octobre 2003, avec le titre suivant : Delacroix et Rodin en vedette à Drouot

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